L'auteur du Marais, de Truffe et de La cité signe de loin son film le plus mature, accompli et maîtrisé, reposant en grande partie sur la force du jeu de la jeune Rachel Mwanza, impeccable dans un rôle des plus exigeants.
Kidnappée par les rebelles, forcée d'abattre de sang-froid ses parents, l'adolescente sera embrigadée et forcée de combattre à leurs côtés, quelque part dans un pays africain jamais nommé. Le chef (Alain Bastien) n'éprouve aucune pitié pour elle, ni pour les autres enfants sous son joug. Jusqu'au jour où, après s'être tirée saine et sauve d'une embuscade, elle deviendra la sorcière de guerre du clan et le symbole porte-bonheur du Grand Tigre Royal, chef suprême des rebelles.
Heureusement pour la jeune fille, tout n'est pas noir. Un garçon albinos de 15 ans, surnommé «Le magicien» (le jeune Congolais Serge Kanyinda), tombera amoureux d'elle. Sensible à son charme, elle goûtera à quelques moments de bonheur et d'innocence en sa compagnie, jusqu'à ce que l'horreur de la guerre la rattrape.
Drame puissant empreint d'un lyrisme salutaire, Rebelle s'avère la première surprise de l'année au cinéma québécois. Fort d'une touchante sensibilité, le film de Nguyen ne cherche jamais à manipuler l'émotion au profit du voyeurisme. Ce voyage au pays des horreurs est plutôt décrit à travers le regard de la jeune Komona, qui, ici et là, sur une période de deux ans, s'adresse, en voix hors champ, à son enfant à naître, celui de sa relation avec ce premier amour.
À sa première expérience au cinéma, Rachel Mwanza, une enfant de la rue de Kinshasa, a décroché en février le Prix d'interprétation féminine au Festival de Berlin. Un honneur pleinement mérité au regard de sa performance hors du commun. Ce rôle lui vaudra assurément une nomination à un Jutra. À l'image de tout le film, d'ailleurs, qui devrait briller à la prochaine grande fête du cinéma québécois.
Au générique
Cote: ****
Titre: Rebelle
Genre: drame poétique
Réalisateur: Kim Nguyen
Acteurs: Rachel Mwanza, Alain Bastien, Serge Kanyinda, Ralph Prosper et Mizinga Mwinga
Salle: Le Clap (version originale française et lingala avec sous-titres français)
Classement: 13 ans (violence)
Durée: 1h30
On aime: le jeu à la fois puissant et fragile de Rachel Mwanza, le scénario maîtrisé, la photographie et la bande sonore
On n'aime pas: -