En traitant de la fiscalité liée aux études, je savais qu'utiliser l'exemple de calcul diffusé par plusieurs internautes comportait des risques et ne reflétait pas la situation de l'ensemble des étudiants.
Plusieurs lecteurs auraient préféré qu'on illustre par un cas plus «moyen» que celui d'un étudiant qui, gagnant 10 000$ par année, se retrouve avec un «net» de 9524$.
J'avais aussi précisé que l'approche «niveau de vie» utilisée pour calculer ce qui reste dans les poches de l'étudiant (ou dans ses réserves fiscales pour utilisation future) incluait des crédits d'impôt dits «sociaux-fiscaux» qui ne sont pas exclusifs aux étudiants, mais s'appliquent aux autres contribuables.
L'exercice du 26 mai ne visait que deux objectifs:
? rappeler aux familles que, dans la complexité des choix à faire, il existe un risque de ne pas tirer le meilleur parti possible des crédits d'impôt;
? donner plus d'éléments de réflexion à ceux qui veulent se faire une opinion sur les enjeux du débat sur les droits de scolarité dans lequel beaucoup de chiffres ont été avancés et contestés, pour ne pas dire bousculés.
L'économiste Pierre Fortin est revenu à la charge récemment pour dire qu'il faudrait privilégier la lutte contre le décrochage scolaire à l'étape du premier cycle universitaire plutôt qu'une réduction des droits de scolarité à cette étape.
Les diplômés sont une richesse partagée avec les citoyens et les entreprises qui bénéficient de l'expertise acquise, mais aussi par les détenteurs des parchemins.
L'exemple étudié ne prenait pas en compte l'accessibilité au programme des prêts et bourses, qui rend les comparaisons encore plus complexes.
C'est pourtant de ce côté qu'on souhaiterait trouver plus de souplesse pour aider les personnes qui s'identifient au message le plus préoccupant que j'ai reçu.
Il venait d'un comptable demandant d'ajouter aux frais afférents et au coût des livres les déboursés liés par exemple à l'acquisition d'un ordinateur et de logiciels spécialisés requis dans certaines disciplines. Mais surtout les frais de transport, de nourriture et d'hébergement en résidence étudiante pour un étudiant inscrit à l'Université Laval dont les parents habitent Cap-Chat.
À plus de 100$ l'aller-retour, plusieurs fois par année, on change la donne au seul chapitre du transport et que dire des familles qui vivent à Sept-Îles ou pire, encore plus à l'Est?
Distorsions
Parlant de régions éloignées des grands centres universitaires, on a aussi entendu beaucoup de doléances de gens offusqués de voir le gouvernement réserver des millions de dollars pour des infrastructures qui serviront surtout à l'exploitation des ressources minières, mais refuser d'améliorer le financement des universités sans exiger une contribution accrue des étudiants.
C'est évidemment plus facile de prôner la gratuité universitaire en repoussant la construction de routes plutôt qu'en coupant dans les services de santé.
La formule «slogan» qui a pris le haut du pavé dans le débat n'a pas favorisé les nuances sur les options et les effets à long terme des solutions proposées.
Surtout dans la valse des milliards associée pour les 25 prochaines années aux infrastructures du Plan Nord du gouvernement du Québec.
La contribution des sociétés privées à ces investissements passe souvent sous le radar de l'opinion publique.
En quête depuis plusieurs années d'une crédibilité sociale mise à mal par divers groupes d'opposition, les minières restent des cibles de choix pour les protestations urbaines.
Le Plan Nord ne fera guère plus qu'accélérer et encadrer l'exploitation des ressources du sous-sol qui, bien que non renouvelables, peuvent être mises en valeur selon une approche de développement durable.
La perspective de création d'emplois au Nord a peut-être été forcée, mais elle ne se limite pas aux géologues et aux ingénieurs. Elle s'ouvre aussi bien à des biologistes ou à des agents de développement social qu'à des ouvriers spécialisés qui peuvent venir du sud, mais aussi des territoires où grandissent les jeunes des Premières Nations.
Les sociétés minières ont compris depuis plusieurs années qu'elles doivent montrer patte blanche, même si leurs efforts tardent à modifier les perceptions.
Il en va même de la valeur de leurs actions cotées en Bourse qui fluctue désormais selon l'image diffusée par les médias de leur performance environnementale et sociale.
CITATION DE LA SEMAINE
«Faites le même calcul pour un étudiant dont les parents qui demeurent à Cap-Chat n'ont pas de revenus suffisants pour bénéficier du crédit d'impôt pour frais de scolarité. Nous verrions un autre portrait, qui est quand même le lot de plusieurs.»
- André Nadeau, CMA