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Crédit d'impôt pour la production multimédia: l'Alliance numérique toujours inquiète

À part les studios indépendants, les grands joueurs... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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À part les studios indépendants, les grands joueurs font partie de multinationales, comme Ubisoft (photo), qui dépendent des décisions des patrons hors Québec.

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(Québec) Le premier budget du ministre des Finances Carlos Leitão, qui réduisait les crédits d'impôt de 37,5 % à 30 % pour la production multimédia, a non seulement coupé le souffle à l'ensemble des studios de jeux du Québec, mais ses conséquences risques de provoquer des effets insoupçonnés : diminution des investissements des multinationales dans leurs studios québécois, arrêt des embauches, voire transfert des activités dans une autre province ou un autre État.

Pire encore, l'expertise reconnue dans ce domaine au Québec pourrait fuir vers d'autres lieux alors que la croissance fulgurante des dernières années a fait en sorte que des experts de l'étranger sont venus cogner à la porte des studios québécois pour y faire leur place, et des expatriés québécois sont revenus dans leur pays d'origine.

Malgré les profits, Electronic Arts a fermé le studio Viceral Games et effectué des mises à pied massives chez EA Mobile à Montréal. Des entreprises ont laissé savoir au Soleil qu'elles préféreraient poursuivre leur développement avec des bureaux satellites ailleurs, même si elles étaient bien implantées au Québec. Des spécialistes de l'électronique songent à déménager dans des États américains plus au sud pour les avantages fiscaux ou dans une autre province.

En juin, plusieurs organismes comme l'Alliance numérique reprochaient au ministre Leitão son absence de consultation. Entre 2002 et 2014, le nombre d'emplois dans le monde du jeu vidéo est passé de 1000 à 10 000. Pour l'instant, personne ne semble avoir envie de mettre sur la table des plans de croissance dans un climat d'austérité et d'incertitude.

Retour sur l'investissement de 7 %

Pour l'Alliance numérique, qui regroupe la plupart des entreprises, grandes ou petites, du monde du jeu au Québec, la preuve a été faite que ce crédit remboursable était profitable pour le gouvernement avec un retour de 7 % sur l'investissement, ce qui est de loin supérieur aux intérêts versés sur les obligations d'épargne.

«L'étude que nous avons commandée à KPMG et déposée à la commission Godbout, dans son scénario conservateur, montrait un rendement de 7 %, mais dans la réalité, c'est plus encore», soutient Martin Carrier, président de l'Alliance numérique et directeur du studio WB Games de Montréal. «Les employés qui ont un salaire moyen de 72 000 $ payent des impôts, des taxes et vont vivre de nombreux commerces par leurs dépenses.»

Le crédit d'impôt qui permet de réduire la masse salariale, s'il semble être perçu comme un coût pour le ministre des Finances, il devrait être vu plutôt comme un investissement dans la création d'emploi.

Avec Martin Rhéaume, représentant de Frima au conseil d'administration de l'Alliance, Martin Carrier, affirme que les studios n'ont pas vraiment le choix de fonctionner avec une grande prudence, même de rouler un pied sur les freins, ne sachant pas ce que le ministre Leitão fera des recommandations du rapport Godbout dans son prochain budget. Et le frein, il s'applique essentiellement dans la création d'emploi. Si l'embauche n'est pas totalement gelée, les nouveaux employés sont engagés en vertu d'un contrat à échéance déterminée, donc sans permanence.

«Nous sommes prêts à continuer à créer de l'emploi dans ce secteur où les salaires sont intéressants, soulignent les deux hommes, mais il y a un malaise évident. Nous avons livré la marchandise au fil des ans. Il y a eu plein de créations d'entreprises associées au monde du jeu que ce soit dans la musique, les dialogues des personnages, les effets et l'animation 3D. Ces entreprises écoperont si les grands studios tournent au ralenti. Il faut que le ministre des Finances nous donne des signes qui encouragent les entreprises à poursuivre leur croissance ici au Québec.»

L'herbe est plus verte chez les voisins

Le conseil d'administration de l'Alliance numérique, réuni à Québec dans les bureaux du studio Frima mardi, devait discuter des conséquences des coupes du dernier budget Leitão, étant donné que la plupart d'entre eux préparent les plans d'investissements pour 2015 et 2016.

Sachant qu'un jeu de type triple A prend de 24 à 36 mois de gestation entre l'idée de création et sa sortie, l'incertitude actuelle concernant les crédits d'impôt crée un climat d'inquiétude, surtout lorsqu'une entreprise pense à allonger 50, 60 ou 70 millions $ dans une production de grande envergure.

Il y a très peu de studios indépendants parmi les grands employeurs. À part Frima et Behaviour, les autres sont de taille plus petite, comme Sarbakan, avec moins de 100 employés, et les petits studios indépendants de moins de 20 employés sont très nombreux.

Les autres grands joueurs font partie de multinationales, comme Ubisoft Montréal, qui, même s'il est le fer de lance de la compagnie mère en France, il dépend des décisions des grands patrons hors Québec.

Même chose pour WB Games Montréal, qui relève de Warner Bros. Entertainement, aux États-Unis, de Beenox avec Activision comme propriétaire, EA Montréal sous la direction d'Electronic Arts, aux États-Unis, qui n'a pas hésité à faire des congédiements malgré la rentabilité de l'ensemble de l'organisation.

Les grands patrons acceptent les projets des studios en fonction de la rentabilité et du retour sur l'investissement. Ils n'accepteront pas d'expansion au Québec ni de création d'emploi s'ils se laissent charmer par l'Ontario avec ses crédits d'impôt à 50 % devant le 30 % du Québec.

Toutes les provinces canadiennes ont des crédits plus intéressants que le Québec, soutiennent Martin Carrier et Martin Rhéaume, de l'Alliance numérique. Des États américains aussi, mais il y a d'autres pays, comme les Philippines ou Singapour, qui sont très actifs pour attirer de l'expertise et des emplois chez eux.

En juin, Le Soleil rapportait que pour Ubisoft, qui compte plus de 3000 employés à Montréal et à Québec, la perte dépasse 15 millions $ pour l'ensemble des crédits. Chez WB Games Montréal, la perte serait de 2,2 millions $. Les retombées des crédits étaient évaluées à quelque 740 millions $ dans l'économie locale alors que les coupes feront fondre 270 millions $ dans le déficit de la province.

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