Marc Cadieux ne cache pas que les entreprises de transport par camion viennent de connaître «des années très difficiles». La crise économique de 2008, qui a frappé très fort aux États-Unis, a créé de l'instabilité dans l'industrie du camionnage au Québec.
Il faut dire que la santé économique du camionnage dépend étroitement du produit intérieur brut (PIB). Plus il y a de marchandises en circulation, plus il y a du travail pour les camionneurs. On estime que la valeur de l'industrie du camionnage correspond à 1,4 % du PIB québécois, soit autour de 3,4 milliards $.
La faible demande de produits québécois par les Américains a créé un déficit commercial important faisant en sorte qu'il n'était plus rentable pour les entreprises de transport du Québec d'envoyer des camions vides vers les États-Unis pour en rapporter des marchandises. Baisses d'effectifs, rachats de certaines entreprises par des conglomérats et faillites ont donc été chose commune de 2008 à 2010.
Mais le marché semble se stabiliser, et de meilleurs jours se dessinent. «Ça a repris de façon très modérée. On espère toujours que les États-Unis retrouveront une meilleure vitalité économique», explique Marc Cadieux, qui se réjouit tout de même de cette reprise minime. «Les transporteurs vous diront par contre que l'argent perdu est de l'argent perdu.»
En attendant des temps plus calmes, l'industrie québécoise a dû «retisser sa toile», se réorganiser, poursuit M. Cadieux. «Il y a eu de la diversification et le développement de créneaux spécialisés.»
Et pour combler le vide laissé par le marché américain, les entreprises de transport se sont tournées vers l'Ouest canadien ou le développement du Nord, ajoute-t-il.
Le défi de la main-d'oeuvre
Mais un grand défi demeure : le recrutement de main-d'oeuvre. Selon M. Cadieux, il faut redonner une bonne image du travail de camionneur. Mais les conditions de travail sont de plus en plus difficiles selon lui, et les jeunes sont davantage «tournés vers les nouvelles technologies».
La moyenne d'âge des employés du secteur du camionnage était de 55 ans en 2003. «C'est une main-d'oeuvre âgée mais expérimentée», reconnaît Marc Cadieux. Il est selon lui impératif de recruter, puisque, dans les prochaines années, l'industrie prévoit avoir besoin entre 5000 et 6000 nouveaux chauffeurs annuellement. Il n'en sort pourtant pas plus de 2000 par année des deux centres de formation professionnelle du Québec, soit Charlesbourg et Saint-Jérôme.
La moyenne d'âge des élèves au centre de formation en transport de Charlesbourg tourne autour de 30 ans. Outre la main-d'oeuvre d'ici, M. Cadieux croit que l'immigration pourrait jouer un rôle important pour l'industrie. Mais l'Association de camionnage a bon espoir de voir les jeunes s'impliquer dans les prochaines années grâce à un projet-pilote lancé l'automne dernier.
Plan Nord: positif, oui, mais...
Le développement du Nord québécois a de quoi réjouir les entreprises de transport, admet Marc Cadieux. Mais il émet tout de même quelques réserves. «Le Plan Nord est un élément positif pour l'économie des transporteurs du Québec, mais ce n'est pas tout. Ça ne répond pas à l'assiette complète de l'offre de transport disponible au Québec.»
Le Plan Nord suscite également une certaine réticence dans l'industrie et chez les propriétaires d'entreprises de transport. «Le domaine du transport a cette crainte de voir son expertise absorbée par d'autres secteurs d'activité [du Plan Nord], ce qui pourrait faire perdre certains emplois. On a peur de voir un certain vaccum.»
Selon M. Cadieux, il ne serait pas surprenant de voir une partie de la main-d'oeuvre tenter sa chance vers des emplois plus payants, un peu comme ce fut le cas dans les années avec les barrages hydroélectriques. «Le Plan Nord est un nirvana temporaire. C'est un momentum. Un peu comme la Baie-James de jadis.»