La cyberintimidation se détecte et se guérit

Devant un parterre d'adolescents et d'adultes particulièrement attentifs,... (Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Devant un parterre d'adolescents et d'adultes particulièrement attentifs, le psychologue Gilles Michel Ouimet a rappelé qu'à l'époque où il était élève, l'intimidation et les coups de poing se vivaient dans la cour de l'école, mais n'en sortaient pas.

Photo Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

(Québec) La cyberintimidation, ça peut se détecter, et il y a même des remèdes applicables lorsqu'on peut détecter un jeune qui pourrait développer le penchant pour devenir un cyberintimidateur.

C'est en résumé ce qu'a exposé mercredi le psychothérapeute Gilles Michel Ouimet devant 300 élèves du secondaire de la région de Québec et quelques centaines de participants au Colloque québécois de la sécurité informatique (CQSI), au Centre des congrès de Québec. D'ailleurs, c'était la première fois en 30 ans que le CQSI ouvrait ses portes au public.

Si sa conférence était une forme de prévention en périphérie des situations dramatiques qu'il doit dénouer, M. Ouimet est souvent appelé à agir lors des crises, lorsqu'une personne jeune ou adulte vit cette intimidation d'une manière si grave qu'elle songe non seulement au suicide, mais risque de passer à l'acte.

Devant un parterre d'adolescents et d'adultes particulièrement attentifs, il a rappelé qu'à l'époque où il était élève, l'intimidation et les coups de poing se vivaient dans la cour de l'école, mais n'en sortaient pas. «Aujourd'hui, avec la vitesse des communications et la puissance du numérique, l'intimidation se propage partout et ça ne disparaît pas du Web ou des réseaux sociaux. C'est un fléau qui se propage à des vitesses incroyables, un peu comme le virus Ebola», racontait l'homme dans la soixantaine en entrevue à la suite de son entretien.

«Pire, la police n'a ni les budgets ni les effectifs nécessaires pour réagir à ce phénomène d'impulsivité dans le monde numérique. Les lois ne suivent pas l'évolution de ce fléau dans la société. Les moyens manquent dramatiquement», affirmait-il en s'appuyant sur ce qu'il a constaté au Service de police de la Ville de Montréal, où il a vu en 2013 des dossiers à traiter datant de 2002 et non de l'année en cours.

Devant son jeune auditoire, il a identifié deux pathologies pouvant mener une personne à glisser vers la cyberintimidation parce que les Facebook et autres réseaux sociaux de ce monde numérique créent une société où les personnes ne s'intéressent pas à l'autre, mais à la promotion de soi.

Recherche d'admiration

Il dénonce la recherche d'admiration, le besoin de devenir une vedette ou une célébrité dans un univers où l'admiration remplace le désir, le sentiment amoureux, l'expression des sentiments et l'intérêt pour l'autre. Sans oublier que l'hypersexualisation des jeunes et la multiconsommation d'expériences avec différents partenaires, avec la drogue et l'alcool qui amènent les adolescents à ne pas vivre leur adolescence comme période de préparation à la vie adulte, à développer une socialisation saine pour savoir vivre en société. «Admire-moi, sinon je te rejette», lance-t-il pour illustrer son propos. «On pratique des relations miroirs pour se contempler soi-même à travers l'autre. Le divertissement devient la norme pour les diverses expériences et le principe du plaisir prend le dessus sur la réalité.»

Pour lui, l'instantanéité avec le numérique et les réseaux sociaux modifie la psychologie humaine au point que l'image remplace le contenu et que le corps remplace la pensée. Il note alors l'érosion de l'autorité, le remplacement de l'enseignement par l'opinion.

C'est alors qu'il ouvre sur les psychopathologies que sont la personnalité limite (borderline) et la personnalité narcissique, dont les caractéristiques sont l'angoisse profonde, le vide affectif, l'instabilité dans les relations, l'identité de soi embrouillée, l'impulsivité et les comportements dangereux pour soi et pour autrui, l'humeur instable, la survalorisation, les fantasmes absolus de succès, le culte de l'image de soi, l'absence d'empathie, l'envie et la jalousie, la condescendance et l'arrogance. Un cocktail explosif pour celui ou celle qui est frustré au point d'utiliser la technologie pour se venger.

Mais il y a un remède, révélait-il aux jeunes du secondaire et aux spécialistes de la cybersécurité. Ce sont les professeurs à l'école et les parents à la maison qui exercent une autorité qui pourra les aider à grandir, à devenir responsables, disciplinés, respectueux de l'autorité, tolérants à la différence et capables de supporter l'attente avant d'obtenir quelque chose, de faire des nuances, de s'autocritiquer, de faire preuve de persévérance et de soutenir les efforts.

Si ses conférences sont une sensibilisation à deux états d'esprit opposés, M. Ouimet soutient que ce problème de société peut se régler par la surveillance et la supervision de la part des parents.

«Ça commence à la petite enfance, soutient le psychologue, lorsque l'image de la présence constante et rassurante de la mère s'implante chez l'enfant, qui pourra entrer dans la vie avec une base solide au plan affectif et un sac à dos rempli» pour effectuer une sorte de traversée du désert en toute confiance. Car, pour lui, les réseaux sociaux, l'instantanéité de la technologie numérique et d'Internet accentuent le côté narcissique, jusqu'à faire déprimer parce qu'un ami n'a pas cliqué «J'aime» sous l'image dans Facebook, au lieu d'aider à la prise de responsabilité, à la socialisation et surtout à apprendre que l'autre est différent et essentiel pour vivre en société.

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