Fin du cinéma dans St-Roch: la dernière projection

Guy Benjamin
Le Soleil

(Québec) «Un nouveau cinéma à Québec doté de l'écran le plus large au Canada, 50 pieds, et avec un équipement à la fine pointe de la technologie pour projeter des films en technicolor.»

C'est ce que disait la publicité de la compagnie Odéon à l'occasion de l'ouverture du cinéma Charest le 14 septembre 1967. Deux salles sous un même toit, Frontenac et Le Dauphin, capables d'accueillir près de 2000 cinéphiles dans le plus grand confort. La plus grande salle, Frontenac, comptait 1283 sièges (elle allait plus tard être divisée en deux salles).

Jeudi soir, près de 44 ans plus tard, le dernier projecteur s'éteindra vers les 23 heures, marquant ainsi la fin du cinéma dans St-Roch.

Tout avait commencé peu après midi le 14 septembre 1967. Un projecteur s'allumait pour offrir aux premiers clients de ce cinéma ultra-moderne le film américain Les professionnels mettant en vedette Burt Lancaster et Claudia Cardinale. Sur le coup de 14h débutait la projection du film réservé aux 18 ans et plus, La Curée, avec Jane Fonda dans le rôle principal. Et pour attirer les cinéphiles de la banlieue, on offrait trois heures de stationnement pour 25 cents.

Le choix de St-Roch

«Le choix de l'emplacement était numéro un», analyse Réjean Lemoine. Pour le chroniqueur urbain, c'était vraiment la place pour s'installer, au coeur de la ville, à mi-chemin entre la haute et la basse ville. «Tu ne pouvais pas avoir plus densément peuplé».

Le quartier St-Roch comptait près de 15 000 habitants, rappelle M. Lemoine. La rue Saint-Joseph était encore une artère commerciale importante avec les magasins Syndicat, Pollack et Paquet. «La fuite vers la banlieue était amorcée, mais n'était pas encore très développée», de souligner le chroniqueur urbain.

À cette époque, le cinéma était une affaire urbaine avec deux salles sur la rue Saint-Joseph et des cinémas dans Montcalm et dans Limoilou, précise M. Lemoine. «Qui disait cinéma disait centralité, alors qu'aujourd'hui les cinémas s'installent en périphérie au croisement d'autoroutes».

Il est important de se rappeler que le cinéma s'est installé dans le quartier chinois avant l'arrivée de l'autoroute Dufferin-Montmorency, de dire M. Lemoine. C'est ce qui explique que le cinéma s'est retrouvé quelques années plus tard avec la façade devant une sortie d'autoroute.

Était-ce un mauvais choix d'investir dans St-Roch? Personne ne pouvait prévoir le déclin du centre-ville, analyse celui qui fut conseiller du quartier pendant une dizaine d'années.

«­Il y avait toujours eu du cinéma au centre-ville. C'est donc au centre-ville que l'on devait construire un cinéma moderne, avec une nouvelle technologie, une grande salle, un son d'une grande qualité ».

Pendant au moins une quinzaine d'années, le Charest a été le cinéma numéro un à Québec, rappelle M. Lemoine. Des grandes files d'attente devant le cinéma et des bouchons de circulation qui s'étiraient jusque sur le boulevard Charest témoignaient du succès de l'entreprise.

Deuxième souffle

Le cinéma a bénéficié d'un deuxième souffle avec un investissement majeur de plus de 4 millions $ qui permettait d'offrir huit salles à compter d'octobre 1986. Une réouverture célébrée en grand avec la présentation du film Le déclin de l'empire américain. Soirée de première à laquelle assistaient le réalisateur Denys Arcand et plusieurs vedettes du film, dont on a récemment souligné les 25 ans.

Le cinéplex Charest était né. Vingt-cinq ans plus tard, le cinéma dans St-Roch n'est plus qu'un souvenir.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer