«Quand Luc m'a dit qu'il écrivait Omertà et qu'il m'avait imaginé dans un rôle, je capotais, je n'en revenais pas, explique Huard. J'étais un grand fan de la télésérie. J'étais jaloux des acteurs. À l'époque, je me disais que c'était là-dedans que je voulais jouer. Même dans mes fantasmes d'ado, je rêvais de jouer un personnage comme ça.»
Stéphane Rousseau connaît Luc Dionne depuis longtemps, habitant le même coin des Laurentides. «Il m'invitait à ses fêtes, chez lui, lorsqu'il terminait ses tournages. Un jour, je lui dis que s'il avait un rôle pour moi, ça me ferait plaisir. Il m'a répondu : "T'es sérieux?"»
Pour Rousseau, il s'agit d'un retour au cinéma québécois, neuf ans après Les invasions barbares. Son rôle de Sam Cohen est bien loin de celui du tranquille et sage Sébastien qu'il incarnait dans le film de Denys Arcand. «Un personnage mystérieux, de peu de mots, avec un passé lourd. Tu ne sais jamais jusqu'où il peut aller dans sa folie.»
«Un bad boy, c'est loin de moi, car je suis plutôt un bon gars dans la vie, poursuit-il. Jouer ce genre de personnage, j'en rêvais depuis longtemps. C'est une autre énergie complètement. C'est l'fun d'aller flirter dans cet univers, sans conséquence. On joue au méchant, en sachant très bien qu'on peut rentrer tranquille à la maison, le soir, sans se faire tirer dans les jambes...»
Au sujet de son personnage, en équilibre précaire entre le bien et le mal, habitué à jouer la comédie afin de se faire passer pour un escroc, Patrick Huard en parle comme d'un homme qui finit par ne plus avoir rien à perdre. «C'est intéressant d'interpréter un gars qui est "pogné" dans une situation où la vérité ne peut plus l'aider. Inventer des mensonges, c'est la seule chose qu'il peut faire pour survivre. Il est dans la ligne de tir de tout le monde.»
Une autre carrière
Pour les deux humoristes, le cinéma est devenu un aspect important de leur carrière. En fait, il s'agit presque d'une carrière quasi exclusive pour Huard, avec 13 films au compteur. «Je "tripe" encore de monter sur scène, mais en même temps, je ne me verrais pas loin du cinéma. J'aime ça faire des films. Dans les dernières années, j'ai été gâté avec Funkytown, Starbuck et Omertà. On m'a offert de beaux personnages avec de la viande. Je suis aussi rendu à un âge où je peux jouer une vaste palette de personnages, et j'en profite.»
Rousseau, qui fait aussi du "cinoche" chez nos cousins (Astérix aux Jeux olympiques, Modern Love, Fatal Bazooka), veut poursuivre une carrière au grand écran, si les offres se présentent évidemment, mais pas nécessairement dans la comédie.
«Le drame m'interpelle de plus en plus. J'ai le goût d'en faire davantage. Je sais que je ne suis pas toujours drôle dans la vie et c'est l'fun qu'on m'offre ce genre de rôles. On n'est pas que lumière, tout le monde a un côté sombre.»