Voyager tout en «aidant son prochain»

Après avoir vendu Creaform en 2013, Charles Mony... (Le Soleil, Yan Doublet)

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Après avoir vendu Creaform en 2013, Charles Mony a fondé Village Monde, qui sert principalement de courroie de communication entre le touriste et les habitants de villages plus pauvres à travers le monde, mais également au Canada.

Le Soleil, Yan Doublet

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(Québec) Charles Mony avait un rêve, pardon, des rêves. Bien connu comme le cofondateur de Creaform, l'homme d'affaires a réalisé l'un de ses objectifs en 2015 en mettant sur pied la plateforme Web de Village Monde, afin «d'aider son prochain».

Et quelle est l'utilité de cet outil technologique? Faire connaître aux voyageurs des destinations méconnues et éloignées, afin de donner un coup de pouce à l'économie locale des villages plus pauvres à travers le monde, mais également au Canada. La plateforme sert principalement de courroie de communication entre le touriste et les villageois.

«C'est une entreprise d'innovation sociale. Elle a pour objectif de créer de la richesse dans le secteur social. C'est un nouveau domaine qui se développe de plus en plus», indique au Soleil M. Mony, notant qu'on trouvera d'ici le mois de novembre sur le site Internet de l'organisme sans but lucratif près de 70 destinations situées notamment à Madagascar, au Viêtnam, au Costa Rica et au Sénégal. Pour l'heure, une vingtaine d'endroits sont offerts.

«Notre objectif est de mettre en lien des villages [de 300 à 10 000 habitants] d'un peu partout à travers la planète qui offrent une capacité d'hébergement avec des voyageurs qui souhaitent voyager hors sentier [...] On pense souvent aux pays en développement, mais il y a également au Canada des communautés plus isolées dans le Nord, au Labrador et même moins loin, en Abitibi-Témiscamingue ou en Gaspésie. On veut mettre en place un vaste réseau de villages», poursuit-il, précisant toutefois qu'il n'agit pas à titre d'agence de voyages. «On met les gens en connexions directes. On facilite les échanges. Ce n'est pas nous qui faisons la réservation.»

Pas les mêmes visées qu'Airbnb

M. Mony concède que son concept ressemble de près à celui d'Airbnb, mais insiste pour dire que sa plateforme de partage n'a pas les mêmes visées que celle «d'Airbnb ou d'Uber qui sont dans un mode commercial très fort». 

«Nous, nous créons de la richesse sociale plus que la richesse financière pour nos investisseurs. Il n'y a pas de rendement», explique celui qui a investi plusieurs millions de dollars dans la Fondation Village Monde, qu'il a créé en 2009. Lors de la vente de Creaform en 2013 à la société américaine Ametek, l'entrepreneur et ses associés s'étaient partagé un pactole de 125 millions $.

Passionné par les voyages - il a notamment traversé le globe en voilier -, M. Mony a évalué plusieurs possibilités lorsqu'il s'est départi de Creaform : démarrer une nouvelle compagnie en technologie ou mettre sur pied un projet pour aider les sociétés (voir autres textes). 

En décembre 2015, il a officiellement lancé la plateforme de Village Monde. Une dizaine de personnes travaillent aujourd'hui sur le projet. Elles s'assurent notamment que chaque nouvelle destination répond aux critères de sélection de l'organisation.

«Notre fonction première est d'utiliser le touriste comme un outil de développement et de survie pour les villages. On les aide à structurer leur projet d'affaires. Et on s'assure - on va même sur place - que les retombées financières vont à la communauté, que ce n'est pas juste un privé qui s'enrichit. Et chaque endroit est visité afin d'assurer la qualité, qu'il répond bien à notre label», conclut le fondateur.

Afin de continuer à développer son réseau, l'organisation demande une contribution de 12 % de la facture d'hébergement aux voyages. Le prix affiché sur le site est le montant qui revient aux villageois. Ces derniers ne paient aucune commission.

Au cours des prochains mois, M. Mony souhaite bonifier l'offre aux touristes. Il souligne d'ailleurs être en discussions pour plusieurs nouvelles destinations.

