Déshabiller Jacques pour habiller le privé

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Plus les infirmières sont surchargées, plus elles risquent de faire des erreurs, selon Nadine Lambert, de la CSN.

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La profession d'infirmière et d'infirmière auxiliaire change et s'adapte aux besoins. Dans cette série d'articles, les journaux du Groupe Capitales Médias abordent certaines questions qui préoccupent ces professionnelles. Prochain rendez-vous : le 26 mai 3e de 4 »

(Québec) La profession d'infirmière et d'infirmière auxiliaire change et s'adapte aux besoins. Dans cette série d'articles qui prend fin aujourd'hui, les journaux du Groupe Capitales Médias abordent certaines questions qui préoccupent ces professionnelles.

Le service de santé actuel sert plus les médecins que les patients, déplore Nadine Lambert, vice-présidente et responsable de la catégorie du personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires à la CSN, qui dénonce le transfert des ressources vers les cliniques privées plutôt que vers les CLSC.

«On ne met pas du personnel supplémentaire pour ouvrir des GMF, on prend du personnel dans les CLSC, qui offrent un service à une clientèle sans médecin de famille», s'insurge-t-elle. «On déshabille Jacques pour habiller Jean, et pour habiller le privé, pour une clientèle qui a le privilège d'avoir un médecin de famille.»

Le cas s'apparente aux subventions aux écoles privées, exprime-t-elle, en dénonçant le fait que les cliniques privées reçoivent des fonds gouvernementaux qui devraient servir aux CLSC.

«Il existe des CLSC. La problématique, c'est que les médecins ne veulent pas y travailler pour des raisons monétaires.» La vaccination notamment, n'est pas facturée par le médecin puisqu'elle est faite par l'infirmière. Une situation qui nuit aux services à la population dit-elle, surtout pour les patients sans médecin de famille.

«Le médecin est propriétaire de la clinique [GMF]», explique-t-elle. «Ceux qui peuvent voir l'infirmière praticienne spécialisée, c'est une clientèle qui est sur la liste du médecin. La clientèle sans médecin de famille qui se présente à cette clinique-là n'aura pas le service de l'infirmière clinicienne ou de l'infirmière praticienne spécialisée.»

Mme Lambert ajoute que les CLSC sont aussi conçus en fonction des besoins de la population où ils sont implantés, alors que les cliniques privées n'ont pas forcément cette obligation.

Interrogée sur les cliniques gérées par les infirmières, Mme Lambert privilégierait l'utilisation des ressources existantes, soit les CLSC, plutôt que la création de nouvelles cliniques. «Ça serait encadré par le réseau, par le CSSS. On les a, les infrastructures, mais on est en train de les vider pour envoyer les ressources dans le privé.»

Personnel surchargé, patients en danger

«En raison des coupures budgétaires, on surcharge le personnel», remarque Nadine Lambert, vice-présidente et responsable de la catégorie du personnel en soins infirmiers et cardiorespiratoires à la CSN. «Ç'a un impact sur la santé des patients», ajoute-t-elle. 

Le problème des heures supplémentaires date des années 2000, selon elle. Au départ, c'était pour une question de pénurie, maintenant, c'est plutôt lié à la gestion des ressources humaines. «On ne remplace pas les personnes absentes, et les infirmières se sentent obligées de faire des heures supplémentaires.»

Plus les infirmières sont surchargées, plus elles risquent de faire des erreurs, prévient-elle. Et ces erreurs ne sont pas nécessairement au niveau de la médication par exemple, mais plutôt lors de l'évaluation. Une infirmière peut ne pas se rendre compte que l'état d'un patient se dégrade si elle est épuisée. «Les études le démontrent : après six heures de travail, notre capacité d'attention est réduite.» Avec les heures supplémentaires, une infirmière peut travailler 16 heures consécutives. «On travaille avec des humains. Et les erreurs ont un impact psychologique sur l'infirmière», ajoute-t-elle. «Personne ne veut voir mourir un patient.»

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