La parole aux professionnels de la santé

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Mireille Cliche est travailleuse sociale. Elle travaille pour le projet Aide-mémoire.

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On dénombre pas moins de 370 000 personnes proches aidants d'aînés au Québec. Chacune d'entre elles accorde au moins cinq heures de son temps par semaine à une personne malade ou dans le besoin. Une grande solidarité au quotidien. »

<p>Gabrielle Thibault-Delorme</p>
Gabrielle Thibault-Delorme

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) La question des proches aidants d'aînés constitue l'une des préoccupations des professionnels de la santé partout au Québec. Pour compléter ce dossier, nous avons donné la parole à quelques-uns d'entre eux.


Concilier le travail et l'aide à un proche

Prendre soin d'un proche demande beaucoup de temps et d'énergie. Les aidants qui travaillent à l'extérieur courent de gros risques d'épuisement. Et avec le vieillissement de la population, la conciliation travail-aide affectera le quotidien de millions de Canadiens.

Au Canada, près de six millions de Canadiens, soit 35 % de la population active, prennent soin d'un proche, en plus de leur travail rémunéré. De ce nombre, certains y consacrent plus de 30 heures par semaine, presque l'équivalent d'une semaine de travail à temps plein. Normal alors que la productivité en soit affectée.

Le Conference Board of Canada estime que la perte de productivité des proches aidants se chiffre à près de 1,3 milliard $. Ces coûts découlent du stress, de l'absentéisme et de la stagnation professionnelle. Puisque les aidants sont majoritairement des femmes, ce sont surtout ces dernières qui assument ces coûts. «C'est souvent les femmes qui sont perdantes en matière de rémunération», explique Francine Ducharme, spécialiste de la proche aidance auprès des personnes âgées.

Pour aider les employés à assumer leur rôle de proche aidant en plus de leur éviter le stress de la conciliation, les employeurs peuvent miser sur des horaires flexibles, des congés mobiles ou recourir à la technologie, pour permettre le télétravail.

La résistance à ces méthodes provient à la fois des employeurs et des proches aidants. Ces derniers ont souvent du mal à demander de l'aide extérieure. Il en est de même lorsque vient le temps de réclamer une plus grande souplesse. Selon le Rapport du Groupe d'employeurs 2014 dans le cadre du Plan canadien de soutien des employeurs aux aidants naturels, «près de la moitié des employés qui sont aussi aidants naturels croient que le fait de demander un horaire de travail souple aura nécessairement des effets négatifs sur leur carrière».

Chez les employeurs, la sensibilisation est nécessaire, et elle n'est pas vaine. Car pour eux, les avantages à accorder de la souplesse sont nombreux : les employés sont plus motivés, le taux de rétention est plus élevé, le taux d'absentéisme plus bas et des économies peuvent découler du télétravail, notamment sur le coût des locaux.

«Les employeurs sont sensibilisés de plus en plus. Mais il va falloir travailler très fort pour rendre plus flexibles les conditions de travail des proches aidants. Il y a des organisations qui sont plus ouvertes que d'autres, mais je crois que comme société, il faudrait qu'il y ait une plus grande sensibilisation pour donner du temps, ou des conditions facilitantes aux proches aidants», croit Mme Ducharme.

«Au plan social, il va falloir faire un travail là-dessus, c'est imminent, [...] tout le monde est concerné par cette problématique.»

Créer et conserver un lien de proximité

«Les pharmaciens, on est très près des patients, on les voit régulièrement, souvent plus que le médecin», explique Chantal L'abbé, pharmacienne à Saint-Lambert.

L'intervention auprès du patient et du proche aidant se fait un peu au cas par cas. «Souvent, explique-t-elle, on essaie d'avoir une personne-ressource [de l'entourage de la personne âgée] qu'on peut contacter.»

Si le proche aidant vit avec le patient, il peut fournir de l'information précieuse au pharmacien, notamment sur la prise des médicaments. «Si on apprend qu'un patient ne prend pas son médicament, et qu'on reçoit une prescription pour augmenter le dosage, on va savoir que ce n'est pas que le dosage n'est pas bon, mais que la personne ne le prend pas.» Le pharmacien peut alors faire parvenir cette information au médecin.

Il peut aussi diriger le proche vers des ressources. «Souvent, c'est une situation qui arrive brusquement. Ils viennent nous voir avec des questions, des craintes et ne savent pas vers où se diriger.»

«Il faut permettre aux proches de sentir qu'ils ont leur place. Nous avons besoin d'eux et, en même temps, nous devons leur rendre l'information accessible.»

On est là pour faire du bien

Infirmière clinicienne en psychogériatrie, Geneviève Lamarche travaille auprès d'une clientèle âgée qui présente des troubles cognitifs. Référée par un médecin, elle se rend à domicile pour faire le suivi par rapport à la médication et aux troubles de comportement.

L'écoute et l'enseignement sont au coeur de son travail. Elle explique la maladie aux proches du patient, en plus de les former sur les soins qu'ils auront à prodiguer, lors de la prise de médicaments par exemple. «Quand on comprend la maladie, on est capable de mieux mettre notre énergie à la bonne place», explique-t-elle.

