La classe de «maître» Falardeau

Le réalisateur Philippe Falardeau a généreusement fourni pendant... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Le réalisateur Philippe Falardeau a généreusement fourni pendant une heure et demie plusieurs observations et conseils sur les différentes facettes du travail, appuyé en cela par des extraits de films québécois (Maurice Richard, À l'ouest de Pluton, Les signes vitaux et J'ai tué ma mère).

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

Normand Provencher
Le Soleil

(Québec) Avant chaque début de tournage, histoire de se remémorer les écueils du métier, il est un film que Philippe Falardeau aime revoir : La nuit américaine. «À un certain moment, François Truffaut [le réalisateur] dit : "Au début, je veux faire le meilleur film possible. Au milieu, je veux juste le terminer..."»

Cette anecdote et plusieurs autres figuraient au menu de la «classe de maître» du réalisateur de Monsieur Lazhar, de passage au Musée de la civilisation, hier soir, dans le cadre des Rencontres cinématographiques de Québec. Plus de 200 personnes s'étaient déplacées pour l'écouter livrer quelques trucs du métier.

Falardeau ne les a pas déçus. Le réalisateur a généreusement fourni pendant une heure et demie plusieurs observations et conseils sur les différentes facettes du travail, appuyé en cela par des extraits de films québécois (Maurice Richard, À l'ouest de Pluton, Les signes vitaux et J'ai tué ma mère).

Après avoir demandé combien de personnes dans l'assistance comptaient un jour faire un film (la très grande majorité), Falardeau leur a annoncé une mauvaise nouvelle : «Je ne pense pas que la réalisation s'enseigne. Ça s'apprend sur le tas, en faisant des erreurs.» D'où l'importance d'étudier dans un autre champ que le cinéma, comme le droit ou l'économie, a ajouté le diplômé en sciences politiques et en relations internationales.

Volubile et inspiré, le réalisateur de 44 ans a fait sienne une remarque de feu Claude Chabrol voulant qu'il existe deux sortes de cinéastes : les conteurs et les auteurs. La première catégorie, qui compte le plus de membres, surtout en télévision, est celle qui réclame de l'efficacité. La seconde, dont il se réclame, propose «une vision du monde». «Je ne dis pas que le film est meilleur, mais il est plus singulier. Demandez-vous si vous voulez faire un film efficace ou un film personnel.»

«Réaliser, c'est produire de la cohérence», a-t-il ajouté, avant de passer en revue les multiples pièces du puzzle que constitue le tournage d'un long-métrage (direction artistique, photographie, montage...). «Réaliser, c'est aussi mettre en commun des corps de métiers. On est très dépendant des autres sur un plateau. On a beaucoup d'autorité, mais très peu de pouvoir. Réaliser, c'est finalement gérer l'imprévisible», a-t-il précisé au sujet de tous les impondérables de son travail. «Il faut toujours prévoir le pire sur un plateau...»

Le réalisateur a fourni une bonne idée du délicat et déterminant travail de casting, en montrant la scène la plus poignante de Monsieur Lazhar - où Émilien Néron craque, en pleurs, devant la classe, tout en argumentant avec Sophie Nélisse - et la même scène, mais répétée pour la première fois par les deux jeunes en audition. Un exemple éloquent de talent brut qu'il faut polir jusqu'à l'atteinte de la plus grande authenticité possible.

«Dans son regard plus mature que son âge, comme une vieille âme, j'ai su que Sophie était le bon choix. Pour Émilien, j'ai trouvé qu'il était davantage en démonstration, qu'il "surjouait". N'empêche, il y avait entre les deux des moments de vérité. Je croyais à ce couple d'amis.» La suite devait lui donner raison puisque les deux recrues ont décroché les Jutra des meilleurs acteurs de soutien (en plus d'un Genie dans la même catégorie pour Sophie Nelisse).

Sortie américaine

Le travail de promotion de Monsieur Lazhar est loin d'être terminé. Sitôt la conférence finie, Falardeau sautait dans un train pour un retour à Montréal, d'où il repartira ce matin pour Los Angeles, avant de revenir sur New York. Le réalisateur se rend là-bas afin de rencontrer la presse, dans la foulée de la sortie américaine du film, le 13 avril, sur une quinzaine d'écrans. Le distributeur compte évidemment tabler sur la nomination de Monsieur Lazhar à l'Oscar du meilleur film étranger.

Ce sera ensuite le Japon à la mi-avril, puis l'Espagne. La sortie en France est prévue pour l'automne. Entre-temps, Falardeau compte s'accorder un long répit, en mai et en juin, histoire de se ressourcer et de continuer la rédaction, encore embryonnaire, du scénario de son prochain film, une comédie politique à la Bob Roberts.

«S'il y a une pression [pour son prochain film], ça viendra surtout des médias», a-t-il expliqué au Soleil, à l'issue de sa conférence. «D'où cette idée de prendre une direction totalement différente» que pour Monsieur Lazhar.

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