2012-06-09 05:00:00.000

Poulet aux prunes : le goût de la nostalgie

Cinq ans après son controversé Persepolis, la dessinatrice...

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Cinq ans après son controversé Persepolis, la dessinatrice et cinéaste Marjane Satrapi est de retour avec la tragicomédie Poulet aux prunes, avec Mathieu Amalric (photo).

Le SoleilNormand Provencher 3/5

Normand Provencher
Le Soleil

(Paris) Cinq ans après Persepolis, adaptation controversée de sa bande dessinée sur le régime iranien, gagnant du Prix du jury à Cannes, la dessinatrice et cinéaste Marjane Satrapi revient avec une tragicomédie au parfum de nostalgie, Poulet aux prunes, fabriqué encore une fois avec son fidèle complice Vincent Paronnaud.

En entrevue avec un groupe de reporters étrangers, en janvier, à Paris, la volubile réalisatrice franco-iranienne de 42 ans confie que l'idée de ce violoniste (Mathieu Amalric) qui décide de se laisser mourir, après la destruction par sa femme de son instrument adoré, lui était venue d'un oncle de sa mère.

«C'était un grand musicien qui jouait comme un dieu. J'ai vu plusieurs photos de lui. Mais peu importe ce que vous écrivez, même une histoire de zombies, ç'a toujours à voir avec votre vie personnelle. Pour ce film, j'ai fait appel à différentes histoires, vues ou entendues, et à ma propre imagination.»

L'action de Poulet aux prunes (actuellement à l'affiche) se déroule à Téhéran, en 1958, au sein de l'aristocratie. Nasser Ali (Amalric) décide que la vie, sans son instrument, ne vaut plus la peine d'être vécue. Ses rêveries le ramèneront loin en arrière, à l'époque d'une impossible histoire d'amour avec une jeune femme de la haute société (Golshifteh Farahani). Tout cela alors qu'il est coincé dans un mariage malheureux auprès d'une femme qu'il n'a jamais aimée (Maria de Meideros).

Amusant et élégant

Fan de cinéma américain des années 50, Satrapi a voulu une approche artistique se rapprochant des films de cette époque. D'où l'idée de tourner en studio, à Berlin. «Je voulais une histoire universelle, avec de l'esthétisme et du glamour, comme un conte de fées. Avec ce genre de proposition, soit vous embarquez, soit vous n'embarquez pas.

«J'avoue qu'il n'y a rien de plus ennuyant que de filmer un homme en dépression qui décide de se laisser mourir», poursuit-elle, pince-sans-rire. «J'ai donc voulu rendre cela amusant et élégant. Au fond, la perte de l'instrument est une excuse pour l'histoire d'amour. Et beaucoup d'histoires d'amour sont des histoires d'amour impossibles.»

L'amour et la mort se renvoient la balle dans Poulet aux prunes. Nasser Ali est confronté à quelques reprises à l'Ange de la mort, Azrael, personnage endossé par Edouard Baer. «Je suis un peu obsédée par la mort, mais j'essaie d'en rire. J'ai toujours aimé la voix suave et très littéraire d'Edouard. Lorsque la mort se présentera à moi, un jour, j'aimerais qu'elle ait sa voix et que nous puissions avoir une petite conversation...»

La réalisatrice a reçu plusieurs offres pour tourner en sol américain, mais aucun projet ne l'a encore convaincue de faire le saut. Pour le moment, la perspective de continuer à dessiner en solitaire ses albums et de les porter à l'écran la comble au plus haut point.

«Ça me transporte littéralement, c'est comme une drogue dure, avec ses hauts et bas. Quand un film est terminé, c'est terminé, je ne passe pas ensuite mon temps à taper mon nom dans Google. Je veux faire des films qui me rendent heureuse. Je ne veux surtout pas me retrouver dans 10 ans devant un film dont j'aurai honte.»

Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Paris ont été payés par uniFrance.

Au générique

Cote: ***1/2

Titre: Poulet aux prunes

Genre: comédie dramatique

Réalisateurs: Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud

Acteurs: Mathieu Amalric, Edouard Baer, Maria de Medeiros, Golshifteh Farahani, Éric Caravaca, Chiara Mastroianni et Jamel Debbouze

Salles: Cinéplex Beauport et Le Clap

Classement: général

Durée: 1h33

On aime: l'heureux mélange entre légèreté et gravité, plusieurs trouvailles visuelles, les séquences d'animation, Edouard Baer en ange de la mort

On n'aime pas: les quelques baisses de régime du scénario

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