Ce père, incarné par François Papineau, fuit l'annonce tragique du médecin, puis les funérailles de son fils de cinq ans. Un soir dans un bar, il rencontre un vieil ami un peu escroc et il décide de partir avec lui en campagne pour braquer une banque. Mais voilà, rien ne se passera comme dans leurs plans.
Tout au long de la route 132, sans savoir consciemment ce qu'il cherche, Gilles refait le chemin de ses racines, revoit sa grand-mère, des tantes, un oncle militaire qui est revenu meurtri d'une mission en Bosnie. Chaque personnage fait évoluer le père dans les méandres du deuil, de l'acceptation.
Mais avant tout, il y a Bob (Alexis Martin), l'ami insouciant qui ne trouve pas souvent les bons mots, mais dont l'amitié est indéfectible. Tout chez lui rappelle brutalement à Gilles que la vie continue, malgré la mort tragique de son fils. Le désespoir pousse le père, un professeur d'université, dans des comportements erratiques qui ne feront plus tard que l'acculer au pied du mur. Mais c'est comme si ces erreurs de parcours étaient nécessaires pour surmonter l'épreuve. Bob, d'une autre manière, cherche un sens à sa vie et le périple le fait avancer vers l'engagement amoureux et familial.
Malgré le caractère un peu loufoque de certaines situations et de certains choix, on n'a aucun mal à croire au drame de Gilles. Le ton tragicomique qui traverse le film à certains moments est assez inhabituel, mais permet au spectateur de mesurer la profondeur de la blessure sans qu'il s'enfonce dans le pénible.
Les rencontres sur la route ont un côté étrange, comme la vie peut en avoir parfois. Celle avec les petits escrocs de campagne paraît toutefois plaquée, comme celle avec les militaires revenus de Bosnie. Les scénaristes en ont rencontré pour vrai dans le Bas-du-Fleuve, mais ils ont du mal à amener leur sujet naturellement, même si Bélanger tourne grâce à lui les plus belles images du film : ces croix plantées dans le fleuve qui témoignent du passage de tant d'enfants massacrés par la guerre.
Exode des régions, vieillissement, perte des repères de la religion; Route 132 explore au passage la disparition d'un mode de vie et la mort appréhendée d'un territoire qui fut le berceau de nos origines. Comme pour Gilles, la question qui se pose est celle-ci : par quoi va-t-on combler le vide?
Bélanger filme ses personnages dans la lenteur, comme pour mettre en évidence leurs mouvements intérieurs. Car si Route 132 est un vrai road movie, dans lequel les personnages se déplacent constamment, ce sont les âmes qui font le plus grand voyage et c'est dans le regard des acteurs que le cinéaste peut capter l'essentiel. François Papineau, abattu, triste, colérique, puis dans l'acceptation, campe son rôle avec justesse et sensibilité. À ses côtés, Alexis Martin évite d'en faire trop et se montre touchant dans les maladresses de son personnage.
Au final, Louis Bélanger signe un film émouvant sans être lourd. Un film qui entre dans le noir pour mettre en lumière des zones grises. Car devant le tragique, il n'y a pas de route tracée d'avance; il y a des questions, des constats, des réflexions, mais des réponses, pas tellement.
Au générique
Titre : Route 132
Genre : drame
Réalisateur : Louis Bélanger
Acteurs : François Papineau, Alexis Martin, Andrée Lachapelle
Classement : général
Durée : 1h53
Cote : ***1/2
On aime : le scénario en contraste vie et mort, le jeu convaincant du duo Alexis Martin et François Papineau
On n'aime pas : certains passages paraissent plaqués