Trou Story: mauvaise mine

Malartic...

Agrandir

Malartic

(Québec) Les documentaires de Richard Desjardins et Robert Monderie ont le don de brasser la cage. Douze ans après L'erreur boréale, le duo remet son casque, cette fois pour aller voir ce qui se passe dans les entrailles du Québec, au coeur des douteuses pratiques économiques et écologiques des compagnies minières.

Trou Story crée encore son effet. Le pamphlet secoue, dérange, révolte. Impossible de rester insensible. Desjardins et Monderie présentent une masse considérable d'informations pour étayer la thèse voulant que les Québécois se font (encore) passer un sapin en vendant leurs métaux à des compagnies étrangères qui en ont bien peu à cirer d'être de bonnes entreprises citoyennes.

Le documentaire regarde d'abord dans le rétroviseur pour mieux comprendre le présent. Le film s'intéresse aux conditions de travail pitoyables des mineurs du début du siècle, condamnés à vivre six jours et demi par semaine, 10 heures par jour, au fond des mines. Au début du siècle, l'espérance de vie d'un mineur de cobalt était de 46 ans. Les rares tentatives de syndicalisation se sont heurtées à un mur.

Si la situation de nos jours s'est largement améliorée, technologie de pointe aidant, il n'en demeure pas moins que des aberrations du passé demeurent. Comme les «claims», ces zones que les prospecteurs peuvent exploiter à leur guise, sans devoir rien à personne. La partie la plus habitée de l'Abitibi est sous claim. Résultat : l'exploitation d'une gigantesque mine d'or à Malartic a entraîné l'expropriation de plusieurs familles.

«On peut rien dire, on sait rien», lance un habitant du secteur, inquiet comme ses voisins de voir apparaître dans le paysage un trou gros comme 20 fois celui de la mine d'Asbestos. «La tour Eiffel va faire dans le trou, et on verra même pas le top...», illustre un autre citoyen.

Trou Story démontre que la plupart des compagnies minières exploitent les ressources sans trop se soucier des répercussions environnementales. La région entre Rouyn-Noranda et Val-d'Or est «l'une des plus importantes poubelles d'Amérique du Nord». Les vues aériennes de rivières et lacs pollués par les résidus sont sans équivoque. Pour ceux qui habitent autour des mines, on ne sait rien des conséquences sur la santé des métaux lourds. Au Canada, les normes de contamination n'ont pas été revues depuis 30 ans...

L'époque où Duplessis vendait le fer à bas prix aux Américains est à la fois si loin et si proche. Rien n'a changé, ou si peu. Les compagnies paient des impôts dérisoires et des taxes seulement sur les bâtiments. L'entretien des infrastructures ayant servi à l'exploitation minière reste l'affaire des municipalités. Les redevances versées au gouvernement québécois demeurent minimes, malgré un enrichissement des mines de 17 milliards $ entre 2002 et 2008. On vend de plus en plus de minerai brut à la Chine, qui nous le renvoie transformé, au double de sa valeur.

Pour Desjardins et Monderie, il est urgent de revoir la Loi sur les mines pour mettre fin aux «méthodes issues du Far West» et au «vandalisme corporatif». La dernière phrase du chanteur-poète fait figure de devise : «Il est à peu près temps d'être maîtres chez nous.» Un film à voir pour ceux qui ont à coeur l'avenir du Québec.

Au générique

Cote : ***1/2

Titre : Trou Story

Genre : documentaire

Réalisateurs : Richard Desjardins et Robert Monderie

Acteurs : -

Salles : Le Clap et Lido

Classement : général

Durée : 1h20

On aime : le travail de recherche, les photos d'archives, le ton éditorial

On n'aime pas : quelques petits élans démagogiques

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer