Une profession en mutation

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Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec

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La profession d'infirmière et d'infirmière auxiliaire change et s'adapte aux besoins. Dans cette série d'articles, les journaux du Groupe Capitales Médias abordent certaines questions qui préoccupent ces professionnelles. Prochain rendez-vous : le 26 mai 3e de 4 »

(Québec) Précarité, heures supplémentaires, pression des employeurs; la gestion des ressources humaines mène la vie dure aux infirmières, affirme Régine Laurent, qui commente deux études sur les conditions de travail des infirmières présentées cette semaine à l'Association francophone pour le savoir. Et les conséquences risquent d'être catastrophiques.

Dans l'une de ces deux recherches, on démontre que plus les infirmières travaillent d'heures supplémentaires, plus les patients sont à risque de décéder. Dans l'autre, on met en lumière l'intimidation féroce entre collègues.

Ces deux études démontrent de graves problèmes dans le réseau de la santé, constate Régine Laurent, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Commentant la première, réalisée par Christian Rochefort, de l'Université de Sherbrooke, elle souligne que l'impact des heures supplémentaires, en plus de mettre les patients en danger, met une pression énorme sur les épaules des infirmières.

«Obliger le monde à faire 16 heures, c'est une violence institutionnelle qui est banalisée», affirme-t-elle. Une situation également dénoncée dimanche par le député de Québec solidaire Amir Khadir, qui déplorait que les infirmières soient souvent contraintes de faire des heures supplémentaires dans plusieurs hôpitaux de la province.

«Il y a une forme de chantage qui dit que si tu ne restes pas, tu vas mettre tes collègues dans le trouble», dénonce Mme Laurent. «On remet sur les épaules de l'individu la gestion des ressources humaines d'une équipe de travail.»

Les statuts précaires et le manque de ressources ainsi qu'une mauvaise gestion causent cette situation, selon elle. La pénurie d'infirmières, présente malgré qu'elle se soit un peu résorbée, semble exacerbée avec le type de gestion des ressources humaines. «Si la personne n'est pas à l'horaire, si vous l'appelez à 2h30 de l'après-midi pour rentrer le soir, il y a des chances pour qu'elle ne rentre pas.»

La multiplication des postes à temps partiel rendrait les infirmières plus vulnérables à se faire imposer des heures supplémentaires qu'elles ne pourront, à ce moment-là, refuser. «Plus on a de temps partiel, plus celles qui sont à temps complet risquent d'être prises en otage pour rester un autre huit heures, affirme Mme Laurent. D'un autre côté, celles qui sont à temps partiel [...] les gestionnaires vont encore plus leur dire "Ben là, tu n'as pas le choix de rester".»

Environ 40 % des infirmières oeuvrent à temps partiel. Mais entre le statut et les heures travaillées en réalité, il y a souvent un pas. Et ce statut n'est pas toujours réclamé par l'employée, mais plutôt offert par l'employeur. Il y a de moins en moins de postes à temps complet, note Mme Laurent. «C'est une forme de gestion, au fil des années, que les employeurs ont prise pour avoir de la flexibilité pour boucler leur budget.»

Précarité

Les heures supplémentaires et les statuts plus précaires jouent sur la rétention des nouvelles infirmières, qui sont souvent appelées à remplacer et à rester plus souvent. Pour celles qui commencent à faire leur place dans le milieu, la pression est forte. Il devient très difficile de planifier son temps pour poursuivre des études ou pour fonder une famille, souligne la présidente de la FIQ, et ce facteur joue beaucoup sur la décision de partir ou de rester.

«Il y a des aberrations dans le réseau. J'ai une gestionnaire qui obligeait une jeune infirmière à rester. Elle lui a dit : "Je ne peux pas rester, il faut que j'aille chercher mon enfant au CPE." [La gestionnaire] a répondu : "Je ne trouve personne, va le chercher au CPE, ramène-le et on va le mettre dans la petite cuisinette. Tu vas pouvoir continuer à travailler." Qu'est-ce que vous pensez? Peu de temps après, elle a donné sa démission.»

Recette explosive

Réunis, la précarité, le stress, l'épuisement et les pressions de l'employeur finissent par faire exploser la marmite, dit-elle. Et l'intimidation entre collègues, telle que montrée par l'étude d'Hélène Durocher, chargée de cours et doctorante à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal, n'est que le symptôme d'un problème plus grand.

«Vous mettez tout en place, en termes de gestion... vous créez le plus beau bouillon de culture pour qu'il y ait de la violence et de l'intimidation.» Lorsque les équipes de travail sont brisées et que les employés sont blâmés parce qu'ils ne sont pas restés pour faire des heures supplémentaires et qu'ainsi la pression retombe sur leurs collègues, les querelles, l'envie et la rancoeur ne tardent pas à se pointer le nez. «Vous créez l'individualisme [...], la compétition.»

Pour régler le problème de l'intimidation, la FIQ souhaitait notamment créer des comités paritaires. «Il n'y a à peu près aucun établissement qui a accepté d'avoir un comité paritaire, qui va regarder la violence au travail, qui va travailler à l'intérieur du comité santé-sécurité au travail. Ils ne veulent rien savoir. [...] Leur philosophe de gestion, c'est que s'il y a un climat d'intimidation, ils mettent la personne dehors, c'est tout!»

Tous les ingrédients sont mis en place pour que la personne quitte le navire, et lorsqu'elle le fait, les employeurs s'étonnent, affirme Régine Laurent.

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