Mais l'inflation a aussi un effet majeur sur la croissance de l'économie et sur le rendement des portefeuilles des investisseurs.
Il en a été beaucoup question, la semaine dernière, quand l'Association CFA Québec tenait son débat annuel sur les stratégies de placement.
La surprise a été de constater, tout comme le modérateur Huston Loke, que les deux panélistes, défendant des points de vue opposés, arrivaient sensiblement à la même conclusion, à savoir que les marchés boursiers seraient sur le point de repartir à la hausse, surtout aux États-Unis.
Les protagonistes étaient d'une part l'économiste montréalais François Trahan, qui a gagné le statut de stratège vedette à Wall Street quand il était chez Bear Stearns avant de cofonder sa propre maison de courtage, Wolfe Trahan et d'autre part Peter Gibson, directeur gestionnaire chez Marchés mondiaux CIBC, à Toronto.
Leurs approches divergeaient surtout sur l'importance relative des énormes et multiples risques qui continuent de peser sur l'évolution de l'économie mondiale.
Du propos de Gibson, retenons surtout que le marché boursier canadien devrait continuer à être moins performant que celui des États-Unis.
Sur le plan de la croissance économique, dit Trahan, il faut maintenant s'attendre à des périodes de contraction plus longues intercalées de périodes de croissance plus courtes.
Quant aux marchés des actions, leur volatilité serait surtout exacerbée par le fait que les investisseurs passent brusquement d'un sentiment négatif à un sentiment positif, et vice-versa sans qu'il reste entre les deux de place pour les positions neutres.
La rencontre était aussi l'occasion de parcourir l'ouvrage récent de François Trahan, L'ère de l'incertitude (The Era of Uncertainty).
Particulièrement les quelques chapitres portant sur l'inflation, où l'auteur explique comment les investisseurs doivent être prêts à s'adapter à des passages fréquents entre inflation et déflation.
Il pourfend allègrement la politique de l'autorité monétaire américaine qui, par ses injections massives de liquidités, affaiblit depuis la crise de 2008 la devise américaine.
Cela favorise les sociétés exportatrices, mais il ne faut pas oublier que 71% de l'activité économique au sud de la frontière découle de la consommation.
Et avec un billet vert moins fort, les consommateurs sont freinés par ce qu'il compare à une taxe sur les importations.
Ces derniers mois, le dollar américain a repris du poil de la bête devant les principales devises mondiales.
Ce mouvement qui ralentit l'inflation est un des facteurs qui laisse croire à François Trahan que la valeur des actions américaines atteindrait bientôt un creux.
Il reste cependant à savoir combien de temps l'élan à la hausse pourra durer.
Pour un investisseur canadien, il faut aussi prendre en compte que ces titres sont déjà devenus plus chers qu'il y a quelques mois, par le seul jeu de la baisse du huard.
CITATION DE LA SEMAINE
«Il faut en fin de compte payer pour tout ce qu'on achète à crédit, qu'il s'agisse d'une maison, d'une paire de jeans ou d'une reprise économique.»
- François Trahan, L'ère de l'incertitude, 2011