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Est-du-Québec: «à l'automne, ça va faire très mal»

L'abolition de nombreux outils de développement, comme les... (Photothèque Le Soleil)

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L'abolition de nombreux outils de développement, comme les centre locaux de développement, font très mal aux régions, note Daniel Côté, maire de Gaspé.

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Devant le mécontentement suscité par certains choix politiques du gouvernement du Québec, la Fédération québécoise des municipalités tient le 2 juin à Québec un Grand Rendez-vous des régions pour maintenir la mobilisation des régions et «faire passer des messages» au gouvernement Couillard. Quelque 400 élus municipaux de toutes les régions y sont attendus. »

<p>Gilles Gagné</p>
Gilles Gagné

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Carleton) Depuis l'élection du gouvernement de Philippe Couillard il y a 14 mois, les régions comme la Gaspésie, les Îles-de-la-Madeleine et le Bas-Saint-Laurent ont l'impression de perdre presque chaque semaine des outils de développement, comme leurs conférences régionales des élus, leurs centres locaux de développement et leurs commissions jeunesse, notamment.

Dans des régions où la pluralité des organismes de développement était faible, comparativement aux grandes villes, l'abolition de ces outils, dépendant surtout du financement de Québec, fait très mal, note Daniel Côté, maire de Gaspé, porte-parole du mouvement Touche pas à ma région et ex-président de la défunte Conférence régionale des élus.

«Ça nous touche déjà, et c'est toujours difficile à mesurer. Les impacts vont se faire sentir à moyen et long terme. À partir de l'automne, ça va faire mal. Les pertes d'emplois et d'expertise risquent de se faire encore plus sentir», déplore M. Côté.

La Gaspésie revenait de loin, avant une diversification économique qui lui avait fait reprendre une grande partie des emplois perdus entre 1999 et 2005, lors des fermetures successives de la mine de cuivre de Murdochville, puis de la fonderie de cuivre un peu plus tard, de la papeterie Gaspésia de Chandler, et de la cartonnerie de New Richmond.

Alors qu'elle a perdu jusqu'à 1800 personnes par an dans les années 90, la Gaspésie et les Îles avaient réussi à ralentir la saignée démographique, allant parfois jusqu'à regagner quelques dizaines de citoyens par an, et à afficher depuis 10 ans un solde migratoire positif chez les 25 à 35 ans.

L'essor de l'énergie éolienne, par le biais de la construction et l'exploitation de parcs, ou la fabrication de composantes comme les tours et les pales, puis l'émergence de petites entreprises dans de nouveaux domaines, souvent facilitée par Internet haute vitesse, avaient élargi la base économique.

«La suppression des CRE et des CLD, qui donnaient un appui et un accompagnement aux entreprises, est extrêmement difficile à comprendre. L'automne dernier, le gouvernement a imposé des coupes de 300 millions $ au milieu municipal, incluant le développement régional. Montréal a perdu 75 millions $ et Québec, 20 millions $. Les autres 200 millions $ ont été absorbés par les plus petites municipalités, qui ont écopé les deux tiers de l'impact, avec moins de 50 % de la population. Pendant ce temps, le gouvernement a adopté un règlement pour le régime de retraite des employés municipaux. Québec a épargné 310 millions $ et Montréal, 800 millions $. Ces deux villes ont été moins coupées, et leurs problèmes ont été réglés. Pendant ce temps, les coups pleuvent sur les régions. Ça n'arrête pas, et on ne comprend pas», analyse M. Côté.

Exemples de coupes

Les exemples de coupes abondent. «Dans le dernier budget, le fonds de développement de Montréal a augmenté de 17 millions $, de 100 à 117 millions $, une hausse de 17 %, alors que le fonds de développement des territoires, allant aux régions, est passé de 180 à 100 millions $, une perte de 40 %.»

Il y a d'autres secteurs où l'impact est «plus insidieux, note-t-il. Les municipalités reçoivent des compensations de taxe pour les bâtiments gouvernementaux situés dans leurs limites. C'est très subtil. Il y a deux catégories. Pour les bâtiments gouvernementaux, comme les sièges de ministères, le remboursement est intact. Pour les bâtiments de ce qui est appelé le réseau, comme les écoles, le remboursement est passé de 80 % à 65 % de la valeur foncière. Où sont les sièges administratifs? À Québec et à Montréal. Elles perdent, mais moins que nous.»

La disparition des CRE risque de mettre fin à un arbitrage qui avait pour but de maintenir un équilibre sans égard aux «guerres de clocher», un phénomène en voie de disparition en Gaspésie, mais qui risque de revenir, craint Daniel Côté.

«Prenons Gaspésie gourmande, l'organisme de promotion de nos aliments du terroir. Son siège social est dans la MRC de Bonaventure. La CRE versait des fonds pour un mandat régional. Dans le nouveau modèle où les budgets sont divisés par MRC, est-ce que la MRC de la Haute-Gaspésie sera intéressée à donner de l'argent à un organisme basé ailleurs?» dit-il.

Impact en santé et en éducation

Les coupes dans l'administration de la santé et dans les commissions scolaires ne constituent pas seulement des pertes pouvant représenter 300 emplois et 25 millions $ en salaires en Gaspésie. «Nous perdons une expertise et nous perdons des voix pouvant expliquer comment se passent les choses ici, comment prendre les bonnes décisions. En santé comme en développement économique, on perd les voix de la société civile, la voix du peuple. Les élus ne peuvent tout diriger. Les élus sans experts ne sont rien», assure Daniel Côté.

Il pourfend les coupes dans Accès-logis, un programme de logement social qui a perdu quatre modulations donnant aux régions les moyens de qualifier leurs projets. «Nos communautés n'ont pas de grands moyens. Dans le secteur Petit-Cap de Gaspé, il y avait un projet de 12 logements. Avant les coupes, la mise de fonds de la communauté était de 34 %. Maintenant, c'est 80 %! On ne le fera pas», dit-il, ajoutant que le manque de logements abordables est une cause d'exode, alors que la démographie est au coeur des préoccupations des régions.

Déséquilibre amplifié

Que revendiquent les municipalités des régions? «On assiste à l'amplification du déséquilibre. D'un côté, il y a transfert de responsabilité, de l'autre, on [le gouvernement du Québec] coupe les vivres. On est dus pour une réforme en profondeur. Le chantier est plus gros qu'un pacte fiscal. Il faut revoir le partage de responsabilités, revoir l'assiette fiscale. L'impôt foncier a atteint sa limite, avec 70 % des revenus des municipalités. Doit-on nous redonner des points de TVQ [taxe de vente du Québec]? Il y a une réflexion profonde à faire. Les gens, quand ils perdent des services, se tournent vers les municipalités. L'État aura retrouvé l'équilibre budgétaire, mais il y aura 1142 municipalités, parce que j'exclus Québec et Montréal, dans la merde. Pourtant, on devrait comprendre que quand les plus petits vont bien, les grands vont bien aller. Quand on alimente les ruisseaux, les rivières iront bien», conclut le maire de Gaspé.

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