Faculté de droit de l'Université Laval: le creuset des grandes carrières

Sylvio Normand, doyen de la faculté de droit... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Sylvio Normand, doyen de la faculté de droit de l'Université Laval, indique que pendant longtemps, les cours ont été donnés par des praticiens et des juges.

Le Soleil, Laetitia Deconinck

Jean Pascal Lavoie, collaboration spéciale
Le Soleil

(Québec) Des juges à la Cour suprême, des premiers ministres, des personnages qui ont marqué le Québec et le Canada. Au fil de sa longue histoire, la faculté de droit de l'Université Laval a vu passer de nombreux étudiants qui allaient influencer durablement leur société.

La faculté de droit a été l'une des premières facultés à accueillir des étudiants lors de la fondation de l'Université Laval. La première cohorte, en 1856, était composée d'une dizaine d'étudiants. «À cette époque, les gens n'étaient pas obligés de passer par l'université pour accéder au Barreau», explique Sylvio Normand, doyen de la faculté.

«La formation universitaire raccourcissait la période de cléricature, mais elle n'était pas essentielle, ce qui limitait le pouvoir d'attraction des universités.»

Cependant, la faculté pouvait compter sur la renommée de ses professeurs pour attirer des candidats de qualité. Pendant longtemps, à la différence des autres facultés universitaires, la faculté de droit n'avait pas de véritable corps professoral.

«Les cours étaient donnés par des praticiens et des juges, indique M. Normand. C'étaient souvent les plus grands praticiens de la ville de Québec qui faisaient office de professeurs. D'ailleurs, les cours se donnaient tôt le matin et en fin d'après-midi pour permettre aux praticiens de plaider et aux juges de siéger. Cette situation a duré jusqu'à la fin des années 50.»

Parmi les grands avocats à avoir enseigné le droit à l'Université Laval tout en pratiquant, on retrouve Charles Fitzpatrick, un futur juge en chef à la Cour suprême. Alors qu'il enseignait encore, celui-ci a été l'avocat principal de Louis Riel lors de son procès, en 1885, et a défendu Honoré Mercier, premier ministre du Québec, lors de la chute de son gouvernement en 1882.

Le grand virage

À la fin des années 50, un véritable corps professoral est constitué à la faculté de droit de l'Université Laval, ce qui marquera un virage important pour la profession.

«Le corps professoral se compose dès lors de juristes dont l'intérêt premier est l'enseignement, poursuit M. Normand. Un effet important de ce changement est que les professeurs sont aussi des auteurs qui contribueront à développer la doctrine. Ils ont désormais le temps et la formation - plusieurs ayant fait des études supérieures à l'étranger - pour s'y consacrer. L'approfondissement d'une doctrine juridique importante est peut-être le fruit le plus marquant de ce grand changement à la faculté.»

Pendant ces mêmes années, la faculté voit passer sur ses bancs trois futurs premiers ministres. Déjà, la faculté compte quatre premiers ministres parmi ses diplômés, soit Simon-Napoléon Parent (1881), Louis Saint-Laurent (1905), Louis-Alexandre Taschereau (1889) et Jean Lesage (1934). Mais en l'espace de six ans, Jean Chrétien (1958), Brian Mulroney (1963) et Lucien Bouchard (1963) feront l'apprentissage du droit dans l'institution qui avait alors pignon sur rue dans le Vieux-Québec.

Un nouveau visage

Une autre grande transformation surviendra à la faculté dans les années 60 et 70, cette fois du côté des étudiants. Si les femmes sont admises au Barreau depuis 1942 et que les premières diplômées à l'Université Laval l'ont été en 1946, elles sont peu nombreuses. En 1965, les femmes ne représentent que 6,8 % des étudiants. Vingt ans plus tard, en 1985, sous l'effet combiné d'une société plus égalitaire et, surtout, du début du contingentement des admissions à la faculté, elles composent 56 % du corps étudiant en droit.

Aujourd'hui encore, les femmes sont largement majoritaires et comptent pour près des deux tiers des finissants en droit.

Toujours en 1985 à l'Université Laval, Thérèse Rousseau-Houle devient la première femme à accéder au décanat d'une faculté de droit au Canada.

Si les diplômées de la faculté n'ont pas encore marqué la politique canadienne et québécoise autant que leurs confrères, elles sont bien présentes parmi la magistrature. Claire L'Heureux-Dubé, entre autres, a siégé à la Cour suprême pendant 16 ans.

De la verve et une plume

Ne s'improvise pas avocat qui veut. Car si avoir la parole facile peut être un atout, les étudiants en droit doivent d'abord et avant tout être prêts à lire et à écrire beaucoup.

«Évidemment, une personne qui veut entreprendre des études en droit doit aimer l'argumentation et avoir un grand intérêt pour les enjeux actuels de la société», convient Sylvio Normand, doyen de la faculté de droit de l'Université Laval. «Mais il faut aussi qu'elle soit disposée à s'investir dans des études qui exigent passablement de lecture.»

Un bon esprit d'analyse et de synthèse, ainsi qu'une bonne capacité à s'exprimer clairement à l'oral autant qu'à l'écrit sont essentiels.

«Un avocat doit avoir un bon sens du discernement, afin de trouver quels sont les éléments déterminants d'un dossier, ajoute M. Normand. Ensuite, il doit être en mesure de les exposer clairement, de vive voix autant qu'à l'écrit. La pratique du droit nécessite une capacité d'expression écrite capitale à cet égard, que ce soit dans la rédaction d'un contrat, d'une loi ou d'une opinion juridique.»

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