À 54 ans, Carole Bouquet porte un regard dépourvu de complaisance sur ses débuts devant la caméra. C'était en 1977 dans Cet obscur objet du désir de Luis Buñuel. Elle avait à peine 20 ans. «J'ai un trou noir. Je ne me souviens de rien tellement j'avais peur», avoue-t-elle à un petit groupe de journalistes étrangers, le mois dernier, à l'occasion des Rendez-vous du cinéma français à Paris.
«Au début, je n'avais aucun désir d'actrice, poursuit-elle avec une grande franchise. Malgré la terreur, je le faisais quand même, même si j'étais morte de peur au point d'être malade. C'était comme sauter d'une falaise. Ç'a été comme ça pendant des années. Je crois que ç'a commencé à changer sur le film de Werner Schroeter [Le jour des idiots, 1981].»
La situation n'était guère plus rose lorsqu'elle jouait au théâtre, confie-t-elle du même souffle. «C'était horrible. Autant dans les films je pensais être mauvaise et je ne l'étais pas tant que ça, autant à mes débuts au théâtre, je l'étais. Au bout d'un mois, j'ai commencé tout à coup à sentir le public, à jouer avec lui et à éprouver du plaisir, à ne plus avoir peur d'avoir peur.»
Avec 40 films au compteur et plusieurs passages sur les planches, dans des pièces de Racine, son auteur favori, l'ex-Bond Girl de For Your Eyes Only, savoure sa joie d'une première collaboration avec le vétéran Téchiné (Ma saison préférée, Rendez-vous) pour Impardonnables, libre adaptation du roman éponyme de Philippe Djian. Elle incarne Judith, une agente immobilière de Venise, qui accepte de se mettre en ménage avec un écrivain en panne d'inspiration (André Dussolier) qui doit composer avec une fille instable (Mélanie Thierry).
Une opportunité difficile à refuser, d'abord en raison de la notoriété de son auteur, ensuite parce que le projet lui permettait de tourner sur la terre de ses amours, l'Italie.
«André [Téchiné] est un cinéaste qui fait du cinéma, des films qui parlent de poésie, de lyrisme, de l'âme humaine. Ç'a l'air facile, mais ça ne l'est pas, explique l'actrice. Pour lui, quand il est bien fait, le cinéma est un mode d'expression au même titre que la peinture, la sculpture, la musique. En plus, il fait de très beaux portraits de femmes.
«J'ai été si heureuse de travailler avec lui. Pendant trois mois, tous les jours j'étais contente d'arriver sur le plateau et contente d'en partir en me disant que je le retrouverais le lendemain. Ce sont des moments privilégiés.»
Le bon vin et l'Italie
Son regard s'illumine davantage lorsqu'elle parle de l'Italie, sa patrie d'adoption qui l'a conduite à une nouvelle carrière, propriétaire de vignoble et productrice de vin.
«Aaah! L'Italie, j'en suis amoureuse. C'est le grand amour de ma vie. Ne me demandez pas pourquoi, c'est irrationnel. Je regardais récemment en DVD de vieux films italiens et je fondais de plaisir. J'ai fait des dizaines de films en Italie, il y a longtemps, dont de très mauvais. À l'époque, j'acceptais des rôles que je n'aurais jamais acceptés en France, seulement afin de passer trois mois là-bas.»
Après l'achat d'un terrain sur l'île de Pantelleria, entre la Sicile et la Tunisie, l'ex-égérie de Chanel s'est lancée avec enthousiasme dans la fabrication d'un vin, le Sangue d'Oro, un nectar aux effluves d'orange poussant sur un sol volcanique, qu'elle se fait un plaisir d'aller vanter les mérites aux sommeliers des grands restaurants, aux quatre coins du monde.
«C'est une folie, toujours à cause de cet amour pour l'Italie. J'ai aimé cette terre et j'ai voulu lui redonner vie. C'est un rapport étrange. C'est mon sang, ma chair, une sorte de prolongement de moi. Ce n'est pas un travail, ça n'a rien à voir avec mon métier. Ça occupe énormément de mon temps. Maintenant, quand je fais du cinéma ou du théâtre, c'est des vacances...»
Impardonnables prend l'affiche en salles le 10 février.
Les frais de déplacement et de séjour du Soleil à Paris ont été payés par uniFrance.