Louer une chambre à l'heure avec son portable

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À Montréal, l'Hôtel Gault faisait partie des quatre établissements offrant des plages horaires sur la plateforme Dayuse.com.

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(Québec) C'est terminé, le temps où seuls les motels ou les petits hôtels offraient aux clients la possibilité de louer une chambre pour un certain nombre d'heures. Les grandes chaînes hôtelières, comme le groupe Accor, propriété de Fairmont, Raffles et Swissôtel, ainsi que Marriott, ont dernièrement emboîté le pas via la plateforme de réservation en ligne française Dayuse.com.

L'entente entérinée il y a quelques semaines, et dévoilée par le Financial Times, ce sera maintenant à chaque établissement de décider s'il propose aux consommateurs la nouvelle formule ou pas. Pour le moment, la plateforme n'offre aucun hébergement pour la ville de Québec sur son site, mais l'entreprise ayant son siège social à Paris entend bien remédier à cette situation en 2017. Mercredi, pour la grande région de Montréal, quatre établissements hôteliers, dont l'Hôtel Gault (de 10h à 15h), l'Hôtel Expresso (de 12h à 16h), La Tour Belvédère (de 9h à 17h30) et l'Holiday Inn, à Longueuil (de 10h à 16h), offraient différentes plages horaires.  

Lancé en 2010, le site de réservation de chambres d'hôtel en journée a comme objectif d'aider les hôteliers à brasser de bonnes affaires dans les périodes moins achalandées et de permettre aux consommateurs de profiter durant un court laps de temps des installations à moindre coût. Pour chaque location, Dayuse se rémunère en prenant un pourcentage [environ 17 %] sur les transactions.

«Le fondateur, David Lebée, a créé cette plateforme alors qu'il travaillait dans l'hôtellerie. Il avait beaucoup de demandes de gens qui voulaient une chambre d'hôtel durant la journée et ne l'utiliser que quelques heures», commente au Soleil la directrice des communications chez Dayuse, Déborah Laskart. Depuis son lancement, plus de 250 000 personnes ont utilisé le service.

Mme Laskart indique que la plateforme peut être utile entre autres pour des gens d'affaires loin de leur demeure qui «souhaitent entre deux rendez-vous se reposer ou prendre une douche». La location d'une chambre pour un certain nombre d'heures peut également servir «à des voyageurs en escale qui n'ont pas envie d'errer dans un aéroport», note-t-elle. «Il y a aussi le fait d'offrir à une clientèle de proximité la possibilité d'avoir accès aux services d'un hôtel, comme la piscine, le spa ou la salle d'entraînement. Cela permet aux hôtels d'avoir un achalandage en journée et pas uniquement en soirée», poursuit la porte-parole.

Active dans 18 pays

L'entreprise française propose actuellement des chambres dans plus de 3000 hôtels dans 18 pays, entre autres en France, en Australie, au Brésil, au Canada, aux États-Unis et aux Émirats arabes unis. Outre à Paris, elle possède des bureaux chez nos voisins du sud, à New York, et à São Paulo, au Brésil. Pour 2017, l'ouverture d'un bureau à Hong Kong est dans les plans. La compagnie, qui possède un volume d'affaires d'environ 20 millions d'euros (28 millions $CAN) en 2016, compte une soixantaine d'employés.  

Pour la directrice générale de La Tour Belvédère, Dayuse représente une dizaine de réservations supplémentaires par mois. «Le principe est assez intéressant, les gens viennent durant la journée», affirme Josée Lelièvre, assurant qu'il y a une demande pour ce type de formule. «C'est souvent utilisé par des gens qui conduisent la nuit, alors qu'il n'y a pas de trafic. Par exemple, la personne a une réunion ici, elle arrive à 9h et elle fait une sieste de quelques heures avant son meeting», ajoute-t-elle, concédant que les chambres sont aussi louées par des couples.  

Du côté de l'Association des hôteliers de la région de Québec, on estime que cette nouvelle stratégie d'affaires pourrait donner un coup de pouce aux hôteliers de la région qui livrent bataille depuis plusieurs mois contre les compagnies de réservation en ligne Booking.com et Expedia ainsi que la plateforme de location Airbnb. La présidente Michelle Doré ne cache toutefois pas son inquiétude par rapport au fait que cette mesure pourrait faciliter la prostitution dans les hôtels.

«C'est assurément une offre de plus pour les touristes. Il y a un besoin. Et si un hôtel a des inventaires invendus durant une journée, alors pourquoi ne pas utiliser le service? C'est un nouveau développement pour l'industrie. On le dit, il faut innover et changer», concède la propriétaire de trois établissements hôteliers du Vieux-Québec, soit l'Hôtel Champlain, l'Auberge Place d'Armes et l'Hôtel Jardin Sainte-Anne. «Là, où j'ai le plus de misère, c'est au niveau de la prostitution. Je sais qu'il y en a à Québec, même si ce n'est pas quelque chose que nous avons régulièrement. Souvent, nous associons plus les motels à la prostitution. Est-ce que cette nouvelle mesure va faciliter l'accès? La question se pose. On ne peut pas en faire abstraction», confie-t-elle, ajoutant tout de même évaluer la possibilité d'implanter la formule dans ses établissements.

L'entente avec Marriott s'applique uniquement pour les hôtels en Europe pour le moment. Celle avec le Groupe Accor concerne tous ses établissements dans le monde entier.

Un risque pour la prostitution?

L'arrivée imminente dans la capitale des services Dayuse.com, qui offre la location de chambres à l'heure, fournira aux hôteliers une nouvelle occasion d'affaires, mais pourrait également entraîner son lot de conséquences, comme une augmentation de la prostitution dans les hôtels, craint la présidente de l'Association des hôteliers de la région de Québec, Michelle Doré. La police de Québec promet de suivre attentivement le dossier. 

Par le passé, ce sont souvent des motels, notamment sur le boulevard Wilfrid-Hamel, qui étaient soulevés dans les médias lors d'arrestations en lien avec de la prostitution. L'un des cas fortement médiatisés au cours de la dernière décennie a été celui du Motel Hamel (l'opération Boucane), en 2009, où un réseau de prostitution avait été démantelé. Le motel avait par la suite été vendu. Dans d'autres cas, ce sont des prostitués qui louaient des chambres de motel pour plusieurs heures afin de rencontrer différents clients.

Aujourd'hui, le mouvement se transporte aussi dans les grands établissements hôteliers, confirme Étienne Doyon, porte-parole du côté du Service de police de la Ville de Québec, ne voulant pas cibler d'endroit en particulier. Il concède que la nouvelle formule de location à l'heure pour des clients peut présenter un certain danger. 

«La prostitution dans les milieux hôteliers est en constante surveillance. Nous avons des patrouilleurs mais également l'unité des renseignements criminels qui se préoccupent de ce phénomène», dit-il.

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