Le vent dans les voiles

Entrepreneur, voyageur, philanthrope et père de trois enfants. Depuis qu'il a fondé la compagnie Creaform, Charles Mony a le vent dans les voiles.

En 2002, M. Mony lance à Lévis avec presque «aucun sou en poche» une compagnie spécialisée dans la conception, la fabrication et la commercialisation de technologies de mesure 3D, avec ses associés Martin Lamontagne et Gilles Bernigaud. 

«La différence entre le succès et l'échec est très proche dans une entreprise en démarrage», indique le Français d'origine, aujourd'hui âgé de 50 ans. «J'étais très loin d'imaginer que mon entreprise allait connaître un tel succès», concède-t-il.

De fil en aiguille, Creaform se forge une réputation à l'international et connaît une croissance fulgurante. En 2008, l'entreprise emploie 200 personnes et possède des filiales à Montréal, en Chine, au Japon, en France et aux États-Unis. Malgré la crise économique mondiale, l'entreprise réussit à tirer son épingle du jeu et termine l'année 2009 avec un chiffre d'affaires de 25 millions $. Creaform a toutefois toujours faim et cherche à envahir le marché.

Le but de Village Monde est de faire... (Tirée de la page Facebook de Village Monde) - image 3.0

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Le but de Village Monde est de faire connaître aux voyageurs des villages méconnus et éloignés, afin de donner un coup de pouce à leur économie.

Tirée de la page Facebook de Village Monde

En 2011, la compagnie compte près de 300 travailleurs en Amérique du Nord, en Europe et en Asie et brasse des affaires dans une cinquantaine de pays. Son chiffre d'affaires : 37,7 millions $. La direction vise les 120 millions en chiffre d'affaires pour 2016.

Lors de sa vente en 2013 au géant américain Ametek pour 125 millions $US, Creaform affichait des ventes annuelles d'environ 55 millions $ et comptait 365 travailleurs.

Contraste

M. Mony était au Madagascar lorsqu'il a reçu l'offre. «Je n'avais plus besoin d'être impliqué dans Creaform pour que la compagnie continue de grandir. [...] Lorsque j'ai reçu l'offre, j'étais dans l'un des pays les plus pauvres au monde où les gens n'ont rien et sont prêts à tout pour te recevoir. Eux, ils vivent avec cinq dollars par jour et ils sont prêts à partager leur repas. J'ai alors décidé d'utiliser ma force d'entrepreneur pour faire en sorte de développer cette notion de plaisir de recevoir et de partager.»

Après la vente de sa compagnie, M. Mony a été joint par plusieurs entreprises technologiques pour de nouveaux projets, mais l'homme d'affaires a tout de même choisi de se concentrer sur son organisation à but non lucratif, soit Village Monde. 

«Madagascar a beaucoup joué dans ma décision. J'ai été dans le lucratif pendant plusieurs années. On parle beaucoup de Creaform, mais j'ai également eu d'autres entreprises avant. À un certain moment, tu te demandes : "Pour ma prochaine entreprise, est-ce que je fais la même chose ou je profite de ma capacité d'entrepreneur pour créer une richesse qui est différente?" Une richesse sociale au lieu d'être monétaire», indique celui qui s'est établi à Québec en 1996. 

«J'avais le choix, j'avais tous les atouts pour redémarrer une entreprise technologique. En même temps, je me suis intéressé au domaine des microcrédits, du microentrepreneuriat. Le secteur de l'innovation social. Ce sont des entreprises qui veulent en même temps générer de l'économie et répondre à un problème de société», poursuit l'ingénieur de formation, passionné par les voyages et la voile. Il a d'ailleurs participé pour une troisième fois cet été à la Transat Québec-Saint-Malo. Et il s'est également payé un tour du monde en 2006.

Souhaitant «donner un coup de pouce à son prochain», en 2015, il met sur pied la plateforme Web de Village Monde, «le Airbnb du tourisme villageois». Avec l'aide de donateurs, M. Mony espère pouvoir faire croître son «entreprise d'innovation sociale» au cours des prochaines années.

Le titre d'Ametek (NYSE : AME) a cloturé vendredi à 47,37 $, en baisse de 74 ¢ (-1,54 %), à la Bourse de New York. Creaform compte aujourd'hui plus de 425 employés à travers le monde.

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