Avec le recul, Bergeron estime que son expérience américaine lui a été d'une aide précieuse pour ce retour au bercail. «Comme expertise, il n'y avait pas mieux que le box-office de Shark Tale [Gang de requins en version française, recettes mondiales de 367 millions$]», confie le cinéaste, rencontré le mois dernier à Paris, à l'occasion des Rendez-vous d'uniFrance.
«Quand je suis rentré à Paris, même si ça peut paraître vénal, je me suis dit que le succès du film allait m'ouvrir des portes. Si je n'avais pas fait Gang de requins, je n'aurais jamais pu faire Un monstre à Paris. Ça serait apparu trop gros, trop ambitieux pour la France», explique le diplômé en beaux-arts qui a également travaillé chez Dreamworks à la coréalisation de La route d'Eldorado et aux story-boards de Flushed Away et de Simbad.
À l'origine, Bergeron voulait tourner un film d'animation romantique sur les vampires. De fil en aiguille, au gré de ses recherches, il a changé de registre et opter pour une puce géante comme protagoniste principal. Une puce qui prend une taille humaine et qui trouve refuge dans un cabaret de Montmartre, où une chanteuse deviendra sa protectrice contre le vilain préfet qui le pourchasse.
Détail historique intéressant, Bergeron a campé l'action de son film dans le Paris de 1910, alors ravagé par d'importantes inondations. «L'une des spécificités de la puce, c'est qu'on peut s'en débarrasser avec l'eau. C'est devenu le talon d'Achille de mon héros, ce qui donnait une cohérence à la narration.»
Collaboration de Paradis et de Chedid
Comme prête-voix aux personnages de Francoeur la puce, et de Lucille la chanteuse star de Montmartre, Bergeron a pu compter sur la précieuse collaboration de Mathieu Chedid, alias -M-, et de Vanessa Paradis. Les deux artistes se connaissaient pour avoir travaillé sur deux albums (Bliss et Divinidylle) et effectué une tournée ensemble.
«Mathieu est la première personne que j'ai contactée dès mon retour de Los Angeles, en 2005. Ç'a tout de suite cliqué entre nous. Deux semaines après notre première rencontre, il écrivait la première chanson, celle où Francoeur raconte sa naissance. Je l'ai écouté avec une grande émotion. C'est là que je me suis dit que j'avais bien fait de revenir pour faire ce film.»
La rencontre avec Vanessa Paradis s'est déroulée sous d'aussi bonnes étoiles. «Je lui ai présenté le projet et trois minutes plus tard, elle avait accepté. J'ai écrit le personnage de Lucille en pensant à elle.»
Fan d'animation depuis sa jeunesse - il cite en exemple les films de Disney, bien sûr, mais aussi ceux des Canadiens Norman McLaren et Frédéric Back -, Bibo Bergeron est maintenant à même de dresser des comparaisons entre les façons de travailler d'un côté et de l'autre de l'Atlantique.
«En France, on possède la liberté de l'auteur, mais pas le confort. En Amérique, on a le confort et un peu de liberté... Je ne vais pas me plaindre, mon film a bénéficié du tiers du budget d'un film américain [28 millions$, le troisième film français le plus cher de 2010]. Aux États-Unis, on a le droit de se tromper. On peut jeter une séquence entière à la poubelle et recommencer, c'est prévu au budget. En France, on ne peut pas se tromper, et si on se trompe, c'est tant pis...»
À l'origine, Un monstre à Paris ne devait pas être tourné en 3D. C'est devant l'engouement pour le film, déjà vendu dans plusieurs pays, qu'il a été décidé de faire la transposition, même si la décision impliquait une hausse substantielle du budget. «Le 3D du film n'est pas tape-à-l'oeil, ce n'est pas de l'esbroufe», précise le cinéaste, pour qui cette nouvelle technologie est salutaire, puisqu'elle permet d'attirer en salle un public qui autrement resterait devant son téléviseur à écran plasma.
Au fait, Bibo Bergeron, pourquoi Bibo et non votre prénom de naissance, Éric? «À 18 ans, c'est un coloc américain qui m'a baptisé ainsi. Ensemble, on jouait à doubler la télésérie Dallas avec des dialogues des plus ridicules. Il m'avait assigné le personnage de Bobby Ewing [Patrick Duffy]. Bobby, Bibo, c'est resté...»
Un monstre à Paris prend l'affiche le 24 février.
Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Paris, en janvier, ont été payés par uniFrance.