Bien peu à voir avec le glamour de Cannes ou Toronto, mais dans l'art d'accueillir la visite, les Belges n'ont pas leur pareil. Pourvu que l'on ne leur fasse pas le gag passé date «Des frites, une fois». Vous le trouvez drôle, le Français qui débarque au Québec en disant «Une poutîîîne, tabernacle»? Voilà, c'est la même chose.
Pendant la prochaine semaine, quelque 160 films, des courts et des longs, seront projetés en ville. Parmi eux, quelques longs-métrages québécois, Tout ce que tu possèdes de Bernard Émond, Camion de Rafaël Ouellet, Nuit #1 d'Anne Émond et, aussi une primeur, Catimini de Nathalie Saint-Pierre, une jeune cinéaste dont on vous parlera dimanche.
Notre première journée de festival s'est déroulée sous une bonne étoile. Parlons d'abord de la comédie gastronomique de Christian Vincent, Les saveurs du palais. Le genre de film qu'il ne faut surtout pas voir le ventre creux, sous peine de déranger le voisin avec nos borborygmes.
Librement inspirée de la vie pas banale de Danièle Mazet-Delpeuch, cette succulente comédie fait pénétrer le spectateur dans les coulisses de l'Élysée, où cette cuisinière hors pair (et avec un front de boeuf) a reçu le délicat mandat pendant deux ans de préparer les repas privés du président de la République.
À son embauche, le chef de l'État français (Jean D'Ormesson) ne lui formule qu'une seule exigence et pas n'importe laquelle : «Donnez-moi le meilleur de la France. Si vous faites une cuisine comme celle de ma grand-mère, je serai parfaitement heureux. J'ai besoin de retrouver le goût des choses.»
Eh bien, punaise, on ne mangeait pas souvent du pâté chinois ni du Kraft Dinner chez la mémé du président... Ça tombait bien, puisque Hortense Laborie (excellente Catherine Frot) a la main pour préparer des plats du terroir aussi simples que le chou farci au saumon d'Écosse, le gratin de macaroni aux cèpes et les nougatines aux pistaches. Sans oublier la rôtie aux truffes, un petit en-cas que le président savoure avec un bon verre de rouge, avant d'aller au lit.
Audacieuse et aventurière - le film la suit, en parallèle, lors d'une mission d'un an dans une station de recherche en... Antarctique -, notre cuisinière du Périgord avait son franc-parler. Vérité ou fabulation, toujours est-il qu'elle n'a pas hésité à remettre à leur place les «machos» de la cuisine centrale de l'Élysée, qui voyaient d'un mauvais oeil son arrivée derrière les chaudrons présidentiels.
Un film qui ne laisse pas sur notre faim. Et qui devrait faire le bonheur des habitués de l'émission Les chefs! On propose un plat aux candidats pour la prochaine saison : un Saint-Honoré à la crème mémé, une recette secrète de cette chère Hortense...
Il n'est pas question de bouffe dans Tango libre, du Belge Frédéric Fonteyne, film d'ouverture du Festival, mais de tango et de liberté, comme le titre l'indique, mais aussi et surtout d'amours impossibles.
Un gardien de pénitencier (François Damiens) craque pour une inconnue (Anne Paulicevich) à un cours de tango. Sans se douter qu'elle est aussi la femme et... l'amante de deux détenus de son établissement (Sergi Lopez et Jan Hammenecker).
On connaissant le triangle amoureux, place maintenant au carré amoureux.
Le toujours excellent François Damiens, l'un de nos acteurs belges favoris, démontre encore une fois l'étendue de son talent, dans la peau d'un homme sans histoires qui fait la rencontre d'une femme qui en a trop. Bonjour les embrouilles.
Le film n'est pas parfait, manque un peu de conviction en seconde partie avec l'histoire de l'adolescent qui ne sait plus à quel père se vouer, mais, dans l'ensemble, on passe un bon moment de cinoche.
LU
C'est aujourd'hui que se tient à Cuesmes le championnat de Belgique du cri du cochon. Le champion défendant est juriste à l'Université de Poitiers. Attention, qu'on se le couine, on ne singe pas le goret n'importe comment, il y a des épreuves imposées : le cri du cochon à l'auge, celui du porcelet à la mamelle et celui du verrat en rut. On procédera aussi à l'élection d'une miss Cochonne, les candidates devant posséder des attributs ayant peu à voir avec leurs cordes vocales...
VU
Le cinéma Caméo, lieu important du festival, fermé en raison de rénovations. Une seule affiche de film subsiste à l'extérieur, celle de Please Kill Me. Ah! L'humour belge...
ENTENDU
M'habituerai jamais à l'expression belge «visions de presse», au lieu de projections ou visionnements. Quoique, à bien y penser, c'est souvent le meilleur endroit pour en avoir, des visions...