Premier constat : ce serait une erreur de penser qu'il existe une seule francophonie au Québec. La réalité francophone de Montréal n'est pas la même que celle de la Gaspésie ou du Saguenay. Cette diversité procure néanmoins une force aux Québécois, puisque le sentiment d'appartenance y est encore plus fort.
Selon M. Desgagné, des initiatives tels les appellations contrôlées et le réseau des économusées font l'envie des autres territoires où l'on parle français. «C'est à Charlevoix qu'est apparue la toute première appellation contrôlée en Amérique, l'agneau de Charlevoix», fait-il valoir, mentionnant qu'il s'agit là d'un exemple parmi tant d'autres qui font que notre savoir et notre savoir-faire sont protégés et mis en valeur. «On mesure la vitalité d'une communauté par sa créativité, et Dieu sait que les francophones, même en étant minoritaires, font preuve d'une innovation continue. Certains le font pour résister, d'autres, pour rayonner.»
Le Centre de la francophonie des Amériques travaille à tisser des collaborations entre les différentes communautés francophones du continent, souvent si recluses qu'on a parfois tendance à les oublier. «Les francophones d'ailleurs en Amérique espèrent tellement des Québécois. Je pense que leur plus grande souffrance, c'est d'être inexistants à quelque part aux yeux des Québécois. Je crois justement que notre plus grand défi, c'est de faire découvrir cette richesse francophone et ce grand potentiel de liens que nous avons avec eux», mentionne M. Desgagné.
Le grand réveil
Si parler français peu paraître banal dans la vie de tous les jours au Québec, le contexte est tout autre ailleurs en Amérique. Au début du siècle, environ un million de Québécois ont migré vers les États-Unis pour s'y établir et trouver du travail.
«Il fut un temps où le Ku Klux Klan était très présent en Nouvelle-Angleterre, et on devait se cacher pour parler français. On parlait dans les maisons, on parlait à l'église, mais sinon, dès qu'on était en public, c'était devenu un automatisme, disons que c'était mieux vu de se parler en anglais entre francophones pour ne pas déranger. Aujourd'hui, le monde a changé, il y a une espèce de grand réveil et cette jeunesse-là réclame son identité et sa langue.»
Difficultés
Au Nouveau-Brunswick, les Acadiens ont encore de la difficulté à être reconnus. «Les gens sont conscients que les Acadiens ont été déportés, mais ils ne savent pas qu'ils sont encore présents ici, en Acadie. Tout comme ils ne savent pas non plus qu'en Louisiane, il y a également des Haïtiens, une communauté créole très présente», poursuit M. Desgagné.
Plus à l'est, dans les Antilles, où l'on retrouve encore des colonies françaises, les gens commencent à réaliser qu'ils font partie du continent américain et qu'ils auraient avantage à développer davantage de liens avec le Québec. Et au Brésil, l'Alliance française dénombre 25 000 personnes qui les approchent chaque année pour apprendre le français.
Autant d'exemples qui démontrent que les Québécois ne sont pas seuls et qu'ils ont tout à gagner à fraterniser avec leurs semblables, fait valoir le pdg du Centre.
Les francophones en Amérique
- 7 millions au Québec
- 2,6 millions dans le reste du Canada
- 9,9 millions dans les Caraïbes
- 11 millions aux États-Unis
- 2,5 millions en Amérique du Sud (surtout au Brésil)
Source : Étienne Rivard (Ph.D.), Centre interuniversitaire d'études québécoises, Université Laval, 2008