«J'ai été étonnée d'abord d'apprendre qu'une telle brigade existait, ensuite qu'on leur donnait aussi peu de moyens pour remplir leur mandat. Ces policiers n'ont pas de bagnoles, leurs ordinateurs ne fonctionnent pas. Ce devrait pourtant être une priorité, au même titre que l'éducation», dénonce Marina Foïs, rencontrée à Namur, l'automne dernier, au Festival du film francophone de Namur.
Même si elle connaissait l'ampleur de la maltraitance faite aux enfants en France, Karin Viard a pour sa part découvert des choses troublantes sur la sexualité juvénile. «Il existe une violence des adolescents à travers la sexualité que je ne connaissais pas», explique-t-elle, lors du même festival. «Ils répètent une sexualité débridée vue sur Internet, où l'acte sexuel n'a plus du tout la même sacralisation qu'à mon époque.»
Pendant leur stage intensif, les deux actrices ont côtoyé des policiers impliqués à fond dans leur travail, mais souvent dépassés par les événements. Fonctionnant sur des horaires atypiques, lancés sans préparation sur la ligne de feu, devant des jeunes victimes dont les histoires pathétiques viennent les chercher au plus profond d'eux-mêmes, ces policiers deviennent de sérieux candidats au burn-out.
Travail éprouvant
«C'est un travail intense où les policiers s'investissent beaucoup. Ils vivent beaucoup d'émotions dans ce boulot, reprend Karin Viard. C'est à eux que les enfants se confient pour la première fois lorsqu'ils dénoncent leur agresseur. C'est intense et forcément, on veut partager avec les autres.»
«C'est très éprouvant, renchérit Foïs. Entre un médecin et son patient, il y a la maladie, le médicament à prescrire, un protocole à respecter. Entre le flic et la douleur que la jeune victime dépose sur son bureau, il n'y a rien. Parler, pour l'enfant, c'est la première étape vers sa reconstruction. C'est une responsabilité incroyable. Au plan de l'émotion, ça demande beaucoup. En même temps, ils croient énormément à leur travail. Ils ont un idéal. Je les aime pour ça, pour leur foi.»
À son grand étonnement, Foïs a découvert que les membres de la brigade des mineurs disposaient de trois heures libres à l'heure du dîner. «Sans doute pour décompresser après avoir entendu les témoignages des jeunes. Ils passent donc beaucoup de temps, au bureau, à ne rien faire. Ils partagent leur vie privée avec les autres. Ça laisse aussi beaucoup de temps pour les aventures extraconjugales...»
Foïs, pour qui c'est la seconde collaboration avec Maïwenn, comme Karin Viard, après Le bal des actrices en 2007, loue le grand professionnalisme de la jeune réalisatrice. «C'est quelqu'un de très intuitif, qui sait ce qui veut. Elle laisse énormément de liberté aux acteurs. Elle n'aime pas le déguisement, la pose et toutes ces choses-là. Elle aime voir les acteurs trébucher, être en déséquilibre, ne pas savoir. Elle aime quand ils sont vrais, quoi.»