Les jeunes pousses technos au bûcher de l'austérité

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Le président-directeur général de SOVAR, Pierre Pedneau, se demande si le modèle des sociétés de valorisation de la recherche peut continuer de tenir la route bien longtemps dans le contexte actuel des restrictions budgétaires au gouvernement du Québec.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Réussir à faire franchir une technologie innovante des portes des laboratoires des universités et des centres de recherche jusqu'à sa commercialisation relève de l'exploit. Or, ce tour de force devient encore plus laborieux lorsque les sociétés de valorisation de la recherche universitaire voient leur mince marge de manoeuvre budgétaire fondre comme neige au soleil.

«Des marges de manoeuvre pour financer l'amorçage de nouveaux projets, il nous en reste presque plus. Pour y arriver, nous devons faire des pirouettes», rend compte le pdg de SOVAR, Pierre Pedneau, en entrevue au Soleil.

Il se demande même si le modèle des sociétés de valorisation de la recherche peut continuer de tenir la route bien longtemps dans le contexte actuel des restrictions budgétaires au gouvernement du Québec.

«En bas d'un certain seuil, ça ne sert plus à rien de faire le travail. Jusqu'où devons-nous couper pour rendre le modèle dysfonctionnel? Si nous sommes pour continuer à vivoter, je vais me tourner vers mon conseil d'administration et lui demander si l'on poursuit le modèle ou pas.»

Au cours des deux dernières années, SOVAR a encaissé des coupes budgétaires de l'ordre de 30 %. De 1,2 million $, son budget annuel a dégringolé à 830 000 $. 

Des échanges se poursuivent avec le ministère de l'Économie, de l'Innovation et des Exportations pour savoir si le financement reprendra un peu de tonus ou si les effets des restrictions budgétaires se poursuivront une année de plus. 

Chose certaine, il sera difficile, pour SOVAR, de conserver toute l'expertise détenue par la petite équipe de neuf personnes si le financement continue de se détériorer.

SOVAR plaide que l'impact économique de son intervention est «très positif».

Une évaluation triennale de performance réalisée par le gouvernement du Québec en 2012 montre, en effet, qu'un dollar injecté par l'État dans un projet soutenu par SOVAR en attire près de 15 de la part de partenaires institutionnels et privés. Les flux économiques générés dans l'économie du Québec par SOVAR sont quatre fois supérieurs au financement reçu de la part du gouvernement. Quant à l'impact économique global des activités de SOVAR, il est évalué à 93 millions $, signale l'évaluation triennale.

Le premier à se mouiller 

Au Québec, il y a trois sociétés de la valorisation de la recherche universitaire. Deux d'entre elles ont pignon sur rue à Montréal.

À Québec, SOVAR, fondée en 2000, se consacre au développement de nouvelles technologies issues d'activités de recherche universitaire et provenant de centres de recherche. SOVAR travaille en collaboration avec l'Université Laval, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec, l'Institut universitaire en santé mentale de Québec et l'Université du Québec à Chicoutimi.

Sa mission est de repérer rapidement les technologies et les expertises à fort potentiel de réussite, à en démontrer la faisabilité technique et la valeur commerciale et à aider les entrepreneurs à dénicher du financement, et ce, dans un objectif de création de richesse pour la communauté. «Le but est d'amener rapidement les dossiers à un degré de maturité qui va accroître leur attrait auprès des investisseurs», indique Pierre Pedneau.

Avec des contributions initiales allant de 20 000 $ à 50 000 $ puisées dans son budget de fonctionnement, une société de valorisation comme SOVAR est souvent la première à se mouiller pour faire décoller un projet d'amorçage d'une découverte technologique. Viendront ensuite, successivement, les dollars des instituts québécois et canadiens de financement de la recherche, ceux des programmes gouvernementaux de soutien à la valorisation et au transfert des technologies, ceux des organismes locaux de développement économique, ceux des anges investisseurs, ceux des entreprises privées et, finalement, ceux des fonds de capital de risque. 

D'abord et avant tout à la recherche de rendement, le capital de risque se tient loin du financement d'amorçage. Trop risqué pour le capital de risque!

