Plus près de nous, dans les années 90, un Montréalais sans histoire, Michel Dumont, a lui aussi fait les frais des ratés du système judiciaire. Pour une histoire d'agression sexuelle qu'il a toujours nié avoir commise, ce livreur de dépanneur, père séparé de deux enfants, a été incarcéré pendant près de trois ans. Agressions en prison, perte de la garde de ses gamins, et aussi perte de sa dignité, les dommages collatéraux ont été légion.
Or, Michel Dumont avait une bonne étoile: sa nouvelle compagne, Solange Tremblay, rencontrée pendant les procédures d'appel. Sans elle, le faux accusé aurait purgé la totalité de sa peine. Cette battante a remué ciel et terre pour prouver son innocence et obtenir sa libération, au prix de laborieuses démarches.
Cette fabuleuse histoire d'injustice, et surtout d'amour, est au coeur du drame L'affaire Dumont, présenté jeudi soir, au Palais Montcalm, en ouverture du Festival de cinéma de la Ville de Québec (et dans les salles commerciales vendredi). Le duo Marc-André Grondin et Marilyn Castonguay offre deux remarquables rôles de composition qui, selon toute logique, devraient leur valoir une nomination à un prix Jutra.
Le réalisateur Daniel «Podz» Grou et la scénariste Danielle Dansereau, le duo derrière la télésérie 19-2, n'ont pas cherché à faire dans l'épate. Une belle et touchante sobriété, appropriée dans les circonstances, habite le film du début à la fin. Le scénario se colle aux faits, sans chercher à déformer la réalité ou l'embellir. Toutes les scènes devant le tribunal s'inspirent des notes sténographiques du véritable procès. Cette histoire d'exception commandait le respect des faits. Et l'a obtenu grâce au talent de Podz et de son équipe.
Simplicité touchante
Marc-André Grondin, absent des écrans québécois depuis un moment, fait un beau retour en alter ego de l'accusé. Le jeune acteur rend son personnage, un homme dépassé par les événements, avec un fascinant mélange de vulnérabilité et de résignation, tout son corps épousant l'état d'esprit dévasté du personnage. Face à lui, une nouvelle venue, Marilyn Castonguay, campe avec une simplicité touchante la redresseuse de torts guidée par un amour conditionnel. Le rôle pivot du fil, c'est elle.
Impossible de voir L'affaire Dumont sans se poser de troublantes questions sur le système judiciaire. Dont la plus importante : si Michel Dumont avait été un homme d'affaires, capable de se payer le meilleur avocat en ville, aurait-il bénéficié du même traitement? Poser la question, c'est y répondre. Chose certaine, il n'y aurait pas de film pour en parler.
Au générique
Titre: L'affaire Dumont
Genre: drame biographique
Réalisateur: Daniel «Podz» Grou
Acteurs: Marc-André Grondin, Marilyn Castonguay, Kathleen Fortin, Sarianne Cormier, Francis Lahaye, Francine Ruel, Geneviève Brouillette, Martin Dubreuil et André Lacoste
Salles: Cinéplex Sainte-Foy, Cinéplex Beauport, Le Clap,
Des Chutes, Lido et Cartier
Classement: 13 ans
Durée: 2h
Cote: *** 1/2
On aime: la mise en scène épurée de Podz, le jeu du couple Grondin-Castonguay, la musique de Man an Ocean
On n'aime pas: l'approche parfois trop épurée qui dilue l'émotion