«J'ai un rôle, aussi, au niveau de l'approche non pharmacologique, c'est-à-dire de donner des stratégies pour éviter que le proche aidant ne s'épuise.»

Mme Lamarche donne l'exemple d'un patient qui demande constamment l'heure à son aidant. «Je vais donner une stratégie à l'aidant pour soit mettre un calendrier, un agenda... ou afficher la date sur la télévision.» Des trucs qui peuvent paraître simples, mais qui allègent de beaucoup le quotidien du proche.

En visitant un patient, l'infirmière peut aussi évaluer l'état psychologique et physique du proche aidant. «Quand je vois le client, je ne vois pas juste le client, je vois toute la famille. Des fois, je les rencontre à mon bureau, seuls, pour qu'ils puissent mieux s'exprimer et ventiler.»

L'infirmière a un avantage dans l'approche, dit-elle, «elle n'est pas menaçante. Dans la mentalité des personnes âgées, on est là pour faire du bien.»

Un rôle de formateur et de support

Le Dr Claude Patry oeuvre à la fois à l'hôpital Chauveau et dans une clinique privée. Dans ces deux établissements, la collaboration est forte entre les professionnels de la santé; une collaboration dont profitent les proches aidants.

«À l'hôpital Chauveau, je travaille à l'intérieur d'une équipe où on évalue les conditions cognitives, donc on travaille beaucoup avec des gens qui sont atteints de la maladie d'Alzheimer. On termine toujours notre évaluation par une rencontre de famille», indique le Dr Patry.

Une travailleuse sociale participe à cette rencontre, afin de pouvoir rapidement diriger le patient et ses proches vers des ressources.

Le rôle du médecin dans cette situation est un rôle de formateur, précise le Dr Patry. Il doit informer le patient et le proche sur la maladie. «Le médecin doit faire comprendre la maladie au proche pour qu'il puisse l'aider de la meilleure façon. Il faut qu'il connaisse la maladie, les symptômes et l'évolution, afin de comprendre le comportement de son proche.»

Le deuxième rôle est un rôle de support pour le proche aidant, surtout si celui-ci est âgé ou malade. «On va s'assurer de la santé physique et psychologique du proche.»

Pour le Dr Patry, le secret pour soutenir les proches aidants réside dans la collaboration entre les professionnels. «On a un rôle important, mais les infirmières et les travailleuses sociales le complètent.»

De l'aide au bout du fil

Conseillère auprès des proches aidants d'aînés au sein de l'Appui Capitale-Nationale, Myriam Gill est responsable de la ligne Info-aidants. Cette ligne téléphonique est «à la fois une ligne d'écoute et d'information».

Au bout de la ligne, elle offre une oreille attentive aux proches qui vivent des situations souvent très difficiles. La ligne leur permet d'être écoutés, mais aussi de s'informer.

«Mon travail, c'est beaucoup de les renseigner et de les référer aux meilleurs organismes pour répondre à leurs besoins.»

Les proches aidants ont «besoin d'information, de formation pour pouvoir acquérir des habiletés, de soutien psychosocial et de répit. Ce sont les quatre grandes catégories de besoins qu'ils peuvent avoir.»

L'Appui a aussi le mandat de financer des projets pour les proches aidants d'aînés. Dans le cadre de son travail, Myriam Gill doit répondre aux interrogations concernant ces projets.

Elle s'assure de bien connaître les ressources de la région afin de diriger ses interlocuteurs, qui sont principalement des proches aidants, mais aussi parfois des intervenants, dont des professionnels de la santé.

On peut joindre la ligne Info-aidants en composant le 1 855 852-7784.

Porte d'entrée vers les services

Travailleuse sociale, Mireille Cliche fait partie du projet Aide-mémoire, auprès des gens qui ont des troubles cognitifs tels que la maladie d'Alzheimer. Elle accompagne les personnes diagnostiquées ainsi que leurs proches.

«Souvent, c'est le médecin de famille ou les infirmières qui vont leur en parler [...] ils font toujours une référence lorsqu'ils viennent de poser un diagnostic de maladie d'Alzheimer, ou de démence. À ce moment-là, ils peuvent demander à l'aidant s'il a des besoins, s'il désire connaître les services.»

Au début, Mme Cliche les contacte par téléphone, puis en personne. «On fait l'éventail des besoins et on les met en contact avec les ressources, soit publiques, privées ou communautaires.»

Elle les aide à accepter la maladie et leur situation d'aidant, un rôle dans lequel beaucoup de proches ne se reconnaissent pas. La travailleuse sociale permet également à l'aidant d'exprimer ses émotions, en lui fournissant une oreille attentive, en plus de les inciter à accepter de l'aide extérieure.

«Ils ont besoin de savoir s'ils sont de bons aidants, ils ont besoin de se faire valider, ils ont besoin d'être informés.

«Mieux vaut prévenir plutôt que d'avoir à gérer une crise.»

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