«Nous recevons, en général, une quarantaine de nouveaux projets par année provenant des domaines de l'ingénierie, des sciences physiques, des technologies de l'information et des sciences de la vie», explique Pierre Pedneau. «Après une analyse préliminaire, nous en retenons en moyenne un sur trois.»

Suivent ensuite les étapes d'analyse détaillée et de montage du plan de valorisation, de réalisation du projet de valorisation et d'accompagnement dans la création d'entreprises.

Trop peu, trop long, trop tard

S'il dit comprendre la volonté du gouvernement du Québec d'assainir les finances publiques - «on ne peut s'opposer à ça» -, Pierre Pedneau estime que l'État ne peut se désengager de sa responsabilité à l'égard de l'aide à apporter aux efforts de valorisation de la recherche universitaire. Sinon, le «syndrome du trop peu, trop long et trop tard» frappera de plein fouet les jeunes pousses technologiques prometteuses. «Trop peu d'argent dans les bons projets. Trop long pour attacher le financement pour les premières étapes de démonstration de la nouvelle technologie. Trop tard pour l'arrivée sur le marché», résume le pdg de SOVAR.

D'emblée, il reconnaît que le gouvernement du Québec a multiplié ses participations, ces dernières années, dans des fonds de capitaux de risque. «La plupart du temps avec des partenaires privés dont les décisions d'investissement sont trop souvent subordonnées par la recherche de rendement», fait-il cependant remarquer. Le coup de pouce va plutôt aux entreprises qui sont sur le point de commercialiser leur produit qu'aux trouvailles technologiques pour lesquelles il faut d'abord déterminer si son déploiement peut avoir une application quelconque.

«Une trop large part de la marge de manoeuvre de l'État québécois a été placée dans des fonds en partenariat avec le privé au cours des dernières années appauvrissant ainsi des programmes essentiels pour accélérer la maturation des technologies et leur entrée à temps dans les fenêtres de marché», affirme Pierre Pedneau.

«Ces premières étapes doivent être financées par les fonds publics. On n'a pas le choix. L'investissement privé est inexistant au début de la chaîne de financement, la technologie étant beaucoup trop en amont», estime Pierre Pedneau. «Il doit y avoir une meilleure disponibilité de fonds pour l'amorçage. En d'autres mots, il faut rééquilibrer les choses.»

Grands brûlés et givre sur les éoliennes

De la peau reconstruite à partir de la génétique tissulaire. Des instruments pour prévenir l'accumulation de givre sur les pales des éoliennes.

Au cours de la dernière année, SOVAR et ses partenaires ont fait avancer un certain nombre de projets issus de travaux de chercheurs de l'Université Laval et du CHU de Québec.

Des projets pour lesquels la société de valorisation de la recherche accompagne les chercheurs-entrepreneurs depuis plusieurs années.

De la peau in vitro

L'une de ces avancées technologiques sort directement du Laboratoire d'organogénèse expérimentale du CHU de Québec.

L'équipe de la professeure Lucie Germain a mis au point un procédé qui permet de fabriquer in vitro la peau d'un grand brûlé à partir des cellules de ce dernier.

«Nous parvenons à reconstruire des tissus et des organes en utilisant uniquement des cellules des patients et des produits naturels», racontait Lucie Germain au journal de la communauté universitaire Le Fil en octobre dernier. «Lorsque les cellules sont placées dans de bonnes conditions de croissance, elles se multiplient et s'organisent par elles-mêmes.»

Il est ainsi possible de fabriquer de l'épiderme qui sera ensuite greffé sur le corps d'un grand brûlé afin d'apaiser ses douleurs et d'améliorer sa qualité de vie.

«Un partenaire idéal s'est associé à nous et à l'équipe de la professeure Germain pour accélérer le développement de la technologie et ce partenaire est Héma-Québec qui va construire à Québec, rappelons-le, un centre de production cellulaire de 21,5 millions $», indique André Houle, directeur pour le secteur Biochimie et Nutrition chez SOVAR.

En juin dernier, SOVAR et Hema-Québec annonçaient l'obtention d'un financement de 532 801 $ pour propulser encore plus loin le projet de la professeure Germain. «Ça va permettre d'amorcer l'étape de production de cette nouvelle technologie qui sera profitable à tous et qui pourra être exportée à l'extérieur du Québec.»

