«Moi, j'ai pleuré tout le long...» avoue une étudiante, lors d'une rencontre post-projection avec le réalisateur et la productrice, Denise Robert. Les questions ont été nombreuses : pourquoi avoir ciblé les jeunes? Avez-vous des solutions à proposer? Quels commentaires vous ont le plus frappé? Les deux intervenants étaient eux-mêmes curieux de sonder l'opinion de ce public cible, composé d'élèves des écoles Boudreau (Vanier) et Les pionniers (Saint-Augustin).
Dérapages (en salle le 27 avril) est un film-choc, bien documenté et rythmé, qui interpelle le spectateur par ses témoignages troublants. Des amis de victimes font état de leurs peines à la suite du décès tragique de copains. Un couple de parents se désespère de voir leur fils, victime d'un grave traumatisme crânien, hospitalisé à vie dans un CHSLD, après un accident causé par la vitesse.
La majorité des élèves de troisième et cinquième secondaire a reconnu, en levant la main, avoir été ému par le film et qu'ils le recommanderaient à leurs amis pour faire oeuvre utile. En revanche, s'ils se sont dits nombreux à avoir déjà vu une publicité de la Société de l'assurance automobile sur les dangers de la vitesse et de l'alcool au volant, peu en retirent des leçons durables.
C'est d'ailleurs ce qui frappe le plus Paul Arcand. Après un accident qui a fait quatre morts, il y a deux ans, à Drummondville, les amis des victimes étaient prêts à revoir leur façon de conduire. Quelques mois plus tard, tout était à refaire. La douleur avait de nouveau laissé place à l'insouciance et le sempiternel sentiment d'invincibilité.
«Ce film devrait être projeté dans toutes les écoles, tous les jeunes devraient le voir», croit Josée Couture, enseignante à l'école Boudreau, qui espère que ses ouailles véhiculeront ce message de prévention à leur entourage.
Ne pas donner de leçons
L'avocat et ex-ministre Marc Bellemare comptait parmi les spectateurs attentifs. «C'est un film que je vois dans mon bureau depuis 34 ans», avoue-t-il. Du matin au soir, des victimes d'accidents de la route défilent devant lui, en pleurs, épuisées par leur combat pour obtenir des compensations du gouvernement. Des accidents provoqués par la témérité de jeunes conducteurs, il en a entendu parler à la tonne.
Lui-même ne peut s'expliquer la témérité des adolescents au volant ni leur insatiable soif d'adrénaline. «Les jeunes vont vite, on le sait. C'est comme une question d'hormones. C'est difficile de trouver des solutions.» En revanche, l'avocat croit que ce serait «une excellente idée» de projeter le film à tous les jeunes aspirants chauffeurs, dans les écoles de conduite.
Paul Arcand, lui, refuse d'être le porte-étendard de solutions susceptibles d'enrayer le fléau. «Je ne veux pas donner de leçons. Je veux seulement que les jeunes se reconnaissent dans ce film, leurs parents aussi, de façon à amorcer une discussion entre eux. Il faut qu'ils comprennent que ça peut aussi leur arriver.»
Une entrevue avec Paul Arcand sera publiée samedi, dans le cahier des arts.