En entrevue au Soleil, l'automne dernier, au Festival du film francophone de Namur, l'auteur d'Un baiser s'il vous plaît et de Fais-moi plaisir explique sa fascination intarissable pour le noble sentiment. «C'est le thème de tous les grands films. Même les films policiers sont liés à l'amour, mais on le masque de différentes façons.»
Dans L'art d'aimer, Mouret s'amuse à faire évoluer une galerie de personnages au gré de cinq histoires souvent farfelues. Une femme propose à sa meilleure copine d'utiliser les «services» de son mari. Une autre avoue à son conjoint qu'elle a envie passer à l'acte avec un collègue, en vertu de leur accord réciproque de liberté conjugale. Une troisième préfère quitter son mari pour mieux vivre son désir pour les autres hommes, et ainsi de suite.
«Ce qui m'amuse, c'est de faire apparaître des questions, pas de donner des réponses», explique Mouret au sujet de son inspiration féconde. «Je pars de mes propres fantasmes et pensées pour les mettre à l'épreuve de la réalité. Ainsi, j'adorerais que ma compagne me propose une de ses amies... [rires].
«Imaginez que je sois célibataire et qu'une femme débarque chez moi, en nuisette, en plus en me disant qu'elle veut vivre une aventure. Ce serait merveilleux et, en même temps, très compliqué. Dans ma vie, en tout cas, et dans celles des gens que je croise, ça ne se passe pas comme au cinéma. Il faut prendre beaucoup de détours pour signifier son désir, il faut être capable de le montrer, mais pas trop.
«Au contact de la réalité, poursuit le cinéaste d'origine marseillaise, il y a aussi le souci des autres. On a envie de réaliser un désir sexuel et d'être quelqu'un de bien. La plupart de mes personnages ont envie d'être des gens bien. C'est pour cette raison que c'est si difficile pour eux. Ils ne veulent pas abuser des autres.»
Couples en mutation
À sa façon, Mouret s'amuse à peindre le portrait des couples modernes, en perpétuelle mutation. «La relation amoureuse d'aujourd'hui est quelque chose qui s'invente en permanence. La plupart des couples n'ont plus honte de se séparer, même s'ils ont des enfants. Par contre, c'est de moins en moins courant pour un homme d'avoir une maîtresse. S'il en a une, c'est qu'il est amoureux et qu'il va se séparer, alors qu'avant, c'était une pratique courante, puisqu'on se mariait sans avoir le choix.»
Mouret prend en exemple deux personnages de son film, Vanessa (Élodie Navarre) et William (Gaspard Ulliel), pour démontrer que le mensonge dans un couple ouvert peut devenir, mais pour le mieux, un couteau à double tranchant. «Au fond, paradoxalement, ils sauvent leur couple en se mentant. Ils s'inventent un aveu pour être conformes à ce qu'ils se sont dits.»
Le cinéma de Mouret a souvent été comparé à celui de Rohmer et de Woody Allen, mais le principal intéressé, aussi flatté de l'honneur soit-il, dit creuser son propre sillon. «Adolescent, j'ai grandi avec leur cinéma. Nous avons des thématiques semblables autour du désir et de la vérité des autres, mais lorsque je fais mes films, je ne pense pas nécessairement aux leurs. Je peux penser à la façon de travailler d'Allen, mais il n'y a pas de tentations de faire comme lui.»
Le déplacement et le séjour du Soleil à  Namur ont été payés par le Festival international du film francophone.