La lutte contre le piratage en eau trouble

Le réalisateur suédois Simon Klose a réalisé le... (Détail de l'affiche du documentaire, fourni par Simon Klose)

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Le réalisateur suédois Simon Klose a réalisé le documentaire The Pirate Bay - Away From Keyboard, une incursion dans le monde du plus gros site de partage de la planète.

Détail de l'affiche du documentaire, fourni par Simon Klose

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(Québec) Les pirates meurent, leurs trésors survivent. Les agents de la lutte internationale contre le fléau du piratage et du téléchargement illégal n'en finissent plus de piéger des cracks de l'informatique et d'intenter des poursuites symboliques. Mais les serveurs et les fichiers illégaux demeurent souvent intouchables.

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«Toute l'industrie doit repenser son modèle. On veut prouver que c'est possible pour un artiste d'être payé dans un Internet ouvert», dit Simon Klose, réalisateur du documentaire The Pirate Bay - Away From Keyboard

Simon Klose a vu de près la vie et la descente aux enfers de trois des plus puissants pirates des temps modernes. Pendant des années, le réalisateur suédois a suivi les moindres pas et clics de Gottfrid Svartholm, de Fredik Neij et de Peter Sunde, trois figures de proue du site de partage The Pirate Bay, le plus gros de la planète.

En entrevue au Soleil, Simon Klose raconte son exploration du repaire ultime de ces trois martyrs numériques. Un endroit sombre, reclus, caché - sans blague - dans les entrailles d'une montagne du fin fond de la Suède. «Je suis parmi les seules personnes au monde à avoir vu cet endroit. Je ne sais même pas vraiment c'est où... c'est secret. C'est complètement fou. Ce sont des pirates. Et ils cachent leur or dans une caverne. Pour de vrai.»

Leur or? Plutôt une poignée de serveurs parfaitement configurés. Simon Klose montre ce joyau dans son récent documentaire The Pirate Bay - Away From Keyboard. Le trésor se réduit à quelques serveurs empilés. L'ensemble est à peine plus gros qu'une tour d'ordinateur. Mais c'est assez pour coordonner le plus important trafic de téléchargement illégal du globe. Assez pour engendrer une bataille juridique colossale, où Hollywood a réclamé des milliards en dommages. Et ce serveur, personne ne sait où il se trouve.

Un vaisseau intact

Cette anecdote traduit à elle seule bien des difficultés éprouvées par les autorités dans leur combat contre le piratage. Gottfrid, Fredik et Peter ont été condamnés à une peine d'un an de prison et des dommages de 3,5 millions$. Le vaisseau amiral The Pirate Bay, un bateau fantôme dans Internet, est intact. On y trouve encore tous les films en HD de Pirates des Caraïbes, sans verser la moindre pièce d'or en compensation...

Ce partage de fichiers n'est pas près de couler à pic, estime Simon Klose. «Ces gars-là ne regrettent absolument rien. Ils croient à un Internet ouvert. Ils ne le font pas pour l'argent. Ils croient vraiment qu'un Internet censuré et contrôlé est infiniment plus dangereux pour les artistes que le partage de fichiers.»

Les trois fondateurs de The Pirate Bay ont d'ailleurs échangé des fichiers avant que quiconque ne s'en aperçoive dans les studios de production. «Cette génération utilise Internet depuis longtemps. Ils ont connu le BBS. Ils partageaient des fichiers avant que la société découvre Internet. Et là, tout d'un coup, on a décidé de criminaliser leur manière de vivre. Leur identité même est devenue criminelle.»

Les années 2000 ont été marquées par la mise à mort de Napster, une entreprise jadis au sommet. Mais l'industrie et les avocats ayant jeté à terre cet ancien géant n'arrivent plus à enrayer The Pirate Bay et ses répliques. Pourquoi?

«Je pense que l'industrie ne comprend pas que ce ne sont plus des entreprises qui sont en cause», explique le réalisateur suédois. «Il n'y a aucun patron, aucun employé. Ce sont des structures sans hiérarchie, mais très ouvertes, comme WikiLeaks.»

Les sites d'hébergement déménagent d'un pays à l'autre, au même rythme que les procédures judiciaires. Des bénévoles anonymes prennent le relais des administrateurs coincés par les gouvernements. En 2006, à la suite de pressions américaines et internationales, la police suédoise a effectué un raid de grande ampleur au quartier général de The Pirate Bay. Le site est revenu en ligne... trois jours plus tard.

Un coup d'épée dans l'eau, la lutte contre le piratage? Simon Klose croit que oui. Il fait donc sa part pour proposer un nouveau modèle commercial, 100 % libre, ouvert... et payant. Son documentaire Away From Keyboard est ainsi offert gratuitement sur YouTube et en téléchargement, mais les internautes sont invités à payer pour le film selon leurs convictions et leurs moyens. «Toute l'industrie doit repenser son modèle. On veut prouver que c'est possible pour un artiste d'être payé dans un Internet ouvert.»

En seulement quatre jours, le documentaire a été traduit bénévolement par des fans en six langues. Près d'un million et demi de personnes l'ont visionné sur YouTube. Plus de 13 000 internautes ont partagé activement le fichier, et 3000 personnes ont donné 35 000$ en contributions volontaires.

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