Hewlett-Packard joue son va-tout avec une scission

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La pdg Meg Whitman conserve les commandes de HP Entreprise, centrée sur les services et produits pour les entreprises.

AP, Richard Drew

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Sophie Estienne
Agence France-Presse
San Francisco

Acteur historique de l'informatique américaine et mondiale, mais aujourd'hui en perte de vitesse, le groupe américain Hewlett-Packard (HP) compte désormais sur une scission pour rester pertinent à l'heure d'internet et du mobile.

L'opération, décidée l'an dernier, est officialisée dimanche, et le vieux mastodonte sera remplacé lundi à la Bourse de New York par deux nouvelles sociétés.

D'un côté, la pdg Meg Whitman conserve les commandes de HP Entreprise, centrée sur les services et produits pour les entreprises. De l'autre, Dion Weisler prend la tête de HP Inc, qui garde les activités historiques dans les imprimantes et les ordinateurs.

Cela démantèle le géant mondial de l'informatique rêvé par Carly Fiorina, qui vante aujourd'hui son bilan de patronne de HP dans sa campagne pour l'investiture républicaine en vue des prochaines élections présidentielles américaines.

Supprimer des emplois à la pelle

En rachetant Compaq en 2002, elle avait propulsé HP au premier rang mondial dans les PC. Le groupe, qui semblait alors au faîte de sa gloire, a depuis renvoyé trois patrons, dépensé des dizaines de milliards de dollars dans des acquisitions s'avérant souvent désastreuses, et supprimé des emplois à la pelle.

«L'histoire a montré que HP aurait pu occuper son temps différemment. Il faut toujours faire attention quand on rachète les problèmes de quelqu'un d'autre», indique à l'AFP Peter Burris, un analyste du cabinet Forrester.

«C'est un marché différent» aujourd'hui, réclamant des entreprises «plus concentrées et plus réactives qu'à l'époque de Carly Fiorina, où il était essentiel de rivaliser avec IBM, pas Amazon», relativise Tom Bittman chez Gartner.

«Le marché de l'informatique change rapidement, et être une grosse entreprise avec des types d'activités très différentes est dur à gérer», fait-il valoir, jugeant que la scission découle d'une stratégie «saine».

Ce n'est pourtant pas une recette miracle, préviennent les analystes : tout dépendra de l'exécution, qui n'a pas vraiment été un point fort des dirigeants de HP ces dernières années même si Peter Burris relève des «signes de vie» récemment sous la houlette de Meg Whitman.

Précurseur hier, dépassé aujourd'hui 

Le garage où Bill Hewlett et Dave Packard avaient conçu leurs premiers appareils dans les années 1930 est aujourd'hui considéré comme le lieu de naissance de la Silicon Valley dont HP a accompagné la montée en puissance économique.

Le groupe a aussi eu un rôle pilote dans des changements importants de l'organisation du travail comme la généralisation de l'open space ou l'horaire flexible dont il revendique l'introduction aux Etats-Unis dans les années 1970.

Aujourd'hui pourtant, il apparaît dépassé face aux rois d'internet et du mobile. Symbole de sa perte d'influence, HP ne pèse plus qu'environ 50 milliards de dollars en Bourse, même pas la moitié de son chiffre d'affaires annuel, quand Facebook émarge à presque 300 milliards, Alphabet (ex-Google) à plus de 500 milliards et Apple, première capitalisation mondiale, à presque 700 milliards.

La direction de HP espère redresser la barre avec deux sociétés plus agiles et donc mieux capables de saisir des opportunités de croissance, de réaliser des investissements ciblés ou de parier sur de nouveaux marchés comme l'impression en 3D.

«HP a toujours une très bonne base de clients» et «beaucoup de bons salariés», et cela a d'ailleurs largement aidé le groupe à garder la tête hors de l'eau «durant plus de 15 ans de très mauvaises décisions» de la direction, reconnaît Peter Burris. Mais il faut faire évoluer le portefeuille de produits, en particulier dans les logiciels où l'analyste réclame une vraie stratégie.

Tom Bittman voit aussi une priorité dans les logiciels, rappelant que le groupe y a fait beaucoup d'acquisitions sans toujours savoir en retirer tous les avantages possibles.

Il juge malgré tout le nouveau HP Enterprise «bien positionné pour aider ses clients» dans l'environnement hybride d'aujourd'hui, où de nouveaux services dématérialisés en ligne s'ajoutent aux systèmes informatiques traditionnels.

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