Un site Web de Québec... pour une banque d'Haïti

Michael Carpentier, Karine Lesage et Éric Leblond s'envolent... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Michael Carpentier, Karine Lesage et Éric Leblond s'envolent ces jours-ci pour Port-au-Prince afin de procéder à la refonte complète du site institutionnel et transactionnel d'Unibank.

Le Soleil, Patrice Laroche

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) Lorsque la principale banque d'Haïti a voulu refaire à neuf toute sa présence Web, elle a approché plusieurs entreprises en Amérique du Nord et en France, mais c'est à Québec qu'elle a trouvé ce qu'elle cherchait.

Les compagnies Zengo et Ixmedia ont en effet été choisies par Unibank pour procéder à une refonte complète de son site institutionnel et transactionnel. Michael Carpentier, Karine Lesage et Éric Leblond s'envolent ces jours-ci pour Port-au-Prince pour commencer à réaliser cet important contrat.

Cette histoire a commencé de façon imprévisible, par un de ces formulaires de contact qu'un visiteur peut remplir sur le site Web d'Ixmedia.

«On s'est dit, c'est sûrement une blague», raconte Michael Carpentier, associé-fondateur de Zengo, une firme-conseil en stratégie d'affaires électroniques et architecture de l'information. «C'était trop gros. On hésitait à répondre, en pensant à ces pourriels qui nous offrent des héritages de plusieurs millions de dollars, mais on leur a parlé, par Skype d'abord, et puis on s'est rendu sur place. Et là on a vu que c'était très sérieux. Ils ont les moyens de leurs ambitions et font ce qu'il faut pour bien faire les choses. Ils ont montré beaucoup d'ouverture d'esprit devant les idées qu'on leur proposait.»

La plus grosse banque d'Haïti

Unibank est un groupe financier qui oeuvre dans l'assurance et le secteur bancaire. L'entreprise compte environ 1700 employés. C'est la plus grosse banque d'Haïti avec plus de 850 000 déposants et 1 milliard $ d'actifs. Elle possède 24 points de service à Port-au-Prince et 17 en région.

Les gens de Zengo n'ont pas eu besoin de faire leurs classes pour se familiariser avec le secteur financier. L'entreprise de Québec et son partenaire Nurun ont par exemple refait le site de La Capitale. Zengo a aussi participé à d'autres mandats importants pour la SSQ et pour le Mouvement Desjardins.

«Le vocabulaire des assurances et des services financiers, on le comprend. La principale courbe d'apprentissage sera surtout culturelle», observe M. Carpentier.

«On doit développer un outil pour une clientèle qui ne pense pas nécessairement comme nous», ajoute Karine Lesage, qui sera chargée de piloter ce projet.

Il faudra aussi apprivoiser la réalité de Port-au-Prince et des séquelles du séisme. Cela ne pose pas de problèmes à Michael Carpentier, qui a beaucoup voyagé en Asie et en Afrique, alors que pour la jeune Karine, ce sera un premier voyage hors du pays. Enfin, ce sera surtout Éric Leblond qui aura à comprendre les besoins des clients haïtiens. «C'est moi qui suis en charge de la composante humaine de l'équation, dit-il, qui rencontre les consommateurs et qui étudie comment ils interagissent avec la banque. Et j'ai très hâte de me mettre au boulot!»

Leurs vis-à-vis, par contre, n'ont pas eu besoin de se faire expliquer le Québec.

«Il y a une grosse diaspora haïtienne à Montréal, rappelle Michael Carpentier. La majorité des membres du conseil d'administration ont soit vécu ou étudié à Montréal. Dès nos premières rencontres, ils nous ont parlé des Expos et des Canadiens.»

Autre réalité, mêmes défis

La réalité haïtienne est évidemment fort différente de la nôtre, a constaté Michael Carpentier. La proportion de foyers ayant un accès Internet est moins élevée, et même si à peu près tout le monde possède un téléphone cellulaire, on compte moins de smartphones qu'ici. Il faudra donc développer des services bancaires accessibles par SMS.

«Il y a une clientèle qui a encore besoin d'éducation financière, et en même temps, il y a aussi une clientèle très sophistiquée. On doit pouvoir parler aux deux. On doit par exemple vendre le dépôt direct, mais dans la réalité de Port-au-Prince, la sécurité sera un argument convaincant. Ça diminue le risque de se faire attaquer dans la rue.»

Par contre, dit-il, le paiement à la caisse par cellulaire existe déjà là-bas. «Ici, personne ne l'a encore fait, mais eux, ils l'ont depuis un an.»

«On leur a dit : "Vous pensez que vous êtes en retard, mais les problèmes que vous rencontrez sont les mêmes que connaissent Desjardins ou les autres institutions financières ici." Les moyens et le vocabulaire sont peut-être différents, mais ce sont essentiellement les mêmes défis.»

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