Michel Landry: l'art de se tremper le moral dans le sirop

Le comptable agréé chez Deloitte Michel Landry, devant... (Le Soleil, Steve Deschênes)

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Le comptable agréé chez Deloitte Michel Landry, devant son «champion», l'évaporateur

Le Soleil, Steve Deschênes

Sophie Gall
Le Soleil

(Québec) Il y a 10 ans, Michel Landry voulait se trouver une terre à bois, «pour bûcher, pour décrocher les fins de semaine.» Il a un coup de coeur pour une petite érablière, dans les hauteurs de Montmagny. «J'ai acheté en n'ayant aucune connaissance dans l'art de faire du sirop d'érable, j'avais été à la cabane à sucre avec l'école, avec le bureau, rien de plus», rigole le comptable de 52 ans.

Il ne restait qu'à apprendre les techniques du métier. «J'ai pris un arrangement avec l'ancien propriétaire, raconte M. Landry. La production annuelle est de 40 gallons de sirop en moyenne, à 30 $ le gallon. J'ai déduit ce montant du prix de la propriété. Le deal, c'était qu'il revienne au printemps suivant pour me donner un cours privé et je lui donnais le sirop.»

Jouer avec les chiffres, c'est le quotidien de Michel Landry. Il est comptable agréé chez Deloitte, à Québec. Mais il est aussi syndic de faillite.

«C'est une profession qui demande beaucoup, il faut penser, avoir des idées, mes clients sont dans la précarité, c'est parfois dur émotionnellement. Je transige avec des avocats, des banquiers, ce sont les premiers à qui on a affaire dans le cas de faillite.»

La fin de semaine, il met tous ses dossiers de côté pour profiter de cette passion qu'il a découverte sur le tard. Michel a construit une nouvelle cabane, toute en bois, qui abrite l'évaporateur, «le champion comme l'appelaient les vieilles générations». Dans la forêt, on voit le labyrinthe de tuyaux qui amène l'eau d'érable des 525 entailles dans les différentes cuves.

Tâche complexe

Le moment de grâce, c'est quand M. Landry fait bouillir. «C'est du travail, faut surveiller la température, tenir compte de la pression atmosphérique [donnée importante pour l'obtention d'un «bon» sirop], quand c'est prêt, ça coule dans le sirotier, puis faut encanner...» Il est presque essouflé de raconter tout cela tant la tâche est complexe. «C'est pas reposant, mais quand tu as le nez au-dessus de l'eau qui bout, tu ne peux pas ne pas aimer ça!»

Le temps des sucres, Michel Landry l'attend de pied ferme chaque année. Il retrouve famille et amis dans sa cabane. La production se fait en toute simplicité, on se partage le sirop, on fait du beurre, de la tire. On se sucre le bec en noyant les soucis de la semaine dans le sirop.

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