En entrevue au Soleil, au début de l'année, à Paris, Sciamma compare cette mystification à un récit de taupes dans un film policier. «C'est comme une histoire de flic infiltré dans la mafia. J'aimais bien cette idée et je me disais que ça pouvait toucher le public. Ça parle de l'enfance en général, même si c'est très singulier comme trajet, alors que le corps change et que débute la séduction. L'enfance, c'est souvent le moment où l'on s'amuse à jouer à quelqu'un d'autre.»
Avec ses allures de garçon manqué, Laure/Michael, 10 ans (Zoé Héran), réussit si bien à faire croire à son subterfuge qu'une fille de son âge en tombera amoureuse. Or, plus l'été avance, moins la gamine sera en mesure de dissimuler la vérité à son entourage.
Fiction aux allures de vérité, convient la réalisatrice de 31 ans. «Plusieurs spectatrices sont venues me voir pour me dire que c'était leur histoire. S'amuser à passer pour un garçon, je l'ai fait aussi. Ce peut être un plaisir, mais ça peut être aussi douloureux à cause de l'ambiguïté des sentiments.»
Puisque le film s'est construit dans l'urgence (scénario écrit en trois semaines et tournage de 20 jours), son auteure a emprunté une voie différente pour le recrutement des acteurs. Une décision qui a tourné à son avantage. «Je devais faire vite, je disposais de seulement trois semaines pour le casting. En temps normal, j'aurais procédé par casting sauvage, c'est-à-dire en recrutant des jeunes dans la rue afin de trouver la perle rare. Au lieu de cela, même si cela ne me plaisait pas beaucoup, je suis allée directement à une agence de jeunes comédiens.
«J'ai eu beaucoup de chance, car je suis tombée sur Zoé [Héran] dès la première journée, poursuit-elle. J'ai été sidérée. Elle avait un visage photogénique, ce look androgyne. Elle était elle-même un peu garçon manqué.» Et histoire de placer la jeune comédienne en terrain connu et créer une sorte d'«alchimie», la cinéaste a fait appel à son groupe de camarades pour jouer ses amis à l'écran.
En France, contrairement au Québec, le qualificatif tomboy n'existe pas dans le langage courant. «On dit plutôt garçon manqué. Ça évoque quelque chose de raté, alors que je voulais raconter l'histoire de quelqu'un qui réussit [à faire croire à son identité]. Je trouve que tomboy, ça sonne aussi comme superhéros de la double identité sexuelle...»
Tomboy prend l'affiche au Clap le 15 juin.
Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Paris ont été payés par uniFrance.