Les 32 mines du Québec n'en sont pas à prévoir tranquillement les embauches à venir. Elles sont en plein dedans. «On est dans le boum! Ça va juste continuer, mais déjà, la demande est très forte», explique Désirée Larocque, du Comité sectoriel de main-d'oeuvre de l'industrie des mines (CSMO Mines).
L'an dernier, on prévoyait que d'ici 2015, 5600 embauches devaient être faites, surtout dans le Nord-du-Québec (2486), sur la Côte-Nord (1645) et en Abitibi-Témiscamingue (1352). Comme quoi ces régions sont reines dans le milieu des mines, dans tout le reste du Québec, on prévoit dans le même moment... 106 embauches. Le CSMO Mines estime qu'un peu plus de la moitié des travailleurs viendront de l'Abitibi-Témiscamingue.
Tout ça, dans un moment où les départs à la retraite sont importants. L'industrie minière québécoise doit renouveler chaque année 6,8 % de sa main-d'oeuvre, et ce ratio passe à 8,1 % sur la Côte-Nord. Au total, des 12 800 emplois à pourvoir d'ici 10 ans, 7900 seront dus au roulement annuel.
Surtout, les mines en activité présentement ne sont que «la pointe de l'iceberg», note Mme Larocque. «Il y a énormément de projets qui sont en exploration en ce moment. Ils sont en études de faisabilité, de préfaisabilité.» Des mines qui ne seront pour la plupart pas ouvertes avant 2020. Seulement l'an dernier, l'industrie a dépensé 450 millions $ en exploration et mise en valeur. Comme quoi le plus important reste à venir.
Avec l'exploration intensive vient une grande demande pour des géologues. Il en faudra 400 d'ici 2020. Des travailleurs plus difficiles à recruter, les études universitaires nécessaires étant plus longues. D'ailleurs, les candidats ne sont pas seulement des jeunes qui sortent de l'école, mais souvent des gens qui réorientent leur carrière. Des adultes qui ne veulent souvent pas faire de longs cours et qui opteront pour des emplois comme opérateur de machineries, entre autres. D'ailleurs, chacune des quatre phases du cycle minier - exploration, construction, exploitation et fermeture - demande différents types d'employés.
Comment attirer?
En situation de rareté de main-d'oeuvre qualifiée, la compétition peut être forte entre les entreprises, qui rivalisent notamment dans les conditions de travail offertes. «Plus on en parle, plus les gens sont attirés vers les bonnes conditions de travail, par le salaire, par l'aventure. Les gens se disent qu'ils peuvent aller travailler deux semaines, revenir deux semaines. Ça les fait rêver», remarque Désirée Larocque. Les candidats «magasinent» donc davantage.
Les travailleurs ne voulant pas toujours s'expatrier de façon permanente dans le nord québécois, on y fait de plus en plus de fly-in/fly-out, un mode de vie qu'adopteront notamment les jeunes travailleurs sans famille. Les horaires adaptés - 14 jours de travail, 14 jours de congé, ou bien 3-2-2-3 (trois semaines de travail, deux semaines de congé, deux semaines de travail, trois semaines de congé) - plaisent aux travailleurs. Ce mode de vie en «aller-retour» était surtout pratiqué dans le Nord-du-Québec, mais on le voit de plus en plus sur la Côte-Nord. Reste qu'«on en est à la prise de conscience», dans les minières, dont les exigences en termes d'expérience sont encore élevées. «Lentement, mais sûrement, les compagnies minières vont s'adapter...» dit-elle.