Chercher le courant: en vert et contre tous

Nicolas Boisclair, Roy Dupuis et Alexis Gheldere, du... (La Presse, François Roy)

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Nicolas Boisclair, Roy Dupuis et Alexis Gheldere, du documentaire «Chercher le courant» sur le projet hydroélectrique sur la rivière Romaine.

La Presse, François Roy

(Québec) Chaque contribuable québécois qui paye un compte d'électricité, autrement dit pas mal tout le monde, ne peut que se sentir interpellé par le documentaire Chercher le courant. En toile de fond du film de Nicolas Boisclair et d'Alexis de Gheldere, la question qui tue : Hydro-Québec fait-elle fausse route dans le développement de ses projets hydroélectriques, au lieu d'exploiter les énergies alternatives?

Intrépides, les deux jeunes réalisateurs ont mis la main à la pagaie, à l'été 2008, pour parcourir l'immense territoire que la société d'État s'apprête à inonder dans la foulée de la construction d'un mégabarrage sur la rivière La Romaine. Amorcé en mai 2009, le projet pourrait coûter de 8 à 10 milliards $ selon les estimations. De là à conclure que l'hydroélectricité est une énergie de plus en plus dispendieuse, il n'y a qu'un pas que franchissent allégrement les deux réalisateurs.

«Un professeur d'économie de l'université Laval (Jean-Thomas Bernard) le dit ouvertement : l'hydroélectricité n'est plus la forme d'énergie la moins chère. C'est inacceptable de la part d'une société d'État de nous faire croire le contraire», indique au Soleil Nicolas Boisclair.

À son avis, l'entêtement d'Hydro-Québec tient au puissant lobby de l'industrie des barrages et du monde de la construction. «On surfe sur des succès passés, même si ce n'est plus rentable. Ce lobby nous amène à construire des choses dont on n'a pas besoin», ajoute-t-il.

Les deux réalisateurs, en collaboration avec quelques environnementalistes ont descendu à l'été 2008 la rivière Romaine, sur la Basse-Côte-Nord, depuis sa source jusqu'à son embouchure, au nord de Havre-Saint-Pierre. Un trajet de 500 km effectué en 46 jours qui a permis d'analyser et de filmer l'écosystème de l'une des plus belles rivières d'eau vive au Québec, menacé par le projet d'Hydro-Québec.

Allumer des lumières

À titre de président de la Fondation Rivières, Roy Dupuis a été sollicité pour sauter dans le projet. Le comédien a fait une partie de la route avec le petit groupe d'explorateurs, en plus d'accepter la narration du documentaire. «C'est magnifique, c'est une si magnifique rivière. Tu y vas une fois et tu ne l'oublies jamais. C'est un endroit unique», mentionne-t-il, désolé de voir Hydro-Québec saccager un endroit aussi paradisiaque. «Pour moi, [ma participation au film] est plus un mouvement qu'un combat. J'aimerais pouvoir allumer quelques petites lumières dans l'esprit des gens.»

Et aussi en éteindre quelques-unes, des vraies, dans son coin de pays. «Je demeure à la campagne. Depuis trois mois, il y a des lampadaires qui sont allumés jour et nuit près d'une route. J'ai averti Hydro-Québec mais le problème n'est pas toujours pas réglé. Il en existe de ces lampadaires au Québec? Du gaspillage d'énergie, il y en a beaucoup.»

«Avant, Hydro-Québec avait un argument économique pour vendre la construction des barrages, poursuit le comédien. Mais ce n'est plus vrai. L'énergie hydroélectrique coûte main­tenant plus cher que d'autres sources d'énergie. Hydro Québec est en train de nous mentir, surtout lorsqu'on dit qu'on va vendre à profit notre hydroélectricité.»

Des sources d'énergie plus vertes et moins coûteuses que l'hydroélectricité, le documentaire en brosse un vaste portrait. Énergie éolienne et solaire, biomasse, géothermie, autant de solutions décrites dans le détail, avec les explications de quelques spécialistes, convaincus de leur efficacité. «Ailleurs dans le monde, on s'en va vers ces types de production d'énergie, explique Roy Dupuis. Au Québec, il manque une volonté politique.»

Décisions plus éclairées

Les dirigeants d'Hydro-Québec ont refusé toutes les demandes d'entrevues des deux réalisateurs. «C'est dommage, mais au moins le film a permis de documenter, kilomètre par kilomètre, l'étude d'impact du projet La Romaine, explique Nicolas Boisclair. C'est comme un cadeau que j'ai fait à mes concitoyens pour les amener à prendre des décisions plus éclairées.»

En ouverture du film, un extrait de l'autobiographie de Jean Charest donne une lueur d'espoir à ces militants de l'action citoyenne : «Je dis souvent qu'il ne faut jamais sous-estimer la capacité des gouvernements à se tromper.»

Au générique

Cote :  ***

Titre : Chercher le courant

Genre : documentaire

Réalisateur : Nicolas Boisclair et Alexis de Gheldere

Acteur : avec la participation de Roy Dupuis

Salle : Cartier

Classement : général

Durée : 1h25

On aime : l'initiative du projet, le travail de recherche, la sensibilisation à des sources d'énergie alternatives moins coûteuses et à l'économie d'électricité

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