Le scénario, basé sur un livre de Robert Marshall, s'inspire, comme le film de Steven Spielberg, d'une histoire véridique, celle de Leopold Socha, un employé à l'entretien des égouts de Lvov, en Pologne, qui sauva la vie de plusieurs Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale, en les cachant pendant plus d'un an dans le système de canalisation de la ville.
Au départ, Socha (Robert Wieckiewicz), petit brigand sans scrupules, n'avait aucune affinité avec les Juifs, n'hésitant pas à les insulter et leur soutirer tout ce qu'il pouvait. La force du film (et son élément humain le plus touchant) est justement de suivre l'évolution du personnage. De fil en aiguille, au vu du traitement réservé par les nazis, non seulement aux Juifs, mais aussi au peuple polonais, Socha développera une fibre humaniste qu'il ne se connaissait pas.
Au risque d'être démasqué par la Gestapo, et pendu haut et court comme son meilleur ami pour servir d'exemple, Socha utilisera ses vastes connaissances du réseau souterrain («Je les connais mieux que ma propre femme...») et son sens de l'orientation pour y cacher quelques Juifs, dans la foulée de la destruction du ghetto de Lvov.
Jour après jour, il leur apportera nourriture et vêtements, s'attachant aux deux jeunes enfants du groupe. Si les motifs de Socha étaient au départ pécuniaires, il continura à leur apporter son aide même lorsque ses protégés ne seront plus en mesure de payer.
Pendant 14 mois, ces désespérés ont vécu dans des conditions atroces que le film rend bien. Odeur pestilentielle, présence de rats, promiscuité, risques d'inondation, rien ou presque ne leur a été épargné. Malgré tout, le film montre comment dans ces conditions de survie extrême, alors que l'horreur se joue en surface, ces individus ont essayé de garder un semblant de vie normale. Hommes et femmes ont continué à s'aimer physiquement, dans une volonté instinctive de célébrer la vie plus forte que tout.
En raison du nombre de films tournés sur l'Holocauste, Sous terre traîne forcément un air de déjà-vu. À la fois semblable et différent, pourrait-on ajouter à sa décharge. Sans être aussi poignant que La liste de Schindler, le film de Holland, d'une durée de près de 2 heures 30 minutes (en version originale polonaise sous-titrée), se distingue par la qualité de sa distribution, sa mise en scène de talent qui se tient loin des scènes trop cruelles (il y en a, forcément...) et son message d'espoir.
Pour son acte de bravoure, Leopold Socha fut nommé Juste par la communauté juive internationale. Il est mort en 1945, peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, heurté par un camion fou, en cherchant à sauver sa fille. «Dieu l'a puni d'avoir sauvé des Juifs», aurait-on alors dit à Lvov. «Comme si les hommes avaient besoin de Dieu pour se punir les uns les autres», ajoute Holland au générique final.
Au générique
Cote: ****
Titre: Sous terre
Genre: drame historique
Réalisateur: Agnieszka Holland
Acteurs: Robert Wieckiewicz, Benno Fürmann, Agnieszka Grochowska, Maria Schrader et Herbert Knaup
Salle: Le Clap (version originale polonaise avec sous-titres français)
Classement: 13 ans
Durée: 2h25
On aime: l'efficacité de la mise en scène, la qualité de jeu des comédiens (particulièrement Robert Wieckiewicz), la reconstitution d'époque, la leçon d'humanité
On n'aime pas: l'épisode du camp de concentration