We Need to Talk About Kevin: l'enfance du mal

La comédienne britannique Tilda Swinton a remporté, avec...

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La comédienne britannique Tilda Swinton a remporté, avec raison, le prix de la meilleure actrice européenne pour sa performance aux côtés de l'acteur John C. Reilly.

Normand Provencher
Le Soleil

(Québec) De fervents lecteurs de mon entourage considèrent le roman Il faut qu'on parle de Kevin (We Need To Talk About Kevin) comme l'un des plus bouleversants jamais lus. L'adaptation pour le grand écran du livre de Lionel Shriver (née Margaret Ann), par la réalisatrice britannique Lynne Ramsay, devrait les ébranler tout autant. Un film «rentre dedans» qui vous saisit jusqu'au fond des tripes.

D'entrée de jeu, au lieu de construire son film comme dans le roman, au gré de lettres qu'Eva envoie à son mari, Ramsay renvoie le spectateur à plusieurs questions sans réponse. Qu'est-il arrivé de si terrible à cette femme pour qu'elle soit montrée du doigt et mise au ban de sa communauté? Pourquoi avoir aspergé sa maison et son auto de peinture rouge? Ici et là, des images d'un drame à venir donnent un début de réponse.

We Need To Talk About Kevin (présenté au Clap en version originale anglaise avec sous-titres français) est l'histoire de cette femme, Eva (Tilda Swinton), une mère qui a passé des années à rechercher le début de l'ombre d'un iota d'amour de son fils.

Eva a mis sa carrière d'écrivaine entre parenthèses afin de prendre soin de son petit Kevin. Or, malgré ses inlassables efforts pour entrer en contact avec lui, l'enfant reste fermé comme une huître, à deux doigts de l'autisme. Pire, il lui fait vivre les pires humiliations dans un désir malsain (et pleinement conscient) de la faire tourner en bourrique.

Le père (John C. Reilly) n'y voit rien, trop occupé, toujours absent. Elle, et elle seule, voit que Kevin a un problème, et un gros.

L'adolescence et l'arrivée d'un autre enfant dans la famille, une fille, ne changeront rien à l'affaire. Le destin de Kevin, toujours aussi arrogant, et doté d'une intelligence supérieure, est en marche vers l'irréparable, dont on vous cachera la teneur tragique.

Sur fond d'images recherchées, le scénario fait revivre en flash-backs la longue descente aux enfers de cette mère désemparée, dépassée par les événements, coincée à triple tour dans la culpabilité et l'incompréhension. Du début à la fin, la toujours excellente Tilda Swinton exulte le malaise par rapport à cet enfant, cette chair de sa chair qui lui demeure si étrangère.

La comédienne britannique a remporté, avec raison, le prix de la meilleure actrice européenne pour sa performance. Une présence parmi les finalistes à un Oscar d'interprétation aurait été dans l'ordre des choses, mais les voies de l'Académie sont comme celles de Dieu, impénétrables...

Au générique

Cote: ****

Titre: We Need To Talk About Kevin

Genre: drame

Réalisatrice: Lynne Ramsay

Acteurs: Tilda Swinton, Ezra Miller, John C. Reilly, Jasper Newell et Ashley Gerasimovich

Salle: Le Clap (version originale anglaise avec sous-titres français)

Classement: 13 ans et plus

Durée: 1h52

On aime: le jeu troublant de Tilda Swinton, la petite peste d'Ezra Miller, la brillante construction du scénario en flash-backs

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