En 2007, Stéphane Lafleur avait connu un baptême remarqué avec l'excellent Continental, un film sans fusil, lauréat du Jutra du meilleur film, du meilleur scénario et de la meilleure réalisation. Quatre ans plus tard, la pression de faire aussi bien, sinon mieux, ne semble pas tenailler le jeune cinéaste.
En entrevue au Soleil mardi, veille de son départ pour le prestigieux Festival de Berlin, où ce second long-métrage, En terrains connus, est projeté en première mondiale, Stéphane Lafleur se fait philosophe et humble pour expliquer sa façon d'aborder le métier.
«La pression, c'est toi qui te la mets. J'ai fait mon deuil de vouloir plaire à tout le monde. De toute façon, iI y aura toujours quelqu'un pour ne pas aimer ce que tu fais, alors il faut que tu l'acceptes. Qu'est-ce que tu peux dire? Il faut aussi ne pas trop se prendre au sérieux. Les prix, les entrevues et toutes ces choses, ça finit par faire des bulles dans l'ego si tu ne fais pas attention.»
Comme Continental, un film sans fusil, ce second film est né d'une image : un homme venu d'un futur rapproché (Denis Houle), débarqué dans la vie d'un homme, Benoît (Francis La Haye), pour le mettre en garde d'un malheur. Et cet homme décidant volontairement de faire fi de cette mise en garde, non sans l'appréhender.
Au carrefour du banal et du fantastique, dans une époque difficile à identifier, En terrains connus se construit autour d'une histoire de vente de pelle mécanique, de bras coupé accidentellement, et d'un frère et d'une soeur (La Haye et Fanny Mallette) qui cherchent maladroitement à reprendre contact, dans le chalet familial, sur le bord d'un lac gelé.
Changement dans la continuité
Le choix de situer l'action en plein hiver, alors que le quotidien des personnages semble s'enliser, est une idée que le cinéaste caressait depuis un moment, d'autant plus que le cinéma québécois n'y fait pas souvent écho. La neige, le froid, le manque de lumière ne font pas que nourrir les conversations, mais a aussi une incidence sur «notre façon d'être» et, évidemment, sur celle des personnages du film.
Alors que le scénario de Continental... reposait sur un canevas intangible, Lafleur a voulu pour cette seconde offrande un scénario «plus soutenu, plus ramassé», dans un désir de changement dans la continuité, pour reprendre l'expression politique consacrée.
Sur le plan de l'approche visuelle, En terrains connus ne jure pas avec son premier film. Les longs plans fixes sont encore une fois au rendez-vous, les personnages toujours aussi peu loquaces. «Je ne ressens pas le besoin de faire de longs mouvements de caméra, avoue-t-il. Je reste à la caméra fixe. Je ne veux pas que l'esthétisme du film prenne le dessus sur l'histoire et les personnages.»
De la même façon, Lafleur a apporté un soin méticuleux à l'univers sonore. C'est au hasard d'un voyage en Suède, il y a 11 ans, qu'il a découvert le duo Sagor & Swing (Eric Malmberg et Ulf Möller) dont la musique donne dans le jazz, l'électronique et le folk. «C'est une musique assez intemporelle qui renferme une petite touche de science-fiction. C'était en plein dans le ton du film.»
En terrains connus prend l'affiche le 18 février.