Méfiez-vous des raccourcis

Louis Tanguay

Louis Tanguay
Le Soleil

(Québec) Méfiez-vous des raccourcis, des idées préconçues et de ce que vous ne comprenez pas.

L'obsession

Cette triple mise en garde semble plus pertinente que jamais, pendant les 10 jours qui précèdent la fin des cotisations 2011-2012 aux régimes enregistrés d'épargne-retraite (REER). La fièvre du remboursement d'impôt risque d'augmenter et de faire perdre de vue les autres options offertes pour améliorer sa sécurité financière à la retraite.

Dans une entrevue publiée mercredi dans nos pages spéciales sur les comptes d'épargne libre d'impôt (CELI), c'est le spécialiste sherbrookois Jean-François Robert qui prévenait les épargnants contre «l'obsession du remboursement» associé au REER.

Il ne faut pas oublier qu'épargner dans un REER donne droit non pas à un cadeau, mais bien à un report de l'impôt.

Le retour des montants épargnés dans le revenu imposable du retraité aura un effet non seulement sur son supplément de revenu garanti et sur sa prestation de sécurité de la vieillesse, mais aussi sur une vingtaine de mesures, comme les remboursements de taxes, la cotisation au régime d'assurance maladie du Québec ou le crédit en raison de l'âge.

Dans le tableau récapitulatif de M. Robert on voyait que, dans plusieurs catégories de revenu de travail, le CELI est plus efficace que le REER, surtout pour des célibataires.

Si le CELI est plus rarement le plus avantageux pour les familles avec enfants à charge, celles-ci peuvent parfois encore mieux épargner dans un régime enregistré d'épargne-études (REEE).

Cela m'a rappelé une étude qu'un expert de Lévis m'avait présentée il y a deux ans, démontrant que, à rendement égal évidemment, l'efficacité du REEE pouvait aussi surpasser celle du REER.

La raison est simple: l'argent mis de côté dans le REEE est bonifié par des subventions des gouvernements fédéral et provincial qui ne sont pas remboursables si l'étudiant s'en sert pour ses études postsecondaires.

L'inconnu

Si vous n'avez pas le temps d'éclaircir avant le 29 février ces zones d'ombre qui peuvent cacher la stratégie optimale, pourquoi ne pas commencer à épargner par versements périodiques dans un CELI?

Vous pourriez plus tard transférer ce capital et le revenu généré sans impôt dans un autre régime.

C'est aussi au CELI que devrait aller la part de vos épargnes qui a le plus fort potentiel de générer du rendement.

Mais cet objectif ne doit pas être poursuivi au détriment d'une bonne compréhension de chaque composante d'un portefeuille de placement.

Les fonds indiciels négociés en Bourse se sont multipliés ces derniers mois et parmi eux plusieurs offrent un niveau de complexité beaucoup plus élevé que les produits originaux qui ont gagné en popularité grâce à leurs frais d'administration moindres que ceux des fonds communs de placement.

Plusieurs experts vous diront que les produits financiers utilisant un effet de levier pour amplifier le rendement (ou la perte) devraient être réservés aux professionnels de l'investissement.

Raccourci 70%

Autre mythe qui a la vie dure: une retraite confortable avec 70% du revenu gagné en période active.

J'entendais récemment le conférencier Éric Brassard rappeler avec justesse qu'avec des fins de semaine de sept jours on risque de dépenser plus à la retraite que quand on a seulement deux journées de liberté... à moins de se confiner devant la télévision.

Il ne faut pas non plus baser ses calculs sur le revenu avant impôt, puisque les fonds destinés à maintenir le train de vie à la retraite peuvent provenir d'épargnes encaissables sans imposition.

Même l'actuaire de la Régie des rentes du Québec Francis Picotte, qui anime un blogue sur le site jeplanifie.gouv.qc.ca, précise qu'il faut déterminer si 70% de vos revenus à la retraite conviendront à vos projets.

C'est le pourcentage utilisé par l'outil de calcul de la RRQ SimulR qui peut néanmoins donner aux plus jeunes une idée générale de ce qu'ils auront besoin d'épargner pour atteindre cet objectif.

Mais plus on approche de la retraite, plus il faut raffiner le calcul des coûts auxquels il faudra faire face au quotidien, après le travail et donc des réserves nécessaires pour financer le train de vie souhaité.

CITATION DE LA SEMAINE

«La vraie question qu'on doit se poser est: quel niveau de vie je veux protéger pour la retraite, selon mes valeurs, ma santé, mon goût pour le travail, mes obligations familiales, etc.? Je fais plusieurs planifications de retraite chaque mois, sans jamais obtenir le fameux 70%.»

- Éric Brassard, conseiller en placements auprès de Valeurs mobilières DWM inc. et de Brassard Goulet Yargeau, Services financiers intégrés

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