Il y a 20 ans, le premier clic innovant du Soleil sur le Web

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Trois des artisans qui ont vu à la naissance du Soleil sur le Web, réunis la semaine dernière : Stéphane-Billy Gousse, Gilbert Lacasse et Michel Samson.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Le 6 décembre 1996, Le Soleil entrait dans l'univers naissant du Web avec son adresse www.lesoleil.com, celle qui est toujours utilisée 20 ans plus tard.

«Le Soleil était un quotidien centenaire, mais il était moderne et capable d'innovations», se souvient Gilbert Lacasse, alors président du Soleil

André Forgues, directeur de l'information et à la tête de l'équipe qui mettait en oeuvre l'aventure du Soleil sur le Web, abonde dans le même sens. Ce tempérament de précurseur fut d'ailleurs le leitmotiv du service de la promotion pour convaincre les lecteurs et les annonceurs qu'un journal centenaire pouvait être novateur.

Premier quotidien francophone québécois à défricher un chemin sur la grande toile avec un site interactif, Le Soleil prenait une voie où tout était à faire. Il était suivi quelques jours plus tard par Le Droit, Le Quotidien et Progrès-Dimanche, membres du groupe Unimédia, avec la plateforme Cenoweb développée spécifiquement pour le groupe.

Le 6 décembre 1996, Le Soleil entrait dans l'univers... (Infographie Le Soleil) - image 2.0

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Infographie Le Soleil

D'autres quotidiens québécois embarquèrent dans cette voie l'année suivante. Le Devoir l'a fait le 26 juin 1997, comme l'indique la page d'histoire du quotidien. 

Deux autres quotidiens du Québec avaient tenté une percée en ligne en 1996 en offrant leur contenu à télécharger en format PDF. Ce n'était pas un site Web à proprement parler.

La semaine dernière, autour de la table pour partager les souvenirs des premiers pas du Soleil dans l'univers virtuel, outre Gilbert Lacasse, il y avait Michel Samson, chef des nouvelles et féru de technologie, Stéphane-Billy Gousse, consultant externe à cette époque à cause de son expertise du Web au sein du Club Macintosh de Québec. André Forgues participait à la discussion au téléphone.

À ce petit groupe s'ajoutait Gilles Garneau, directeur de la production, Pierre Roger, contrôleur financier, Michel Truchon, chroniqueur en technologie, et l'auteur de ces lignes, pour des réunions hebdomadaires afin d'organiser le passage vers une version Web.

Stéphane-Billy Gousse (ici en 1996) se souvient que... (Photothèque Le Soleil) - image 3.0

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Stéphane-Billy Gousse (ici en 1996) se souvient que lors de la mise en ligne du site Web du Soleil, le 6 décembre 1996, les bogues ont été nombreux.

Photothèque Le Soleil

L'image de marque sur le Web

Tout commence durant l'hiver 1995 alors que Le Soleil complète son passage à la mise en page électronique. André Forgues rencontre Gilbert Lacasse pour lui dire qu'il reviendra à ses simples fonctions de directeur de l'information puisque le grand virage informatique est chose du passé.

Le président du Soleil lui demande alors de s'intéresser à quelque chose d'inconnu, de nouveau qui pourrait affecter les revenus du journal, principalement les petites annonces qui pourraient passer du papier à Internet. 

«Il vaut mieux s'intéresser à cela avant qu'eux s'intéressent à nous», se souvient avoir dit M. Lacasse. «Il fallait protéger nos sources de revenus. Nous ne savions pas alors que l'avenir confirmerait nos inquiétudes, autant avec les petites annonces qu'avec les revenus publicitaires.»

«Nous partions de zéro, ajoute M. Forgues. Il fallait trouver un fournisseur, avoir les bons outils, créer une base de données.» Lors de l'ouverture des soumissions, les fournisseurs contactés, comme Nestcape et Microsoft, avaient des offres de départ variant de 900 000 $ à plus d'un million et demi. La direction a choisi de faire le travail à l'interne avec son fournisseur de services informatiques.

«Le plus important, ajoute Michel Samson, c'était de mettre la marque de commerce Le Soleil sur le Web. C'était primordial de faire sa trace dans le Web.» Plus encore, M. Samson avait demandé que le site s'impose la règle des trois clics : l'internaute devait accéder à l'information recherchée au troisième clic, jamais un de plus.

Pourtant, tout le monde ne croyait pas aux valeurs de la diffusion des nouvelles des journaux sur le Web. C'était le cas de Roger D. Landry, président et éditeur de La Presse. «Il n'y croyait pas, se rappelle M. Lacasse. Il y avait ceux qui croyaient à cet outil pour l'avenir et d'autres qui considéraient le Web comme un ennemi. Il ne fallait pas toucher à cela. Roger D. Landry était dans cette catégorie.» 

En 2000, quelques mois avant l'acquisition du Soleil par Gesca et Power Corporation, Le Soleil lançait un site Web pour les lecteurs de la métropole : lesoleildemontreal.com. On y retrouvait des textes sur Montréal provenant de La Presse canadienne. Le quotidien de Québec voulait attirer de nouveaux lecteurs sur son site principal, souligne M. Forgues.

La Presse n'a pas échappé au Web malgré les réticences exprimées en 1996. Cyberpresse a vu le jour quelques années plus tard. 

Des nouvelles choisies

«Au Soleil, il n'était pas question de tout mettre en ligne, continue Michel Samson. Nous avions opté pour une approche promotionnelle. Nous choisissions entre un et trois textes par section à publier au complet. Les autres titres comportaient un paragraphe avec la mention : À lire dans la version papier du Soleil

Cela n'a pas duré longtemps. Plus les mois avançaient, plus Le Soleil publiait des textes complets. Il y eut l'ajout de nouvelles sections. 

