Les belles angoisses de Vincent Lindon

Normand Provencher
Le Soleil

(Paris) «Je n'aime pas me balader dans un film où c'est flou. J'aime faire des films qui parlent de mes contemporains, qui ont des enjeux, que ce soit le surendettement, l'euthanasie, la paternité ou l'amour, tout simplement. Je veux que, dans 30 ans, on puisse prendre le DVD et qu'il reste quelque chose de fort, comme dans les films de Capra.»

Vincent Lindon n'est pas un homme de demi-mesures. Les concessions, très peu pour lui. Dans une longue entrevue à une poignée de journalistes québécois venus à sa rencontre, à Paris, pour le drame Toutes nos envies, l'acteur de 52 ans impose son style, fait de passion, de rigueur, de silence, d'angoisses surtout. Son rapport avec le métier est «bizarre», est-il d'ailleurs le premier à admettre.

«Je ne fais que des films qui me plaisent. Et une fois faits, je les revois une fois ou deux parce que je suis obligé. Ce que j'aime d'un film, c'est l'idée de l'avoir fait. Ma perception de moi est assez déplorable. Il y a des gens qui adorent se voir; moi, c'est ingérable. Ça me rend malade, littéralement malade...»

De la même façon, se livrer à la promotion d'un film ne lui sourit pas toujours. «C'est très dur pour moi de parler des films déjà tournés. On invente rétroactivement des réponses déjà formulées. Souvent, tout est faux. Je n'aime pas ça, on ressort des cadavres. Pour moi, l'art, c'est fait pour avancer.»

Devant l'insistance de ses vis-à-vis, Lindon se laisse aller à parler de Toutes nos envies, même si... l'envie n'est pas toujours au rendez-vous. «Philippe m'a proposé tous ses films, depuis le début. À chaque fois, on s'est mis d'accord. C'est un réalisateur toujours très proche de ses sujets, très précis. Avec Welcome, on s'est trouvés. J'ai été l'alter ego de plusieurs réalisateurs, dont Pierre Jolivet [Ma petite entreprise]. Je suis aussi très proche de Stéphane Brizé [Mademoiselle Chambon]. Je viens de terminer avec lui Quelques heures de printemps, un bijou.»

Le pouvoir de dire oui

Lindon dit choisir ses films sur des coups de coeur et des impulsions, gardant toujours en tête l'importance de ne pas succomber à la facilité et à l'indolence. «Il y a tellement de raisons, tous les matins, de ne rien entreprendre. Mais le véritable pouvoir, c'est de dire oui, pas de dire non. Oui, je t'épouse, oui, je te fais un enfant, oui, je construis, oui, j'entreprends. Le pouvoir, c'est faire.

«Là, par exemple, j'ai accepté de tourner dans un premier film, Augustine, d'Alice Winocour. C'est un film à costumes où je joue le rôle d'un médecin, en 1865. La cinéaste m'a envoyé le scénario. Je n'ai pas vu ce qu'elle a fait auparavant et ça ne m'intéresse pas. Je l'ai rappelée pour lui dire que j'avais adoré et que j'acceptais le rôle. C'est après que je me suis dit : pourquoi j'ai dit oui, qu'est-ce qui m'a pris?

«Mais si ça se trouve, poursuit-il, ce premier film de cette jeune réalisatrice fera autant d'entrées qu'Autant en emporte le vent et gagnera 13 Oscars, ou encore ne sortira nulle part, et personne ne le verra. Il n'y a pas de recettes, c'est ça qui est génial dans le cinéma. C'est pour cette raison que j'en fais.»

Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Paris, en janvier, ont été payés par uniFrance.

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