«Je souhaite que dans 25 ans, Lévis ait pris la place qui lui revient en tant que huitième ville d'importance au Québec, qu'elle soit mature et consolidée, explique la mairesse. Présentement, Lévis est en mouvement, elle se développe rapidement. Mais dans 25 ans, elle sera devenue l'une des belles grandes villes du Québec. Une ville qui aura atteintsa maturité.»
Mais qu'entend-on au juste par maturité? Après tout, bien qu'il y ait eu une fusion de 10 municipalités le 1er janvier 2002, Lévis avait déjà un caractère propre, une identité bien définie.
«Nous sommes jeunes, insiste pourtant Mme Roy Marinelli. Lévis est dans son adolescence. Quand le gouvernement a commencé à parler de fusionner les grandes villes du Québec, Lévis et ses voisines [Saint-Romuald, Pintendre, Breakeyville, Charny, Saint-Nicolas, Saint-Rédempteur, Saint-Étienne-de-Lauzon, Saint-Joseph-de-Lévis et Saint-Jean-Chry-sostome] ont décidé de prendre les devants et de fusionner volontairement. C'était la meilleure façon de faire.»
Cependant, souligne Mme Roy Marinelli, l'identité et l'attachement des citoyens à leur municipalité respective ne se sont pas transférés automatiquement à la nouvelle grande ville. «Les citoyens ont eu l'impression de perdre des services, de perdre un peu le contact avec leur Ville. En plus, les taxes ont augmenté dans les premières années.»
Le vent est toutefois en train de tourner. La Ville, l'organisation, s'est rapprochée de ses citoyens, et ceux-ci, de Saint-Nicolas à Lauzon, tissent des liens. Les festivités de Célébrations Lévis 2011, soulignant le 375e anniversaire de la fondation de la Seigneurie de Lauzon, le 150e anniversaire de la fondation de Lévis, et le 10e anniversaire de la nouvelle Ville de Lévis, ont d'ailleurs été pensées dans cette optique.
«Ç'a été long, mais on commence à sentir le rapprochement entre les secteurs, se réjouit Mme Roy Marinelli. Et ça se sent même au sein des organismes, qui mettent sur pied de plus en plus d'activités et d'événements en collaboration. Les gens se mêlent de plus en plus, ils ont le goût de participer. C'est pour ces raisons que je crois que l'on aura acquis une belle maturité citoyenne dans 25 ans.»
Cette maturité prédite par la mairesse s'accompagnera de services à la hauteur des aspirations des citoyens. «Nous aurons atteint la stabilité financière, précise Mme Roy Marinelli. Présentement, la fusion apporte encore son lot de soubresauts. Ce ne sera plus le cas dans le futur et Lévis sera une ville qui aura la possibilité d'offrir à ses citoyens des services de qualité à moindre coût.»
L'ADN de la coopération
Berceau des caisses Desjardins, Lévis a une réputation de ville où l'on fait des affaires différemment. Il y a quelques semaines, on a voulu officialiser la chose en baptisant Lévis «ville de la coopération». Il reste maintenant à concrétiser cette dénomination d'un bout à l'autre du territoire.
«À Lévis, on pense différemment. Par exemple, pour le financement de Célébrations 2011, Maurice Tanguay a décidé de prendre les choses en mains en rassemblant les gens d'affaires pour récolter 2,5 millions $, explique la mairesse. Ce thème de la coopération, on ne l'a pas inventé, il nous fait comme un gant, c'est dans notre ADN. Il suffit maintenant que ça continue de se répandre dans les villes fusionnées.»
Pour Danielle Roy Marinelli, même si elle se développe présentement à vitesse grand V, Lévis demeurera une ville à dimension humaine. «Nous avons une ville qui attire les familles. Que ce soit au niveau de l'éducation, de la qualité de vie, nous offrons des services qui répondent aux besoins des familles. Et il y a encore tellement de projets qui pourront se concrétiser dans le futur!
«Mais Lévis restera toujours à dimension humaine. Dans 25 ans, nous devrions être environ 150 000 habitants [contre 137 394 présentement]. De plus, nous sommes à côté de la capitale et nous pouvons offrir des services en complémentarité, non en compétition.»
Un bel exemple de ces services qui peuvent être offerts en complémentarité - et répondre aux besoins des familles - est un réseau de transport en commun efficace. La mairesse de Lévis croit que les utilisateurs n'auront pas à attendre 25 ans pour voir ce souhait se réaliser.
«C'est certain que je vois un réseau de transport moderne et super efficace dans 25 ans, autant pour répondre aux besoins des étudiants que des entreprises et des familles, dit-elle. Mais toute la mauvaise période où on ne développait pas du tout le réseau de transport en commun est terminée. Déjà, la phase 1 de modernisation est en cours, avec à la fois une reconfiguration du secteur de la rue des Commandeurs, dans l'est, et une refonte du secteur ouest, à Saint-Étienne.»
Quant au réseau routier, la mairesse est d'avis qu'il aurait besoin dès aujourd'hui d'une bonne mise à niveau. Une troisième voie sur l'autoroute 20 n'est pas un luxe. «Il se passe quelque chose présentement à Lévis, mais les artères ne répondent plus aux besoins de notre ville. C'est la même chose pour beaucoup d'autres villes, convient-elle, mais comme c'est un projet à long terme, il faut s'y mettre immédiatement.»
Lévis en chiffres (tableau)
D'est en ouest
Le réservoir à projets ne semble pas sur le point de se tarir à Lévis. Bien qu'elle concède qu'elle devra laisser à d'autres le plaisir de les mener à bien, Danielle Roy Marinelli en souligne néanmoins quelques-uns qui lui tiennent particulièrement à coeur.
D'abord, un lien cyclable ininterrompu le long du fleuve, sur toute la longueur de Lévis. «Réellement, le plus beau legs que la Ville pourrait laisser à ses citoyens est le prolongement du parcours des Anses de l'extrémité est à l'extrémité ouest de Lévis», croit-elle.
La mairesse voit également d'un bon oeil la construction d'un centre d'archives, pour entre autres accueillir la collection nouvellement acquise de Mgr Déziel [l'instigateur de la fondation de Lévis] et les archives de la Davie.
Un musée et un complexe multidisciplinaire sont également des nécessités à plus ou moins long terme, ajoute Danielle Roy Marinelli. «C'est un travail de longue haleine que pourront mener à bien les futurs conseils de ville», conclut-elle.
Deux rives, deux villes
Le projet a déjà été évoqué. Regrouper Lévis et Québec en une seule et même grande ville. Pour Danielle Roy Marinelli, le projet est non seulement utopique, mais il ne mènerait nulle part. «Je ne sens pas ce besoin. Nous pouvons, et nous devons, travailler en collaboration, mais je ne vois pas quels sont les avantages à une fusion. Ni pour l'un ni pour l'autre, d'ailleurs.»
La mairesse souligne que Lévis remplit un double rôle. Elle est à la fois une locomotive pour la région de la Chaudière-Appalaches, mais elle fait aussi partie de la Communauté métropolitaine de Québec. «Nous voulons nous autosuffire, mais nous voulons aussi travailler en complémentarité de Québec. Réellement, je ne vois pas quels seraient les avantages d'une fusion.»