Forcer ceux qui ne le font pas encore à épargner davantage?
Ces deux interrogations ont, pour un nombre croissant d'experts, tendance à se transformer en exclamations, devant les lacunes déplorées dans la préparation financière de la retraite de bien des gens.
L'économiste Pierre Fortin proposait ces deux pistes de solution dans une conférence prononcée à Québec la semaine dernière.
Et il est difficile de contester les arguments du prof démontrant qu'il est «incontournable» d'amasser plus d'argent ou de raccourcir la période de décaissement en travaillant plus longtemps, pour ne pas vivre aux crochets des plus jeunes générations.
Dans son discours notons qu'il faut non seulement faciliter, mais aussi récompenser la prolongation de la vie active, par exemple en taxant moins les travailleurs plus âgés et «remplacer les avantages de la retraite hâtive par des augmentations de rentes futures».
La source du problème est qu'on survit à la retraite 20 ans de plus qu'au milieu du siècle dernier, après une carrière qui a été raccourcie de 10 ans.
J'ai trouvé un constat semblable dans une étude publiée cette semaine par le bureau montréalais de la firme de consultants McKinsey&Company.
Le rapport de Claude Généreux et Fabrice Morin estime que les années de retraite en 1980 représentaient 36% des années travaillées. De nos jours, cette proportion s'élève en moyenne à 53%.
Pierre Fortin avait raison de dire que les nouveaux régimes volontaires -d'épargne-retraite ne suffiront pas, avec une cotisation salariale de 4%, à combler l'écart entre les besoins et les ressources financières des futurs retraités.
On peut néanmoins se surprendre de voir les experts de McKinsey identifier chez les ménages les plus aisés la plus forte proportion de personnes qui devront se serrer la ceinture en arrivant à la retraite, parce qu'elles n'épargnent pas assez.
Mais, en général, le phénomène s'annonce souffrant pour plus d'un Québécois sur cinq.
Pour régler seulement la moitié du problème, il faudrait appliquer quatre mesures: retarder de 3,5 ans l'âge moyen de la retraite, hausser de 2% les cotisations au Régime de rentes du Québec, instaurer un REER automatique pour les employés et inciter les gens à augmenter leur épargne personnelle.
Cette thèse de MM. Généreux et Morin dépasse sans doute le poids de la recommandation de l'actuaire Claude Castonguay. Il y a plus d'un an, il avait provoqué une levée de boucliers en préconisant une cotisation obligatoire à un REER collectif à hauteur de 5% du salaire pour ceux qui n'ont pas de régime de retraite d'employeur.
Deux classes de baby-boomers
Et tout ce qui précède ne tient malheureusement pas compte du fait que, depuis le dernier budget fédéral, nous avons deux classes de baby-boomers, ce groupe composé des Canadiens nés entre 1946 et 1965.
Il y a d'abord ceux qui, nés avant le 1er avril 1958, sont âgés de 54 ans et plus. Ils ne seront pas touchés par le report de 65 à 67 ans de l'admissibilité à la prestation de la sécurité de la vieillesse et au supplément de revenu garanti.
Les autres, au cours d'une période de transition de quatre ans, voient ce droit s'éloigner graduellement. À 50 ans aujourd'hui, il vous faut prévoir 24 paiements mensuels de moins que vos aînés.
En multipliant ce nombre par le montant maximal actuel (540,12$), on peut estimer la perte à 12 963$, à première vue.
Mais ce montant est indexé quatre fois par année selon l'indice des prix à la consommation. Pour calculer le coût réel du remplacement de ce revenu dans 15 ans, un spécialiste du Groupe Investors, Normand Verville, a utilisé un taux d'indexation de 3% par année.
Cette hypothèse est à la limite supérieure de la fourchette d'inflation acceptable pour la Banque du Canada, mais elle oblige une personne de 50 ans à grossir son capital de 20 595$, si elle veut retirer à 65 ans sans réduire le revenu qu'elle avait anticipé entre son 65e et son 67e anniversaire.
Autrement dit, elle devra épargner environ 75$ de plus par mois, et obtenir un rendement de 5% sur les placements dans son REER, pendant toute cette période pour compenser la perte de deux ans de prestations qui privera aussi tous ceux qui ont moins de 50 ans.
CITATION DE LA SEMAINE
«Si la classe moyenne continue à épargner trop peu, en vieillissant, elle va s'appauvrir, dépendre de l'État et des contribuables, ou devoir travailler jusqu'à épuisement.»
- Pierre Fortin, professeur émérite à l'UQAM