En entrevue avec un groupe de reporters étrangers, en janvier, à Paris, la volubile réalisatrice franco-iranienne de 42 ans confie que l'idée de ce violoniste (Mathieu Amalric) qui décide de se laisser mourir, après la destruction par sa femme de son instrument adoré, lui était venue d'un oncle de sa mère.
«C'était un grand musicien qui jouait comme un dieu. J'ai vu plusieurs photos de lui. Mais peu importe ce que vous écrivez, même une histoire de zombies, ç'a toujours à voir avec votre vie personnelle. Pour ce film, j'ai fait appel à différentes histoires, vues ou entendues, et à ma propre imagination.»
L'action de Poulet aux prunes (actuellement à l'affiche) se déroule à Téhéran, en 1958, au sein de l'aristocratie. Nasser Ali (Amalric) décide que la vie, sans son instrument, ne vaut plus la peine d'être vécue. Ses rêveries le ramèneront loin en arrière, à l'époque d'une impossible histoire d'amour avec une jeune femme de la haute société (Golshifteh Farahani). Tout cela alors qu'il est coincé dans un mariage malheureux auprès d'une femme qu'il n'a jamais aimée (Maria de Meideros).
Amusant et élégant
Fan de cinéma américain des années 50, Satrapi a voulu une approche artistique se rapprochant des films de cette époque. D'où l'idée de tourner en studio, à Berlin. «Je voulais une histoire universelle, avec de l'esthétisme et du glamour, comme un conte de fées. Avec ce genre de proposition, soit vous embarquez, soit vous n'embarquez pas.
«J'avoue qu'il n'y a rien de plus ennuyant que de filmer un homme en dépression qui décide de se laisser mourir», poursuit-elle, pince-sans-rire. «J'ai donc voulu rendre cela amusant et élégant. Au fond, la perte de l'instrument est une excuse pour l'histoire d'amour. Et beaucoup d'histoires d'amour sont des histoires d'amour impossibles.»
L'amour et la mort se renvoient la balle dans Poulet aux prunes. Nasser Ali est confronté à quelques reprises à l'Ange de la mort, Azrael, personnage endossé par Edouard Baer. «Je suis un peu obsédée par la mort, mais j'essaie d'en rire. J'ai toujours aimé la voix suave et très littéraire d'Edouard. Lorsque la mort se présentera à moi, un jour, j'aimerais qu'elle ait sa voix et que nous puissions avoir une petite conversation...»
La réalisatrice a reçu plusieurs offres pour tourner en sol américain, mais aucun projet ne l'a encore convaincue de faire le saut. Pour le moment, la perspective de continuer à dessiner en solitaire ses albums et de les porter à l'écran la comble au plus haut point.
«Ça me transporte littéralement, c'est comme une drogue dure, avec ses hauts et bas. Quand un film est terminé, c'est terminé, je ne passe pas ensuite mon temps à taper mon nom dans Google. Je veux faire des films qui me rendent heureuse. Je ne veux surtout pas me retrouver dans 10 ans devant un film dont j'aurai honte.»
Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Paris ont été payés par uniFrance.
Au générique
Cote: ***1/2
Titre: Poulet aux prunes
Genre: comédie dramatique
Réalisateurs: Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud
Acteurs: Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros, Golshifteh Farahani, Éric Caravaca, Chiara Mastroianni et Jamel Debbouze
Salles: Cinéplex Beauport et Le Clap
Classement: général
Durée: 1h33
On aime: l'heureux mélange entre légèreté et gravité, plusieurs trouvailles visuelles, les séquences d'animation, Edouard Baer en ange de la mort
On n'aime pas: les quelques baisses de régime du scénario