Le «coffre-fort virtuel» de la Ville de Québec en retard

Surnommé «coffre-fort virtuel», le système eBeeOffice est une... (Infographie Le Soleil)

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Surnommé «coffre-fort virtuel», le système eBeeOffice est une plateforme d'échange de données numériques qui ont valeur légale.

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(Québec) Annoncé en grande pompe il y a deux ans, le «coffre-fort virtuel» de la Ville de Québec accuse du retard. La firme Asentri, qui a fait de ce projet son fer de lance en Amérique du Nord, attend le feu vert de la Ville pour tester auprès des citoyens sa technologie de «dématérialisation» de documents. Et le succès ou l'échec de ce projet sera déterminant pour la viabilité à Québec de cette filiale du géant français Orange.

Une quarantaine d'emplois en deux ans avaient été promis à l'origine. Toutefois, seulement cinq personnes travaillent présentement pour la compagnie installée sur le boulevard Laurier, reconnaît Jean-Marie Tirbois, directeur des programmes d'Almerys et vice-président de son aile québécoise, Asentri.

Lancée lors d'une conférence de presse en présence du maire Régis Labeaume en mars 2011, cette «vitrine technologique» dans laquelle la Ville investit 1,5 million $ devait initialement être testée auprès de 30 000 citoyens à l'automne 2011.

Ce n'est finalement qu'en novembre que la Ville a octroyé un contrat de 310 000 $ pour l'achat de 31 000 cartes à puce et lecteurs qui seront distribués aux citoyens pour tester cette technologie.

Surnommé «coffre-fort virtuel», le système eBeeOffice conçu par Asentri est en fait une plateforme d'échange de données numériques qui ont valeur légale.

Le système permettra aux citoyens de payer à l'aide d'une carte à puce et d'un lecteur branché sur leur ordinateur, sans papier, des contraventions, par exemple, ou d'effectuer des demandes de permis et autres documents. Le système fonctionnera aussi sur les téléphones mobiles.

Des entreprises, des compagnies d'assurance ou financière, voire le dossier médical des utilisateurs pourraient s'ajouter à cet «ADN numérique», illustre M. Tirbois joint par Le Soleil à Clermont-Ferrand.

C'est à partir du moment où le système sera officiellement lancé à la Ville, selon M. Tirbois, qu'Asentri pourra déployer ses ailes dans la capitale. «Si la Ville de Québec est un succès, immédiatement d'autres villes vont suivre. On a des clients en attente qui vont suivre aussi», assure-t-il en évoquant qu'Asentri pourrait créer jusqu'à une centaine d'emplois dans la capitale. Des organisations comme Hydro-Québec, Bell ou Desjardins seront sollicitées, énumère-t-il.

Reste que d'ici là, la nature délicate des renseignements traités a donné quelques maux de tête à la Ville de Québec, premier client de ce système jamais utilisé ailleurs.

Une bonne partie des délais est d'ailleurs attribuable aux questions légales et de vie privée. La Ville veut s'assurer que tout est conforme avant de donner le feu vert à cette technologie basée sur la «confiance numérique» des citoyens.

C'est pourquoi l'administration Labeaume a octroyé, en novembre 2011, un contrat de 75 000 $ à un groupe de recherche pour s'assurer que la technologie respecte la vie privée.

Le type de carte à puce utilisé a aussi été revu après un premier test effectué au printemps 2012 à l'interne auprès des employés de la Ville.

«Nous, on était partis avec nos cartes, on s'était dit qu'il n'y avait pas de problème, mais la Ville a décidé qu'elle partirait avec ses propres cartes. On est donc en train de s'adapter aux cartes choisies par la Ville», explique M. Tirbois, qui salue la rigueur de l'administration municipale.

«Il faut que ce soit tout parfait. On ne veut pas décevoir la Ville. Mieux vaut retarder pour mieux sauter», dit-il.

«On est dans un milieu où l'on touche l'humain, il faut vraiment quelque chose de très fiable.» Et de supérieur à tous les systèmes d'échanges de documents déjà existants.

«On pourrait ouvrir un coffre-fort à la Google Drive où à la Dropbox, illustre M. Tirbois. Nous, on a vraiment dépassé ça.»

Du côté de la Ville de Québec, on dresse un bilan positif du premier test à l'interne. Et, sans avancer de date, on a toujours bon espoir de voir démarrer le projet pilote auprès des citoyens d'ici l'été. «Ça suit son cours. C'est un projet complexe. Des fois il y a des choses qu'on n'avait pas vues. C'est complexe, mais ça avance», assure Isabelle Petit, du service des communications.

Des 30 000 citoyens-testeurs espérés, Jean-Marie Tirbois préfère maintenant en viser «10 000 ou 15 000» la première année du projet-pilote prévu pour durer trois ans. «Si on arrive à 15 000, c'est bien, c'est la moitié de l'objectif. C'est un changement assez important de l'approche d'Internet et de l'approche de la confiance numérique, admet-il. Il faut un petit temps d'adaptation, je pense.»

Un modèle des 31 000 cartes à puce... - image 2.0

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Un modèle des 31 000 cartes à puce que la Ville de Québec souhaite acheter est présenté dans le document d'appel d'offres.

LE PROJET D'ASENTRI EN QUELQUES DATES

Mars 2011

Le maire Régis Labeaume et les responsables de la firme française Almerys annoncent en conférence de presse que cette filiale du groupe Orange implantera son siège social nord-américain à Québec sous le nom d'Asentri. La Ville de Québec injecte 1,2 million $ - maintenant 1,5 million $ - et Almerys 5 millions $ dans ce projet de «dématérialisation de documents». Le maire Labeaume a été séduit par ce projet qui correspond à ce que la Ville souhaite sur le plan du développement économique : attirer une entreprise de nouvelle technologie qui permettra des emplois pour une main-d'oeuvre qualifiée. Le maire annonce aussi la possibilité que le «coffre-fort virtuel» permette des économies en remplaçant des emplois et en coupant dans les frais administratifs de traitement de documents.

Novembre 2011

Lors d'un voyage à Paris, Régis Labeaume fait le point avec les représentants d'Almerys. On parle maintenant de mars 2012 pour lancer le projet-pilote auprès de 30 000 citoyens.

Novembre 2011

Contrat de 73 000 $ au Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de l'Université de Montréal pour analyser les enjeux liés à la vie privée et les risques juridiques du projet-pilote.

Printemps 2012

Le système est testé à l'interne à la Ville de Québec.

Octobre 2012

Contrat de 60 486 $ à la firme Zins Beauchesne et associés pour la réalisation d'une étude de marché, d'une stratégie et d'un plan marketing qui détermineront comment inciter les citoyens à participer au projet-pilote.

Novembre 2012

Contrat de 310 000 $ à Keystone Manufacturing de Boucherville pour l'achat de 31 000 cartes à puce et de lecteurs.

Décembre 2012

Contrat de 57 334 $ au Centre de recherche en droit public de la Faculté de droit de l'Université de Montréal pour l'étude des enjeux et risques juridiques de l'attribution d'un identifiant citoyen (GUID). Bien qu'il sera éventuellement utilisé pour divers services municipaux, ce GUID est aussi en lien avec le projet de «coffre-fort virtuel».

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