Dégivrer les pales

Les chercheurs Jean Lemay, Jean Ruel et André Bégin-Drolet du département de génie mécanique de l'Université ont créé un nouveau détecteur de conditions météorologiques destiné aux milieux nordiques qui a su capter l'attention de la multinationale GDF-Suez Energy Canada qui exploite des parcs éoliens un peu partout dans le monde.

«Les opérateurs de parcs éoliens sont aux prises avec les accumulations de givre qui, à l'occasion, peuvent causer des bris aux éoliennes. À tel point que la production d'électricité doit être suspendue pendant des jours pour permettre l'exécution des travaux de réparation. Et ça coûte cher aux compagnies», explique Yves Matte, directeur pour le secteur de l'Ingénierie, des sciences physiques et des technologies de l'information chez SOVAR.

Or, l'appareil mis au point par le trio de chercheurs permet de détecter le début d'un épisode de givrage, d'en déterminer la durée et l'intensité et de quantifier l'accumulation de givre. Des informations cruciales pour les opérateurs d'éoliennes afin qu'ils puissent prendre les bonnes décisions. GDF-Suez Energy Canada est à installer 18 détecteurs dans l'un de ses parcs éoliens au Nouveau-Brunswick. Ils seront mis à l'essai cet hiver.

Un financement de 532 000 $ a été accordé, en janvier dernier, par le gouvernement du Québec et par GDF-Suez Energy Canada pour analyser le potentiel commercial de l'appareil et éventuellement pour créer une entreprise de fabrication. D'autres applications pourraient être développées, notamment dans le secteur des transports.

SOVAR depuis sa fondation en 2000

500
technologies analysées
195
millions $
en investissements
30
entreprises dérivées ont vu le jour
500
emplois de haut niveau créés dans la région de Québec
14 $
Les billets verts obtenus de diverses sources de financement pour chaque dollar de dépenses en valorisation soutenu directement par SOVAR

Source : SOVAR

Capital de risque: pour ne plus être l'enfant pauvre

Pierre Pedneau ajoute sa voix à celles du maire de Québec, Régis Labeaume, et du président de la Chambre de commerce et d'industrie de Québec, Alain Aubut, qui réclament la présence dans la capitale d'acteurs importants de l'industrie nord-américaine du capital de risque.

«Il y a quelques années, nous avions la Société Innovatech Québec et Chaudière-Appalaches, mais là, nous n'avons plus rien.»

En matière de capital de risque, la ville de Québec doit se contenter des miettes. Des 604 millions $ investis en capital de risque dans la Belle Province en 2014, Québec n'en a récolté qu'un maigre 42,2 millions $, soit 7 %, selon les données compilées par la firme Thomson Reuters pour le Réseau Capital.

«Il faut trouver un moyen pour attirer à Québec un minimum de centres de décision en matière de capital de risque», insiste le pdg de SOVAR en indiquant qu'il ne s'agissait pas d'une vue de l'esprit de croire que la présence dans la capitale de ces acteurs financiers qui se trouvent à Montréal, à Toronto, à Boston ou à New York pouvait faire changer les choses et placer les entreprises locales sous leur radar.

«Nous avons de bons amis dans les fonds d'investissement à Mont­réal, mais ils ne suivent pas assidûment ce qui se passe ici dans les universités ou dans les centres de recherche. Dans l'industrie du capital de risque, ça se passe beaucoup dans les cocktails et dans les discussions de corridor. Beaucoup d'informations circulent dans ces rencontres informelles. Et les occasions d'établir des relations avec les gens de capitaux de risque se font rares pour nos entrepreneurs. Se rendre dans la métropole, ce n'est pas toujours évident pour un entrepreneur qui travaille 70 heures par semaine.»

«Nous avons de bons amis dans les fonds d'investissement à Montréal, mais ils ne suivent pas assidûment ce qui se passe ici dans les universités ou dans les centres de recherche. Dans l'industrie du capital de risque, ça se passe beaucoup dans les cocktails et dans les discussions de corridor»

Le pdg de SOVAR, Pierre Pedneau
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