Entre-temps, les discussions se poursuivaient à savoir si l'on donnerait accès aux archives moyennant une contribution. Il y avait déjà eu des discussions avant le lancement du site pour mettre en place des accès payants et d'autres gratuits. En fin de compte, le site commençait son histoire dans la gratuité.

Au premier jour, les petites annonces étaient en ligne. Ce fut le cas aussi pour la nécrologie, ce qui faisait bien l'affaire des généalogistes et des Québécois à l'étranger, notamment ceux partis en Floride qui voulaient savoir ce qui se passait avec leurs amis au Québec et qui ne voulaient pas faire d'impair au retour en demandant des nouvelles d'un copain ou d'un collègue décédé pendant les mois d'hiver. La nécrologie était l'une des sections les plus consultées, se souviennent les membres de l'équipe.

En même temps que les internautes commençaient à visiter le journal sur le Web, la direction devait aussi faire l'éducation des annonceurs, ajoute André Forgues. Les trois boutons publicitaires avaient été offerts aux trois plus gros annonceurs : Tanguay, Desjardins et Simons.

Personne ne savait vraiment où irait le Web en 1996. Tous les participants du comité étaient d'accord : Le Soleil devait absolument faire sa place sur la toile. Dans les années qui suivirent, les événements ont confirmé certaines craintes soulevées dès le départ au sujet de la baisse des revenus publicitaires et de la diminution importante des petites annonces dans la version papier au profit de sites Web spécialisés comme Les Pacs et Kijiji.

Une image qui résume à elle seule la... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Une image qui résume à elle seule la complexité qu'a représenté la mise en ligne du site du Soleil, il y a 20 ans.

Photothèque Le Soleil

La date fatidique

La date d'entrée en ligne a été lancée par le président d'Unimédia, Pierre Desmarais II, devant un dîner de la Chambre de commerce de Québec. L'équipe n'a pas eu le choix. Il fallait que cela fonctionne le 6 décembre.

Mais le jour fatidique, les serveurs ne tournent pas rondement au petit matin, raconte Stéphane-Billy Gousse, promu webmestre du site du Soleil. La mise en ligne ne peut se faire qu'en fin d'après-midi, vers 17h. Rien ne fonctionne comme prévu. Les bogues à corriger se succèdent, se souvient Stéphane-Billy Gousse.

De son côté, le service de la promotion du journal avait prévu de nombreuses interventions à la radio le matin même avec André Forgues. «Je parlais de ce qui devait être en ligne, mais personne n'avait encore accès au site, se souvient-il. Les internautes ont été patients et tolérants à notre égard, car nous étions au début du développement du Web. Le côté pionnier était reconnu par la communauté.»

Lorsque la mise en ondes a été réussie, après une longue journée de péripéties, la vie du nouveau site Web a pu commencer. Mais André Forgues et Stéphane-Billy Gousse savaient aussi que ce serait une autre nuit blanche pour que la prochaine édition puisse aussi voir le jour.

M. Forgues a commencé une nouvelle rubrique dans la version papier du Soleil, un rendez-vous hebdomadaire pour raconter au lecteur la progression de la présence du quotidien de Québec dans l'univers virtuel.

En mars 1997, il racontait qu'après 15 semaines d'existence, le site du Soleil était parmi les plus fréquentés dans le cyberespace québécois avec plus de 20 000 visites par semaine et plus de 1,4 million de pages consultées.

Ces chiffres peuvent paraître étonnants en 2016 pour les adeptes de statistiques avancées avec les services d'analyse pointue comme Google Analytics. Mais il faut se rappeler que Le Soleil était un précurseur dans la présence des quotidiens sur la grande toile au Québec, il y a 20 ans. 

Tout était à inventer!

Vers un nouveau siècle

L'ancien président du Soleil, Gilbert Lacasse... (Le Soleil, Patrice Laroche) - image 6.0

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L'ancien président du Soleil, Gilbert Lacasse

Le Soleil, Patrice Laroche

Voici le texte publié à la une du Soleil du 6 décembre, soulignant le lancement du site Web. Il est signé par Gilbert Lacasse, président du Soleil à l'époque.

Aux petites heures ce matin, LE SOLEIL s'est levé dans le cyberespace. À l'instant de la mise en ondes, LE SOLEIL est soudainement devenu disponible sur tous les ordinateurs branchés de la planète, grâce à la magie de l'Internet. Aujourd'hui, les internautes ont une nouvelle adresse : www.lesoleil.com.

Dans les heures qui ont précédé, nous avons appris une chose : un lancement dans le cyberespace est tout aussi angoissant que le démarrage de nouvelles rotatives. Pire même, parce qu'il y a absence de matérialité. Mais lorsque son journal apparaît à l'écran et que son contenu répond docilement à la commande de la souris, l'euphorie est tout aussi grande.

Comme au lancement du nouveau SOLEIL en mars 1995, la mise en ondes de l'édition électronique du journal résulte d'un travail d'équipe. Conduite par notre directeur de l'information et internaute averti, André Forgues, cette équipe réunissait des journalistes et des informaticiens à Québec et Ottawa travaillant ensemble grâce à un réseau Intranet.

Un grand nombre d'annonceurs ont accepté d'emprunter avec nous l'autoroute de l'information. Les internautes remarqueront leur présence et leur message en naviguant sur le site.

C'est une coïncidence assez extraordinaire que ce journal fasse son entrée sur le réseau Internet à quelques jours seulement de son centenaire. Comme s'il présentait au monde un cadeau d'anniversaire. Bienvenue au SOLEIL électronique!

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