Daniel Grou, alias Podz, a tout de suite accroché au projet que lui a présenté Geneviève Brouillette. «Je me disais que ça ne se pouvait pas que tout cela arrive au même gars, un gars sans histoire. Le destin s'acharnait sur lui...», raconte l'auteur des Sept jours du Talion et de 10 ½.
L'affaire Dumont décrit avec minutie le parcours judiciaire de cet homme plongé dans la tourmente, ses démêlés avec son ancienne compagne et mère de ses deux jeunes enfants, son séjour éprouvant derrière les barreaux où il a été passé à tabac par d'autres détenus, et surtout, le travail acharné de sa nouvelle conjointe, mère monoparentale, véritable battante transportée par le profond amour qu'elle lui portait.
Travaillant pour la première fois à partir d'une histoire vécue, Podz s'est plongé dans une quantité appréciable de reportages d'époque et d'archives. Jusqu'au moment où il s'est approprié l'histoire. «Il a fallu tout oublier, se dire qu'il fallait faire notre propre film.»
Mais au-delà de l'erreur judiciaire, l'histoire d'amour entre Michel Dumont et sa compagne avait tout pour faire une histoire forte, croit-il. «Elle a toujours cru à son innocence, c'était l'amour de sa vie. Tout cela est au coeur du film.»
Le nom de Marc-André Grondin s'est tout de suite imposé à Podz lorsqu'est venu le moment de choisir le comédien capable d'incarner le rôle-titre. «Il n'y en avait pas d'autres, d'autant plus que ça faisait un "boutte" qu'on ne l'avait pas vu ici [dans un film québécois]. Je me suis dit qu'il était capable de rendre la force intérieure et l'esprit tourmenté du personnage.»
C'est avec beaucoup de sobriété dans sa mise en scène que le cinéaste de 45 ans a abordé le scénario de Danielle Dansereau, sa collaboratrice sur la populaire télésérie 19-2. Devant sa caméra, les scènes de tribunal ne montrent pas autre chose que la réalité. On est bien loin des scènes de tribunal à l'américaine. «C'est souvent drabe. C'est éclairé au néon. Il n'y a pas de coup de poing sur les tables. Ça demeure très protocolaire.»
Dépassé par les événements
Du véritable Michel Dumont, qui emprunte parfois avec résignation son chemin de Damas, Podz tient à se porter à sa défense. «Il était un peu paralysé par tout ce qui lui arrivait. Il était comme le chevreuil surpris la nuit par les phares d'une automobile. Il se disait : "Si je suis innocent, ça va finir par sortir, ça ne se peut pas que je reste en dedans." C'est Solange qui va finalement lui ouvrir les yeux.»
«Il était dépassé par les événements», ajoute Marc-André Grondin, interprète du vrai Michel Dumont. «Je suis allé voir des procès avec Podz. Les avocats et les juges parlent avec des codes. Quand le commun des mortels tombe là-dedans, tu peux vite te sentir perdu. T'a parfois aucune idée de ce qui se passe et c'est souvent difficile de réagir, d'où l'impression dans le film d'avoir affaire à un gars qui s'en fiche.»
Outre Michel Dumont, les «grands perdants» de toute cette histoire ont été ses deux enfants, croit Podz. L'homme se battait alors avec son ex-conjointe pour obtenir leur garde. «Ce sont eux qui ont été placés [par la DPJ] et privés de leur père.»
L'affaire Dumont prend l'affiche le 14 septembre, au lendemain de sa première, en ouverture du Festival de cinéma de la Ville de Québec.