Or, derrière son image de blonde platine jumelant érotisme et candeur enfantine se cachait une actrice déterminée à laisser sa marque dans le septième art, travaillant d'arrache-pied pour atteindre son but. Signe qui ne ment pas, plusieurs grands réalisateurs ont travaillé avec elle pendant sa carrière hollywoodienne de 16 ans : George Cukor, Howard Hawks et Billy Wilder (deux fois chacun), John Huston, Preminger, Mankiewicz, Lang.
«Je veux être une artiste, une actrice intègre. Je me fiche de l'argent. Je veux juste être merveilleuse», rapporte à ce sujet l'écrivain Donald Spoto dans la biographie Marilyn Monroe, parue en 1993. Six ans plus tard, l'American Film Institute classait la star comme la sixième plus grande actrice américaine de tous les temps.
«Elle était loin d'être la simple image de la bombe sexuelle, d'être aussi sotte qu'on le pense», affirme André Caron, professeur de cinéma au Collège F.-X.-Garneau, rappelant sa volonté d'apprendre son métier par son passage à l'Actors Studio, avec le réputé Lee Starsberg, à qui elle a cédé en héritage les trois quarts de sa fortune. «Dans Les désaxés, de John Huston, tu découvres vraiment ses talents d'actrice. L'image qu'elle avait créée d'elle n'avait rien à voir avec la réalité.»
«Contrairement à Bardot par exemple [son équivalent hexagonal], qui a chamboulé le cinéma de son temps en s'y intéressant assez peu, Marilyn, plutôt à la Deneuve et Huppert, avait un désir de cinéma», écrit Jean-Marc Lalanne, dans un excellent numéro hors série des Inrockuptibles consacré aux 50 ans du décès de la star.
Film crépusculaire
Michel Savoy, programmateur du Cinéma Cartier, abonde dans le même sens. D'où l'idée de proposer au public, le mois dernier, une rétrospective Marilyn composée d'une vingtaine de ses films, dont plusieurs peu connus, comme Chérie, je me sens rajeunir (Monkey Business).
«Je voulais montrer au public qu'elle n'était pas seulement une pin-up. Des actrices qui peuvent jouer, chanter, danser, il n'en existe pas des tonnes», avance M. Savoy, dont les films préférés demeurent Certains l'aiment chaud (Some Like It Hot) et Les désaxés (The Misfits).
Dans ce film - son dernier si l'on exclut l'inachevé Quelque chose doit craquer (Something's Got to Give) -, Marilyn est l'ombre d'elle-même. Elle est au plus mal, complètement paumée, affligée par ses angoisses, assommée par les calmants. Chaque matin, le réalisateur John Huston se demande si elle ne va pas lui faire faux bond. Lorsque Clark Gable meurt d'une crise cardiaque, quelques mois après la fin de tournage, en novembre 1960, les mauvaises langues imputent sa mort à ce tournage rendu insupportable par son comportement.
«Tu vois [dans ce film] toute la tragédie qui la gagne, rappelle Michel Savoy. Elle avait un visage grave. C'est un film crépusculaire.»
Son incapacité chronique à arriver à temps sur les lieux de tournage a causé des maux de tête à plus d'un réalisateur. Ce défaut cachait une tonne d'angoisses, écrit Donald Spoto. «L'angoisse de n'être pas assez prête, ou pas assez belle pour la caméra, qui recouvrait, en fait, la peur viscérale d'être rejetée à cause de ses pauvres talents ou celle [directement liée à son enfance] d'être renvoyée, indésirée, rabrouée, délaissée, pas aimée.»
Aussi, tout metteur en scène devait mettre des gants avec elle lorsque venait le moment de lui donner des indications sur un plateau. «Ils devaient le faire avec la plus grande gentillesse et la plus grande délicatesse sous peine de la voir immédiatement s'effondrer en larmes, en se faisant tous les reproches de la terre. Un nombre inconcevable de journées de tournage auront été perdues de la sorte au cours de sa carrière.»
Pour Michel Savoy, ces retards servaient aussi à rassurer la star sur sa popularité. «Quand tout le monde l'attendait, elle avait l'impression qu'il n'y en avait que pour elle. Ils m'attendent, moi, et personne d'autre. Je suis alors la personne la plus importante.»
Sur le tournage du Prince et la danseuse (The Prince and the Showgirl), cette attitude de princesse de Monroe exaspère l'acteur britannique Laurence Olivier. «Il la méprisait, la regardait de haut.»
Mariages ratés
Loin des projecteurs, la vie amoureuse de Marilyn Monroe aura été une série d'échecs. Son premier mariage, adolescente, arrangé par les amis de sa mère, la fit mourir d'ennui. Son union avec Joe DiMaggio dura moins d'un an, mais la vedette de baseball sera là pour elle à la fin de sa vie. Celle avec l'écrivain Arthur Miller prit fin après cinq ans. Malgré tout, Marilyn n'a jamais cessé d'enflammer l'imaginaire masculin, comme en font foi ses 250 demandes en mariage par semaine...
«Elle avait des problèmes, elle était belle, ce qui la rendait d'autant plus attirante, avance Michel Savoy. Comme si ça venait chercher le côté sauveur chez les hommes...»
L'enquête officielle sur la mort de Marilyn a conclu à une mort par overdose de barbituriques. Mais, puisqu'une star de son calibre ne pouvait mourir de cette façon, encore moins mourir aussi jeune, point, d'innombrables théories rocambolesques ont été échafaudées. La plus populaire demeure celle d'un complot orchestré par ses ex-amants, les frères John et Robert Kennedy, inquiets de voir un jour des secrets d'État dévoilés au grand jour, dont celui sur la preuve de l'existence des extraterrestres...
Le puissant chef du syndicat des camionneurs, Jimmy Hoffa, le parrain de la pègre de Chicago, Sam Giancana, même le président cubain Fidel Castro, ont, un jour ou l'autre, figurer parmi les personnalités ayant eu intérêt à voir la star six pieds sous terre.
Prophétie funeste
À moins que la réponse, toute simple, endossée par le coroner, se cache dans cette phrase au parfum de prophétie morbide, extraite de l'autobiographie de Monroe, Confession inachevée. «J'étais le genre de fille qu'on retrouve morte dans une chambre minable, un flacon de somnifères à la main.»
Comme James Dean et Bob Marley, l'image de l'éternelle jeunesse a survécu à Marilyn. Elle aurait aujourd'hui 86 ans. Allez savoir de quoi auraient été faites les 50 dernières années. «Elle aurait perdu de son aura, c'est sûr, soutient André Caron. Comme Elizabeth Taylor, avec Qui a peur de Virginia Woolf?, elle aurait peut-être trouvé un rôle qui lui aurait permis de gagner un Oscar. Mais elle ne serait pas devenue l'icône qu'elle est actuellement, c'est clair.»