La plaidoirie: tout est dans la préparation

Pour faire valoir ses arguments devant le tribunal,...

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Pour faire valoir ses arguments devant le tribunal, il faut d'abord maîtriser parfaitement les règles de procédure et le droit substantiel se rapportant à la cause.

Jean Pascal Lavoie, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Au cinéma, l'image du juriste la plus souvent projetée est celle du tribun qui, par un brillant exposé, fera pencher la balance de la justice en faveur de son client ou encore fera condamner le dangereux criminel grâce à la logique implacable de ses arguments. Devant un vrai tribunal cependant, les plaidoiries ne sont pas toujours aussi spectaculaires et s'appuient bien davantage sur une préparation minutieuse que sur quelques effets de toge.

«La plaidoirie fait écho à une vision romantique du droit, mais ce n'est qu'une facette de notre pratique», souligne Me Ian Gosselin, de chez Ogilvy Renault. «En réalité, aujourd'hui, ce ne sont pas tant les effets de toge et l'éloquence que la précision et la préparation des arguments qui importent.»

Me Claude Jarry, plaideur d'expérience chez McCarthy Tétrault, explique que pour faire valoir ses arguments devant le tribunal, il faut d'abord maîtriser parfaitement les règles de procédure et le droit substantiel se rapportant à la cause.

«Ensuite, il faut posséder une compréhension complète du sujet que l'on plaide, ce qui suppose que l'on ait passé du temps avec les experts pour saisir tous les aspects techniques du dossier. Souvent, c'est ce qui fait la différence.»

Ainsi, un avocat questionnant un témoin-expert mènera un interrogatoire plus efficace et utile à la cour, alors qu'un avocat mal préparé ne pourra tirer profit de l'expert. Cette capacité d'utiliser à bon escient un témoignage suppose une préparation minutieuse.

«Pour une journée passée en cour, ça prend une journée de préparation, estime Me Jarry. Il faut rencontrer les témoins, les préparer, leur expliquer le fonctionnement de la cour pour rendre l'expérience la moins traumatisante possible. Il faut aussi rencontrer des experts, faire une recherche de littérature, de jurisprudence. C'est pour ça que le travail en équipe est essentiel, surtout que les procès où 30 à 40 témoins sont entendus ne sont pas rares.»

De plus en plus complexe

«Le volume d'informations est sans cesse grandissant, car les dossiers sont de plus en plus complexes, affirme Me Gosselin. Un bon plaideur doit donc être capable de discriminer rapidement les informations qui ne sont pas utiles au dossier et doit cerner les véritables enjeux avant de pouvoir affûter de bons arguments.»

Me Gosselin souligne que d'abord et avant tout, le tribunal veut très adéquatement renseigner et vite diriger vers la bonne question à trancher. «Si on donne l'heure juste à la cour, ça se sait, renchérit Me Jarry. Et l'inverse se sait aussi.»

«La crédibilité que les plaideurs établissent au cours des années est extrêmement précieuse. Elle se bâtit de procès en procès. Par exemple, pendant un procès qui dure trois mois, le juge et la partie adverse en viennent à connaître nos façons de faire. Le professionnalisme et la courtoisie sont essentiels», soutient Me Kim Thomassin, de chez McCarthy Tétrault.

Les effets de toge semblent donc être chose du passé, ou encore être un cliché hollywoodien. De l'avis des avocats consultés par Le Soleil, ils ne remplaceront jamais une argumentation basée sur une préparation minutieuse et une connaissance approfondie des dossiers.

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