Léonie (jouée de manière très juste par Ariane Legault) a 11 ans et passe beaucoup de temps avec son enseignante, soeur Cécile (interprétée par Madeleine Péloquin, excellente) et avec Jésus (incarné par Rossif Sutherland). Jusqu'à ce qu'un dominicain (l'ingénu et charmant Victor Trelles Turgeon) vienne troubler le coeur des deux amies, ainsi que le corps et la vocation de la religieuse. Léonie fera ce que lui dictent sa jalousie et la franchise, alors que les deux amoureux vivront une intense mais chaste passion qui leur attirera un châtiment bien moindre que celui que leur infligeront leurs âmes et consciences.
Cette histoire principale, assez bien tournée (à la caméra comme dans l'écriture), est inscrite entre un prologue et un interminable épilogue où Micheline Lanctôt et Geneviève Bujold interprètent respectivement Léonie et soeur Cécile. Les deux séquences, malgré la part de révélation et d'émotion qu'elles amènent, sont grises et manquent de saveur. On aurait très bien fait sans elles.
À travers les yeux de Léonie, que les rituels catholiques sécurisent, nourrissent et inspirent, nous goûtons à ce que la piété peut avoir d'inspirant et de transcendant. Le personnage de Jésus, toutefois, laisse perplexe. Ses premières interventions (avec un mouton malodorant) amusent, mais ses paroles sonnent faux et ses apparitions gore, où il dévoile son coeur sanglant aux personnages qui l'ont déçu ou qui souffrent, ne sont pas toujours logiques. On s'interroge aussi sur la pertinence du personnage de l'oncle de Léonie, qui aurait été abusé par des curés. Il est inquiétant, mais s'annonce finalement inoffensif, voire peu pertinent.
Parmi toutes les histoires sombres où on a dénoncé les abus et l'omniprésence de l'Église à l'époque de Duplessis, celle de Micheline Lanctôt veut détonner en présentant des hommes et des femmes d'église bien humains, avec leurs faiblesses et leurs qualités.
Sur certains aspects, la vision de Mme Lanctôt rejoint celle de Michel Tremblay dans Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges. On y retrouve une adolescente timide, dévote et malhabile, une jeune enseignante dévouée et énergique et une mère excédée et méfiante (très bonne Lynda Johnson). Le prologue, l'aveu et l'épilogue rappellent un peu la construction des Feluettes, de Michel Marc Bouchard, sans que l'histoire n'ait toutefois la complexité et le souffle de celle du dramaturge. Bref, Pour l'amour de Dieu c'est un essai personnel, avec de belles trouvailles, mais qui revisite des thèmes qui ont déjà été mille fois mieux exploités.
Au générique
Cote : ** 1/2
Titre : Pour l'amour de Dieu
Genre : drame
Réalisateur : Micheline Lanctôt
Acteurs : Madeleine Peloquin, Victor Trelles Turgeon, Ariane Legault, Lawrence Arcouette, Geneviève Bujold, Lynda Johnson
Salles : Beauport, Des Chutes, Le Clap, Lido, Sainte-Foy
Classement : général
Durée : 1h32
On aime : le jeu des acteurs principaux, l'atmosphère de dévotion et de passion bien rendue
On n'aime pas : les passages au look plus documentaire, l'épilogue trop long, le traumatisme inutile et flou de l'oncle de Léonie, l'ambivalence et le côté artificiel du personnage de Jésus