«À partir de notre service qui s'appellera Alerte 511, les usagers de la route seront avertis dès qu'il y aura un ralentissement à l'entrée des ponts ou sur les grands axes routiers de la région», explique le président et fondateur de RealTraffic, Denis Boulanger. «Et dès que la circulation redeviendra fluide, un nouveau message sera envoyé à l'abonné.»
Fondé en 2008, ce spin-off de l'Institut national d'optique a mis au point un système logiciel d'analyse d'images permettant de collecter des données de trafic routier à partir d'un réseau de caméras de surveillance déjà en place.
Ainsi, dans le cas d'Alerte 511, RealTraffic Technologies a obtenu la collaboration du ministère des Transports pour utiliser son réseau de caméras de circulation déployé sur le territoire.
«À partir des séquences vidéo qui sont mises en ligne, notre logiciel traite l'information sur l'état de la circulation captée à un endroit précis - aux bretelles d'accès au pont Pierre-Laporte, par exemple -, l'analyse et la diffuse ensuite aux abonnés», précise M. Boulanger, en signalant qu'après la région de la Capitale-Nationale, Montréal était dans la mire de RealTraffic pour la poursuite du développement du service Web d'alerte de trafic.
Une percée récompensée
La technologie d'analyse d'images de la jeune compagnie québécoise est utilisée en Californie depuis 2011. Dans ce cas, ce n'est pas pour alerter les automobilistes des bouchons qui perturbent les déplacements, mais pour gérer en temps réel la circulation routière sur les grands axes routiers de la région de San Jose, au coeur de la Silicon Valley, sur lesquels roulent 1,5 million de véhicules par jour. Intégré au réseau existant de 450 caméras de surveillance, le logiciel d'analyse d'images permet de contrôler les feux de circulation et d'optimiser le flux des déplacements sur plus d'une centaine d'intersections.
«Notre technologie permet de calculer le volume de véhicules qui circulent dans chacune des directions. L'information est ensuite relayée à un système de contrôle qui détermine la durée optimale des feux de circulation de façon à favoriser le flux de la circulation et à réduire le nombre d'arrêts effectués par les automobilistes. Ça réduit le temps d'attente des usagers et, par le fait même, leur frustration», indique M. Boulanger.
Selon ce dernier, les gains en temps de parcours des automobilistes de la région de San Jose sont évalués à plus de 800 000 heures par année. «Ces gains permettent de sauver plus de 900 000 gallons de carburant, ce qui représente une réduction de plus de 100 tonnes de gaz à effets de serre par année. En gros, les retombées économiques pour les usagers, les entreprises et pour l'environnement de l'utilisation de notre technologie se chiffraient à plus de 17 millions$ par année», avance-t-il.
La trouvaille technologique de RealTraffic a attiré l'attention de la Société des systèmes de transport intelligents du Canada qui vient de lui décerner le prix de l'innovation de l'année dans le cadre de son congrès qui s'est tenu, cette semaine, à Québec.
Cet honneur arrive à point nommé pour l'entreprise de quatre employés qui est présentement à la recherche de partenaires financiers pour poursuivre sa campagne de commercialisation de sa technologie au Canada et aux États-Unis. RealTraffic est présentement en discussion avec une ville située dans la région d'Atlanta pour mettre sur pied un projet-pilote. Et il y a la ville de Montréal qui s'intéresse à la technologie conçue à Québec. Son plan stratégique des systèmes de transport intelligents prévoit l'installation d'un réseau de 500 caméras d'ici 2015 pour assurer une gestion plus flexible des feux de circulation. Une étude du ministère des Transports réalisée en 2009 évaluait à 1,4 milliard$ le coût des bouchons de circulation dans la métropole.
En temps et en argent, les premiers pas de RealTraffic Technologies ont nécessité des investissements de près de 1 million$. En plus de l'aide des paliers de gouvernement et de Desjardins, l'entreprise a réussi à survivre grâce à l'obtention de petits contrats de consultation. «Notre cycle de vente est très long. Il a fallu trois ans de tests et de négociations avec le County of Santa Clara, Roads&Airports Department pour réaliser notre percée en Californie.»