Quand on ne peut tout faire seul

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Yan Cimon, professeur à la faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval

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Croissance, innovation, productivité. Trois mots clés pour un entrepreneur ou un gestionnaire de PME. Comment voir grand dans la croissance? Quels moyens prendre en innovation? Et comment peut-on hausser la productivité? »

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(MONTRÉAL) Quelle est la mesure du surhomme-orchestre dépassé : le nombre d'employés? Le chiffre d'affaires? Le taux d'accroissement des cheveux blancs?

Il n'y a pas de mètre étalon de la surcharge entrepreneuriale. «L'entrepreneur est normalement le moteur de son entreprise et lorsqu'il devient un frein, il est temps qu'il se pose des questions», indique Bernard Grandmont, conseiller d'affaires et associé senior chez Raymond Chabot Grant Thornton.

«Lorsqu'il devient le goulot d'étranglement de son entreprise, il est temps qu'il s'entoure.»

Le baromètre physique peut lui aussi prévenir d'une tempête prochaine. «Sur le plan personnel, quand vous commencez à montrer des signes d'épuisement professionnel, il est souvent trop tard, observe de son côté Yan Cimon, professeur à la faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval. Il faut demander de l'aide avant.»

Fréquemment, ajoute-t-il, ce sera au moment où il fera appel au capital extérieur que l'entrepreneur sera forcé de structurer davantage sa créature.

S'entourer, d'accord. Mais par où commencer? «S'il n'y avait qu'un seul conseil à donner, ce serait celui de commencer à quelque part, exprime Yan Cimon. N'essayez pas de résoudre la quadrature du cercle dès le premier jour. Commencez à quelque part et en cheminant, vous allez très vite voir où sont les forces et les points à améliorer.»

L'entrepreneur créera d'abord des postes où les besoins sont les plus criants, c'est-à-dire où il consacre le plus de temps non stratégique. Ce sont souvent les tâches pour lesquelles il a le moins d'aptitudes ou d'expérience. «Une bonne croissance passe d'abord par une bonne connaissance de soi, pour savoir où sont les angles morts, les points d'ombre, où on va avoir besoin d'aide extérieure», décrit Yan Cimon.

Chercher à l'interne et à l'externe

L'entrepreneur peut d'abord faire appel ponctuellement à des cabinets de services professionnels externes, mais il devra rapidement se constituer une équipe en interne.

Or, il entretient une vision, il nourrit une passion qu'il devra partager avec cet entourage. «Un des éléments importants, c'est qu'il puisse développer un très bon sentiment d'appartenance chez les membres de son équipe interne, peu importe leur expertise, observe Bernard Grandmont. Il faut qu'ils croient dans l'entreprise et aient le goût de s'y investir.» Dans la recherche de nouvelles compétences de direction, il ne faudra pas négliger les employés actuels. La personne déjà en poste connaît bien l'entreprise et ses rouages. «Elle sera opérationnelle dans un laps de temps relativement court, observe Yan Cimon. Le désavantage de cette option, c'est qu'elle n'apporte pas nécessairement le brassage de nouvelles idées dont l'entreprise aurait besoin.»

Une formation, un conseiller temporaire, voire, par précaution, des tests psychométriques préalables, augmenteront ses chances de succès dans ce nouveau poste.

Un conseil: un comité consultatif

Solo est synonyme de solitude. L'entrepreneur a besoin d'échanger. Pourquoi pas un comité consultatif? L'entreprise accélère. Le paysage défile si vite que son propriétaire perd ses repères. Un comité consultatif l'aidera à garder le cap sur ses objectifs. Il sera habituellement composé de deux ou trois personnes externes à l'entreprise, et d'une ou deux personnes de l'entreprise. Ils pourront se réunir au rythme d'une fois par trimestre.

«Leur but n'est pas de prendre des décisions à la place de l'entrepreneur, mais de l'aider à cheminer pour réaliser sa vision stratégique», explique Bernard Grandmont. Ce comité ne lui dicte pas ce qu'il doit faire. Il guide plutôt sa réflexion, en s'appuyant sur l'expérience de ses membres.

«Dans les cas que j'ai vécus, ça devient pour les entrepreneurs une source d'inspiration, de ressourcement indéniable», souligne M. Grandmont.

Dans ce contexte, le choix de ses membres est capital. L'entrepreneur doit s'adjoindre des conseillers complémentaires à ses propres compétences, pour combler les carences de son entreprise et ses propres points faibles.

L'entrepreneur a besoin d'être remis en question. Et c'est également le rôle de ce comité consultatif. «Quand il y a des gens complémentaires autour de la table, soutient M. Grandmont, ça permet vraiment de challenger l'entrepreneur pour l'aider à atteindre sa vision.»

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